Autisme, comprendre et agir
Autisme et réalisation motrice
ASPECTS COGNITIFS DU FONCTIONNEMENT AUTISTIQUE 81
AUTISME ET RÉALISATION MOTRICE
Sur le plan clinique, tous les cas de figure peuvent se rencontrer dans le domaine de la motricité. Certains enfants porteurs d’autisme présentent des capacités exceptionnelles au niveau de l’équilibre, de la motricité globale ou d’activités de motricité fine. Pour d’autres, les coordinations sont anormales et les performances pauvres. Des problèmes d’initiative, de latence des réponses sont également observés couramment. Les anomalies motrices étaient signalées dès la première description de Kanner.
Pour certains chercheurs, des déficits de base comme ceux qui se rencontrent au niveau de la motricité pourraient expliquer certaines difficultés spécifiques.
Ce sont les travaux de Damasio et Maurer (1978) qui ont soulevé la question de troubles neurologiques à l’origine de ces manifesta-tions motrices. Ils ont montré que la symptomatologie motrice observée dans l’autisme évoque celle qui est rencontrée chez les patients présentant des lésions des lobes frontaux, des ganglions de la base et du thalamus. Les différentes études ont montré que le développement psychomoteur des enfants autistes présentait des particularités (Adrien et al., 1993 ; Baranek, 1999). Ces anomalies peuvent être observées très précocement (Teiltelbaum et al., 1998). La comparaison d’enfants autistes à d’autres populations montre une augmentation significative des dysfonctionnements neurologi-ques (Rapin, 1996 ; Jones et Prior, 1985). La posture a été étudiée par Kohen-Raz et ses collaborateurs (1992). Les enfants autistes présentaient des anomalies posturales plus importantes pour les pos-tures simples que pour les postures plus complexes. Ils semblaient utiliser davantage des systèmes de contrôle postural primitifs locali-sés au niveau du cervelet que des systèmes de plus haut niveau d’intégration impliquant le contrôle vestibulaire par le biais des informations visuelles. Les difficultés persistent avec l’âge et sont bien corrélées avec la sévérité de l’autisme. Les travaux mesurant les performances motrices chez des adolescents et adultes de haut niveau à l’aide de tests neuropsychologiques ont abouti à des résul-tats variables. Dans certains cas, les troubles ne sont pas évidents (Cornish et al., 1996). Par contre, dans des études plus sophisti-quées sur le plan méthodologique, des profils particuliers sont rele-vés avec en particulier des difficultés au niveau des manipulations © Dunod – La photocopie non autorisée est un délit précises (Rumsey et al., 1988 ; Minshew et al., 1997). Smith et 82 COMPRENDRE
Bryson (1998) ont aussi montré sur un groupe d’autistes comparé à des enfants présentant des troubles du langage que les performances dans les tâches de coordination manuelle étaient plus lentes et révé-laient des problèmes d’imitation chez certains sujets. La comparaison d’enfants autistes et de sujets présentant un syndrome d’Asperger à l’aide de tests de développement moteur a montré que ces groupes ne se différenciaient pas entre eux mais qu’ils fonctionnaient tous à un niveau inférieur à celui de leur âge que ce soit au niveau de la motricité fine ou de la motricité globale (Ghaziuddin et al., 1994). Les études rétrospectives sur les vidéos familiales ont aussi retrouvé des particularités motrices et des anomalies posturales (Adrien et al., 1992 ; Baranek, 1999 ; Osterling et Dawson, 1994).
La littérature sur la motricité dans l’autisme a donc souligné régulièrement l’existence de retards et d’anomalies dans ce domaine. Ces travaux ont constitué la base sur laquelle s’est déve-loppée l’hypothèse de l’existence d’un problème de dyspraxie dans l’autisme. Cette difficulté a été rattachée aux fonctions exécutives (Hugues, 1996).
D’autres auteurs les ont aussi reliées aux déficits au niveau des comportements d’imitation (Jones et Prior, 1985 ; Rogers et al., 1996 ; Benetto 1999). Les problèmes moteurs pourraient ainsi affecter le développement dans d’autres domaines et plus particuliè-rement celui des relations sociales (Rogers et Benetto, 2002).