Autisme, comprendre et agir
Les traitements biologiques
prendre tout son sens que si l’intégration sociale donne des opportu-nités à la personne d’essayer les comportements appris et de les améliorer au contact des autres.
L’auto contrôle est une autre dimension essentielle. La personne apprend à prendre conscience de son niveau d’éveil en repérant les manifestations sur le plan sensoriel, puis elle développe les straté-gies de contrôle comme l’isolement, la respiration, la relaxation ou le recours à une activité stéréotypée de manière discrète et acceptable socialement.
Enfin, le travail sur l’estime de soi se fait par différentes appro-ches. La personne peut être placée en position de tuteur pour ensei-gner à d’autres une compétence qui est bien développée chez elle. L’accent est placé dans le discours sur ce que la personne réussit, sur ses points forts. La personne elle-même apprend à être attentive aux renforcements sociaux et à s’autorenforcer.
Même s’il existe des limites au travail cognitif et comportemental avec les personnes autistes en raison de leur manque de flexibilité, de leurs difficultés à transposer les acquis dans d’autres situations et de leur lenteur d’intégration, des modifications intéressantes peu-vent être obtenues par cette approche. Les difficultés rencontrées nécessitent de la part du thérapeute des capacités d’anticipation qui lui permettent d’évaluer les problèmes possibles en raison d’une application trop littérale de ce qui a été appris en thérapie. L’entraî-nement cognitif devrait être inclus aux programmes éducatifs de manière plus systématique. Les nouveaux travaux sur la théorie de l’esprit ouvrent maintenant des perspectives de traitements plus élaborés (Baron-Cohen et coll., 1998).
Les personnes avec autisme apprennent lentement mais elles peu-vent aussi apprendre patiemment pendant une période prolongée et les gains obtenus facilitent leur insertion et leur valorisation dans le groupe social. Ce type de technique contribue donc largement à une meilleure adaptation et à un plus grand confort de fonctionnement dans la vie quotidienne.
LES TRAITEMENTS BIOLOGIQUES
L’utilisation des traitements médicamenteux dans l’autisme n’a évidemment pas une visée curative, mais elle correspond plutôt à la © Dunod – La photocopie non autorisée est un délit recherche d’un contrôle des troubles du comportement entravant 142 TRAITER ET ÉDUQUER
l’adaptation (Mc Dougle et coll., 1994 ; Chabrol et coll., 1996 ; Lewis, 1996).
Dans un premier temps, les neuroleptiques ont surtout été utilisés de manière empirique et pour leur effet sédatif qui permettait de réduire l’agitation et l’agressivité. En contrepartie, on enregistrait une diminution de la vigilance nuisant à l’engagement social et aux apprentissages. À partir de l’hypothèse d’un dysfonctionnement du système dopaminergique, des neuroleptiques comme l’halopéridol, utilisés à faible dose, ont été testés dans le cadre d’études contrôlées pour leur effet probable dans un sous-groupe d’autistes. Cette molé-cule s’est montrée efficace puisqu’elle entraîne une diminution des stéréotypies, de l’hyperactivité, de la manipulation inadéquate des objets, des réactions coléreuses et qu’elle atténue la labilité des affects. Elle augmente aussi les capacités d’apprentissage discrimi-natif. Cependant, ce type de substance n’est pas sans entraîner aussi des effets secondaires, et la survenue fréquente de dyskinésies tardi-ves en limite beaucoup l’usage pour le réserver à des cas de troubles sévères et résistants à d’autres thérapeutiques. Les neuroleptiques désinhibiteurs pour lesquels le risque d’induction de dyskinésies tardives est moins grand atténuent l’hypoactivité et accroissent l’intérêt à l’égard de l’environnement.
L’effet des médicaments susceptibles d’influer sur le système sérotoninergique a également été testé en raison de l’augmentation fréquente de la sérotonine sanguine ou plaquettaire enregistrée chez environ un tiers des autistes. La fenfluramine a montré des effets dans le sens d’une diminution de l’hyperactivité, de l’amélioration au niveau des capacités d’attention, du langage, de la communica-tion et de l’intérêt plus adapté pour les objets. Mais les premières études n’ont pas toujours été confirmées. Par ailleurs, même pour les enfants répondeurs chez lesquels une amélioration avait été enre-gistrée, l’effet à long terme n’est pas maintenu et des troubles secondaires comme la perte d’appétit ont été signalés. La clomipra-mine a quant à elle une efficacité connue dans les phénomènes obsessionnels. Les rituels des autistes et leur focalisation sur un cen-tre d’intérêt restreint présentant souvent des similitudes avec les comportements obsessionnels, cette substance a été essayée dans l’autisme. Elle s’est avérée efficace au niveau des rituels et des sté-réotypies et semble bien tolérée. Cependant, dans un cas, elle a été à l’origine d’une dégradation du comportement avec une augmenta-tion de l’hétéroagressivité et des automutilations (Krabe et coll., 1994).
PSYCHOTHÉRAPIE ET TRAITEMENTS BIOLOGIQUES 143
L’hypothèse d’un dysfonctionnement opiacé dans l’autisme a conduit à tester les effets de la naltrexone, antagoniste des opiacés, sur des enfants autistes automutilateurs et retardés mentaux. Un double effet a été enregistré avec une diminution des automutila-tions et une amélioration des contacts sociaux (Leboyer et al.,1993). Les résultats des premières études ont été confirmés par la suite et la naltrexone semble donc être un produit efficace pour améliorer l’attention, l’intérêt pour les stimuli sociaux, l’adaptabilité sociale et l’utilisation appropriée des objets. L’utilisation de cette molécule reste cependant à un stade expérimental car des paramètres concer-nant les sous-groupes de sujets répondants et les effets à long terme restent à préciser.
Les traitements biologiques sont également indiqués lorsqu’une pathologie spécifique est associée à l’autisme (Guérin, 2002). Dans le cas d’épilepsie, ce qui est relativement fréquent, les médicaments sont utilisés pour leurs effets anticomitiaux mais aussi comme régu-lateurs de l’humeur. Le lithium est d’ailleurs lui aussi indiqué parfois pour la régulation des troubles thymiques.
Les troubles digestifs ont été récemment mis en exergue et l’hypothèse de leur impact sur le développement précoce des struc-tures cérébrales a été émise. L’effet toxique de certaines substances étant supposé, leur éviction dans le cadre d’un régime restrictif est donc proposée. Il s’agit le plus souvent de régimes sans gluten ou sans caséine. L’effet de ces régimes est encore très discuté mais cer-taines familles ont rapporté des effets intéressants. Il reste à conduire des études rigoureuses sur le plan méthodologique pour être en mesure d’affirmer ou d’infirmer la validité de ces pratiques. Le fait que ces régimes sont très contraignants pour l’enfant et pour l’entourage est à prendre en considération lorsqu’une famille souhaite tester cette approche dont les résultats ne sont pas assurés.
Le fait que la prudence s’impose dans ce type de choix des traite-ments est illustré par l’enthousiasme qu’avait soulevé l’observation sur quelques cas de l’amélioration du comportement apparemment engendrée par l’injection de sécrétine à l’occasion d’investigations médicales. Les études contrôlées n’ont pas confirmé l’effet positif de la sécrétine (Corbette et al., 2001 ; Roseman et al., 2001).
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PARTIE 5
ORGANISER LES PROGRAMMES