capitulation volume 1 de la trilogie Surrender

Melody Anne · Chapitre 9 sur 42

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capitulation volume 1 de la trilogie Surrender

Chapitre 8

8

 

— Tout à l’heure, j’ai rendez-vous avec les membres du conseil d’administration de l’hôpital, maman. Je suis contente. Tu vas voir, tout va s’arranger pour nous, annonce Ari avec un grand sourire.

— C’est formidable, ma chérie. Je suis sûre que tu as raison. Je me sens beaucoup mieux. Aujourd’hui, j’ai même presque terminé mon petit déjeuner. Et toi, tu as passé une bonne soirée ?

— J’ai trouvé du travail, un super-job : assistante du vice-président d’une prestigieuse société d’électronique. J’aurai peut-être même l’occasion de voyager, mais pas dans l’immédiat, répond Ari, survoltée. La mine préoccupée de sa mère la déconcerte.

— Mais je pensais que tu allais te réinscrire à l’université, Ari ? Tu ne seras pas heureuse comme secrétaire. Tu es beaucoup trop douée et intelligente pour ça.

— Je retournerai à l’université dès que possible, promis.

— Ari, la plupart des étudiants qui interrompent leurs études, pour une raison ou pour une autre, ne les reprennent jamais. La vie les en empêche. Je vais régler mes soucis de santé toute seule. Tu dois retourner à la fac pour terminer ce que tu as commencé.

— Maman, je te promets de reprendre mes études. Mais comment pourrais-je me concentrer sur les cours et les devoirs en sachant que tu as besoin d’aide ? Essaie de voir les choses de mon point de vue, maman. Serais-tu capable de vivre ta vie comme si de rien n’était si la situation était inversée ? Si j’étais à l’hôpital, en attente d’une opération, pourrais-tu faire comme si de rien n’était ? demande Ari.

Sa mère la dévisage un instant, comme pour chercher ses mots, avant de baisser les yeux. Ari le sait, sa mère ne lui mentirait jamais, c’est pourquoi elle a préféré garder le silence.

— Je reviendrai te voir, maman, mais là, il faut que je file. Je vais aller charmer ces membres du conseil d’administration, pour te faire opérer et te remettre sur pied avant que tu aies le temps de dire ouf. Depuis que tu es sortie du coma, le vent a tourné. Tu sens le bon karma qu’il y a dans cette chambre ? demande Ari avec un nouveau sourire. Elle se penche en avant pour planter un baiser sur la joue de sa mère, puis quitte la chambre afin de rejoindre l’ascenseur.

En réalité, elle tremble de tous ses membres. La perspective de rencontrer les membres du conseil d’administration, qui pourront décider ou pas d’opérer sa mère gratuitement, l’intimide, ce qu’elle ne veut pas montrer. Si elle paraît confiante, ils verront qu’il faut offrir à sa mère l’opération dont elle a besoin.

— Bonjour, j’ai rendez-vous avec M. Coolidge et les membres du conseil d’administration, annonce Ari à la secrétaire.

— Vous êtes… ?

— Arianna Harlow.

— Ils vous attendent. C’est la porte à gauche.

Ari s’agrippe à son sac à main et se dirige vers la porte. En entrant dans la pièce, elle découvre une grande table ovale autour de laquelle sont installés des hommes et des femmes, tous habillés avec élégance. Au bout de la table se trouve une chaise libre. Elle en déduit que c’est la place qui lui est réservée, mais elle ne va pas s’asseoir avant d’y avoir été invitée.

— Mademoiselle Harlow. Merci d’être venue à ce rendez-vous. Je vous en prie, prenez place ici, la réunion va commencer.

— Je vous remercie de me recevoir, murmure-t-elle en se dirigeant vers la chaise vide. Elle le sait, il faut garder la tête haute et regarder chaque participant dans les yeux, mais ses nerfs commencent à lui jouer des tours.

Les membres du conseil d’administration sont tous des médecins en exercice ou retraités, ou bien des personnalités importantes. Ils ont des jobs prestigieux et de l’argent en pagaille. Pour eux, Ari et sa mère ne représentent pas grandchose. Pour la première fois, elle se dit que la réunion n’aura peut-être pas l’issue escomptée.

— Nous avons étudié le dossier de votre mère et nous avons quelques questions à vous poser.

Ari lève les yeux pour regarder l’homme à la mine sévère en bout de table. Devant lui, une plaque indique : « M. Coolidge, président du conseil d’administration ». Si seulement elle pouvait arriver à le convaincre, les choses se passeraient bien. Elle s’est renseignée sur lui.

— Je répondrai volontiers à toutes vos questions, monsieur Coolidge.

— Nous avons déjà dépassé notre plafond d’interventions chirurgicales gratuites ce mois-ci. Beaucoup de patients ne sont pas suffisamment assurés ou ont besoin d’opérations non prises en charge par les assurances. Nous sommes fiers de proposer plus d’interventions à prix réduits que d’autres établissements, mais il faut fixer des limites. Après tout, nous sommes une entreprise comme une autre et en opérant tout le monde gratuitement, nous ferions faillite. Dans votre dossier, je vois que vous êtes actuellement sans emploi. Comment prévoyez-vous de participer aux frais médicaux de votre mère ?

— Justement, je viens de signer un contrat de travail, hier, chez Sunstream Electronics. Mon salaire est excellent et j’ai très peu de charges. Je pourrais consacrer 70 % de mes revenus aux dépenses de santé de ma mère, répond-elle fièrement.

— C’est encourageant, mais cela ne va pas suffire, malheureusement. En cas d’hospitalisation, les frais journaliers grimpent rapidement. Votre maman est chez nous depuis deux semaines déjà et la facture s’élève à…, dit-il en marquant une pause pour chercher le montant exact dans ses papiers… à un peu plus de quinze mille dollars. Avec cette nouvelle intervention, le montant total atteindrait plus de deux cent mille dollars. Avez-vous la possibilité d’obtenir un prêt ou de vendre des biens qui vous appartiennent ?

 

Ari sent sa gorge se nouer. Jamais aucune banque ne lui prêtera une telle somme. Elle n’a pas de garantie à offrir pour ce prêt, pas de caution, et quasiment aucune expérience professionnelle. Il y a six mois, elle était encore étudiante. Pour une banque, lui prêter tout cet argent serait une véritable folie.

— J’ai rempli tous les dossiers que vous m’avez remis. À ce jour, je n’ai pas encore reçu de réponses, mais cela ne devrait pas tarder, souffle-t-elle en dépit du nœud qui lui serre la gorge.

— Je vais être franc avec vous, Mademoiselle Harlow. Les choses ne se présentent pas bien. Si vous ne nous soumettez pas un projet sérieux dans les jours à venir, nous ne pourrons pas garder votre mère ici.

— Mais vous ne pouvez pas faire ça ! Vous n’allez pas la renvoyer chez elle en sachant qu’elle risque de mourir, supplie Ari.

— Comme je vous l’ai dit, nous sommes une entreprise, mademoiselle. Nous n’aimons pas refuser des soins à quiconque, mais il nous est impossible d’opérer des patients qui n’en ont pas les moyens.

Ari sent son cœur se briser tandis qu’elle réfléchit rapidement à la meilleure réponse à donner.

— Auriez-vous une autre solution pour obtenir les fonds nécessaires ? Par exemple par l’intermédiaire d’un… ami qui pourrait vous avancer l’argent ?

Aussitôt, Ari tourne la tête en direction de cette voix familière. Sidérée, elle découvre Rafe Palazzo, installé à l’autre bout de la table. Elle n’avait pas la moindre idée qu’il faisait partie du conseil d’administration de l’hôpital. Compte tenu de son immense fortune, elle aurait pu s’en douter. Sans doute a-t-il son mot à dire dans tout ce qui se passe dans la ville.

— Non, je ne vois pas…

— Vous êtes certaine, mademoiselle ? Vous ne connaissez personne qui accepterait de vous aider, moyennant peut-être une contrepartie ?

Quelle audace ! Ari sait parfaitement où il veut en venir et elle espère que les autres personnes présentes ne comprennent pas son manège. En croisant son regard, elle réfléchit. Peutelle vraiment refuser l’argent qui permettrait de payer l’intervention de sa mère ? Son intégrité vaut-elle davantage que la vie de sa maman ?

Elle a envie de lui répondre que oui, elle fera ce qu’il demande. Simplement, les mots ne sortent de sa bouche. En proie à la panique et à un sentiment d’échec, elle pense à sa mère qui lui demande de ne pas se sacrifier. Que se passerait-il si elle acceptait ce contrat et que sa mère l’apprenait ? Lui pardonnerait-elle un choix pareil ? Et elle-même, pourrait-elle se le pardonner ?

Elle se force à respirer calmement pour reprendre ses esprits.

— Revoyons-nous dans quelques jours, mademoiselle, peut-être aurez-vous trouvé une solution d’ici là, déclare M. Coolidge, lui évitant ainsi d’avoir à répondre à Rafe.

— Je vous remercie, marmonne Ari, tandis que les membres du conseil d’administration commencent à se lever.

Ari reste assise, consciente que ses jambes ne supporteront pas son poids. Tandis que tous les participants quittent la pièce, elle évite soigneusement de croiser leurs regards. Levant les yeux, elle constate qu’il ne reste plus que Rafe et elle dans la salle. Elle aurait dû partir en même temps que les autres. La voilà en tête-à-tête avec lui, ce qu’elle voulait éviter à tout prix.

— Eh bien, mademoiselle Harlow, on dirait que vous avez une décision à prendre, conclut-il avec un sourire suffisant.

Ari garde le silence, tandis qu’il reste debout, immobile, en attendant l’occasion de fondre sur elle comme sur une proie. A-t-il raison de penser que toutes les femmes ont un prix ? Vient-il de trouver le sien ?

En silence, Ari prie pour que le sol s’ouvre et l’engloutisse. Elle préférerait être n’importe où, plutôt que là, devant lui.

 

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