Autisme, comprendre et agir

Bernadette Rogé · Chapitre 20 sur 53

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Autisme, comprendre et agir

Chapitre 5. Aspects cognitifs du fonctionnement autistique

Chapitre 5

 

ASPECTS COGNITIFS

 

DU FONCTIONNEMENT AUTISTIQUE

 

Les particularités cognitives observées dans l’autisme détermi-nent la manière d’appréhender l’environnement physique et social. Ces particularités doivent être prises en compte pour comprendre le fonctionnement des personnes atteintes d’autisme, mettre en place des aides spécifiques adaptées, et ainsi leur permettre de développer leur potentiel.

Les particularités de traitement de l’information peuvent être responsables des difficultés rencontrées à tous les niveaux, qu’il s’agisse de l’adaptation à l’environnement physique ou de l’ajus-tement à un contexte social. Les problèmes liés au déficit intel-lectuel, aux anomalies de développement du langage et aux anomalies d’intégration des informations conditionnent les répon-ses de la personne autiste et entravent ses possibilités d’appren-tissage et d’adaptation.

 

AUTISME ET NIVEAU INTELLECTUEL

 

La déficience intellectuelle est fréquemment associée à l’autisme. 75 % des enfants atteints d’autisme présentent une déficience et les quotients intellectuels se répartissent en majorité entre 35 et 50. La notion de déficit intellectuel doit donc être prise en compte car ce problème touche une majorité des personnes concernées © Dunod – La photocopie non autorisée est un délit par l’autisme. Cependant, tous les comportements observés dans 68 COMPRENDRE

 

l’autisme sont loin d’être réductibles à la faiblesse du niveau intel-lectuel.

Indépendamment du retard, le développement cognitif des per-sonnes autistes présente en effet des particularités. Le profil des aptitudes est généralement hétérogène. Les premières études psy-chométriques avaient montré que le QI verbal était significativement inférieur au QI de performance. Cependant, avec l’accumulation des données, ce point de vue a été nuancé car cette règle s’applique surtout aux niveaux les plus bas.

L’analyse des profils de compétence fait apparaître des points fai-bles et des points forts avec des îlots de compétence qui peuvent être très discordants par rapport aux autres aspects du fonctionnement. La capacité à discriminer des stimuli est généralement correcte lorsqu’il s’agit d’un matériel concret. Par contre, l’utilisation d’un matériel symbolique fait chuter la capacité de discrimination. La mémoire des stimuli simples est préservée. La restitution d’élé-ments appris par cœur comme des séries de chiffres ou des combi-naisons de mots varie en fonction du niveau de développement Lorsque le niveau est contrôlé, la mémoire auditive et visuelle des enfants porteurs d’autisme n’est pas différente de celle des enfants d’âge mental et chronologique appariés. Par ailleurs, les personnes autistes ayant un bon niveau intellectuel accèdent à des stratégies de mémorisation impliquant les aspects sémantiques et syntaxiques du langage. Cette donnée vient contredire les premiers travaux d’Her-melin et O’Connor (1970) qui portaient sur la mémorisation et le rappel en fonction du type de matériel (voir plus bas les problèmes de traitement des informations).

Les capacités spatiales et perceptives sont généralement bonnes. Chez certains autistes, elles peuvent s’exprimer dans des perfor-mances exceptionnelles au niveau du dessin par exemple. Les épreuves faisant intervenir la mémoire « par cœur », nécessitant une restitution très fidèle des informations sont également bien réussies. Des difficultés sont enregistrées dans les tâches impliquant l’abs-traction et la compréhension verbale, la compréhension non verbale, l’agencement de séquences temporelles, le codage de l’information. Néanmoins, ce type de profil n’est pas constant. Il a notamment été souligné qu’il ne se retrouvait pas forcément chez les autistes de haut niveau qui ne présentent pas de différence significative dans les scores aux différents subtests lorsqu’ils sont comparés à des personnes de niveau intellectuel équivalent.