Autisme, comprendre et agir
Autisme et langage
ASPECTS COGNITIFS DU FONCTIONNEMENT AUTISTIQUE 69
Les études sur le fonctionnement cognitif des personnes avec autisme permettent de dire que la déficience mentale n’explique pas toutes les difficultés de compréhension et d’adaptation. Les désor-dres du départ induisent des distorsions dans le traitement des infor-mations et conduisent à la mise en place de stratégies singulières qui ont un impact sur le développement des compétences et donc sur les apprentissages.
AUTISME ET LANGAGE
Les problèmes de langage chez les personnes autistes vont de l’absence de développement d’un langage fonctionnel (50 % des personnes restent non verbales) au développement d’un langage fonctionnel mais d’un usage idiosyncrasique. Le langage apparaît parfois à la fin de la première année pour disparaître ensuite. Dans ce cas, l’expression orale peut se manifester à nouveau ou pas dans le développement ultérieur. La précocité de l’installation d’un lan-gage est un facteur favorable car les enfants qui présentent des élé-ments de langage à deux ans ont un meilleur pronostic que les autres (Rogers et DiLalla, 1990).
Même si les anomalies du langage sont véritablement au cœur des troubles autistiques, le problème de communication est plus global car tous ses aspects, qu’ils soient verbaux ou non verbaux sont touchés.
Lorsque le langage se développe, il comporte des particularités qui permettent de distinguer les enfants atteints d’autisme des enfants porteurs de troubles spécifiques du langage. La compréhen-sion est limitée et reste généralement plus pauvre que ce que ne per-çoit l’entourage. Les personnes proches sont en effet habituées à fournir sans le savoir des indices contextuels qui facilitent beaucoup la compréhension, surtout dans le cadre d’activités routinières qui se répètent souvent et deviennent donc prévisibles et associées à cer-tains mots ou à certaines expressions. Par ailleurs, la compréhension est littérale. L’enfant ne saisit pas les informations qui doivent être inférées et qui sont présentées indirectement. Les métaphores ne sont pas comprises spontanément.
Le problème de compréhension peut être masqué par un langage expressif d’un niveau relativement bon mais qui reste généralement © Dunod – La photocopie non autorisée est un délit peu adapté aux situations sociales.
70 COMPRENDRE
En ce qui concerne le langage expressif, la personne autiste montre peu d’intérêt pour la communication, sauf pour exprimer ses propres besoins ou ses intérêts particuliers. Dans ce cadre, un vocabulaire important peut être développé, le sujet étant capable de mémoriser les termes qui se rattachent à son intérêt. Des moyens idiosyncrasiques et non conventionnels peuvent se déve-lopper lorsque la personne ne dispose pas d’outils de communi-cation plus adaptés. Elle peut alors se manifester par des troubles du comportement, des automutilations, ou de l’écholalie itérative. L’écholalie immédiate fait partie du développement du langage de la personne autiste et marque le fait que la fonction de communi-cation du langage n’est pas véritablement comprise. Des expres-sions, des morceaux de phrases peuvent aussi être restituées sans rapport avec le contexte. Des comptines, des chansons, des slo-gans publicitaires sont mémorisés et répétés. La plupart des enfants qui accèdent au langage passent par une période d’écho-lalie où ils répètent ce que dit l’autre au lieu de se placer dans la complémentarité de l’interaction. À ce stade de développement, les réponses aux questions sont difficiles et ce type d’échange devra faire l’objet d’un apprentissage systématique là où les autres enfants intègrent la situation spontanément. Prizant et coll. (Prizant et Duchan, 1981 ; Prizant et Rydell, 1984) ont montré que l’écho-lalie pouvait avoir différentes fonctions (demande, protestation, affirmation, déclaration, appel, récit, autorégulation). Ainsi, l’écho-lalie peut-elle être vue comme un effort pour communiquer et non seulement comme une production déviante. Elle représente une sorte d’émergence de communication sur laquelle peuvent s’appuyer les efforts pour développer chez l’enfant une communication fonctionnelle.
Les éléments de langage qui changent de signification (pronoms personnels comme « je » et « tu » ; ou des prépositions « dans », « sur », « au-dessus ») sont difficilement utilisés de manière adap-tée. L’usage peut en être correct dans des situations précises (par exemple dans des expressions toutes faites) mais pas dans un contexte plus large. Le ton et l’intonation peuvent être étranges, mécaniques.
Les habiletés interactives sont pauvres et la personne ne peut pas participer normalement à une conversation. Elle peut acquérir des structures de langage adéquates, et ainsi réussir relativement bien dans certains tests de langage, alors qu’en situation sociale les compé-tences langagières ne sont pas utilisées correctement. Par ailleurs, le ASPECTS COGNITIFS DU FONCTIONNEMENT AUTISTIQUE 71