capitulation volume 1 de la trilogie Surrender
Chapitre 27
27
— J’ai quatre rois ! Trop fort ! s’écrie Ari en exécutant une danse de la victoire dans son lit et en levant les bras au-dessus de la tête.
Instantanément, Rafe sent poindre une érection en voyant bouger les seins d’Ari, qui rougit aussitôt. Cela fait maintenant un mois qu’il l’a pénétrée, en la sentant si étroite et si serrée autour de lui. Il n’en peut plus. Un simple souffle d’air suffit à provoquer chez lui une érection de pierre.
— Oh, arrêtez d’être aussi mauvais perdant. Vous n’êtes pas concentré du tout aujourd’hui et je mène largement, lance Ari, enjouée.
Cette remarque lui fait oublier sa frustration sexuelle. Lorsqu’il a insisté pour que leur partie de cartes ait un enjeu, Ari a proposé de jouer des pièces de monnaie. Détail amusant, elle s’est mise dans tous ses états en remportant le fabuleux jackpot de… deux dollars ! Le plus drôle, c’est son propre enthousiasme lorsqu’il gagne. La présence d’Ari fait ressortir le petit garçon en lui et lui fait oublier l’homme d’affaires impitoyable et autoritaire. Ce qui lui fait le plus peur, c’est qu’il prend même plaisir à jouer aux cartes avec elle. Jamais il ne s’est absenté un après-midi pour jouer au poker. Il faut que cela cesse. Et le seul moyen d’y arriver est de l’entraîner dans son lit.
— Est-ce que vous allez faire la tête toute la journée parce que vous avez perdu ou vous allez penser à distribuer les cartes ?
— T’a-t-on jamais appris que la patience est une vertu ?
— Si, on a dû me le dire une ou deux fois. Maintenant, distribuez les cartes ! La chance est de mon côté, déclare-t-elle en se frottant les mains.
Rafe éclate de rire en battant les cartes. Pas d’un rire de façade, mais d’un vrai rire venant du cœur. Ari arrive à le décontenancer.
Levant les yeux, il voit qu’elle le fixe d’un air étonné. Ses yeux souriants descendent lentement jusqu’à sa bouche. Faut-il qu’elle le regarde ainsi, juste au moment où il a repris le contrôle sur son corps ! Son érection revient aussitôt, violente, plus douloureuse que jamais.
— Attention, si tu continues à me regarder ainsi, avec cet air aguicheur, je vais oublier ta blessure pour te sauter dessus sur-le-champ, prévient-il avant de pousser la table.
Surprise, Ari ouvre la bouche, sans toutefois lui dire d’arrêter. Rafe se lève et va fermer la porte, qu’il verrouille.
Je vais y aller doucement, se dit-il en posant la main sur le bouton de sa braguette.
— Toc toc. Je viens prendre vos signes vitaux.
Aussitôt, Rafe déverrouille la porte, se retenant de râler en voyant entrer l’infirmière. Il est à deux doigts de lui dire de repartir tout de suite, mais il se retient. Sans un regard pour Ari, il quitte la chambre, le corps en ébullition. Il sait qu’il n’est pas près de trouver l’apaisement. Il sait aussi que l’instant s’est envolé et qu’à son retour, Ari sera de nouveau sur ses gardes.
Un bon verre, ou plutôt dix, voilà la seule chose qui peut l’aider, en attendant d’avoir Ari entre ses mains. Il quitte l’hôpital, estimant qu’il vaut mieux ne pas revenir ce soir-là.
— Tu vas beaucoup mieux aujourd’hui. Le médecin dit que si tes signes vitaux restent stables, tu vas pouvoir rentrer chez toi.
Arianna lève les yeux vers Rafe qui vient d’entrer dans sa chambre. Cela fait maintenant deux semaines qu’elle est à l’hôpital et il vient la voir tous les jours. Gentil et attentionné, il joue à des jeux de société avec elle, il lui apporte des choses exquises à manger et il la traite comme une princesse. Il est constamment en train de la toucher, de lui masser les pieds, de lui caresser le bras, de remettre en place une mèche de ses cheveux. Malgré tout, elle ne supporte plus d’être à l’hôpital et la nouvelle de sa sortie prochaine la réjouit au plus haut point. Elle doit partir loin de cet homme avant de commettre une grave erreur, comme accepter de travailler pour lui.
— Super. Je suis prête à rentrer chez moi. Je n’arrive pas à croire que j’ai toujours un emploi, après plusieurs semaines d’absence. C’est une vraie chance. J’ai hâte de retrouver une vie normale.
— Évidemment que tu as toujours ton travail, Ari. Penses-tu que ton patron s’amuserait à virer la femme dont parlent tous les journaux, celle qui a contribué à l’arrestation d’un tueur ?
Rafe s’installe sur le bord de son lit. Aussitôt, elle s’écarte. Sitôt que leurs corps se frôlent, une chaleur la submerge et résister à cet homme devient de plus en plus difficile.
— Je ne vous ai pas aidé à capturer l’assassin. J’ai pris une balle et j’ai perdu connaissance. La presse adore exagérer, car cela fait vendre du papier. Savez-vous combien de magazines ont appelé, pour que je leur livre un scoop ? Lorsque je leur raconte le déroulement des faits, ils trouvent cela si ennuyeux qu’ils passent à l’histoire suivante.
— Ça, c’est parce qu’ils ne te connaissent pas comme moi je te connais. S’ils prenaient le temps de t’écouter, ils se bousculeraient devant la porte pour écouter ton récit, dit-il en prenant la main d’Ari pour la porter à ses lèvres.
Depuis qu’elle connaît un peu mieux ses parents, elle se dit que décidément, cet homme est un mystère. Il a grandi dans une famille aimante. Même si sa femme l’a trompé et blessé son amour-propre, les gens normaux surmontent ce genre d’épreuves… Elle craque et lui assène :
— Mais pourquoi me consacrez-vous autant de temps ? Je ne suis pas la femme qu’il vous faut. Jamais je ne serai soumise. Et je ne ferai jamais tous ces trucs que vous voulez me faire faire. Et puis, pourquoi êtes-vous aussi humain par moments, et aussi salaud à d’autres ? D’ailleurs, si vous cessiez d’être un salaud, vous seriez un genre d’homme idéal !
Instantanément, Rafe se fige pour reprendre son expression glaciale. Incroyable comme cet homme peut être chaleureux par moments, et froid l’instant d’après. En une fraction de seconde, le chevalier blanc qui se précipite au secours de la vierge effarouchée cède la place à un super-méchant.
— Je vais t’accompagner chez toi. Je reviens dans deux heures, dit-il sur un ton ferme, avant de quitter la pièce.
Ari lève les yeux au ciel. Bon débarras, pense-t-elle. Malgré tout, elle s’est résignée à ce qu’il la raccompagne chez elle. Rafe en a décidé ainsi et elle sait qu’il est impossible de le faire changer d’avis.
De retour chez elle, elle retrouvera sa vie d’avant et elle pourra redevenir la bonne vieille Ari, normale et ennuyeuse. Sa vie inintéressante lui plaît. Avec ses nouvelles amies, elle s’autorise un peu de fantaisie de temps en temps, mais au quotidien, c’est la routine – et ça lui convient à merveille.
Certes, elle n’a pas d’amoureux et sa vie n’a rien d’exaltant. Le bon côté des choses, c’est qu’elle ne souffre pas et que personne ne lui brise le cœur. Une vie avec Rafe serait un parcours en montagnes russes sur le plan émotionnel. Et la plupart du temps, le trajet s’effectuerait en descente, et non en montée. Elle se passe très bien de cela.
Rafe discute un instant avec le médecin avant de retourner dans la chambre d’Ari. Elle va pouvoir sortir aujourd’hui. Il est ravi que les visites à l’hôpital prennent fin. Il a des besoins à assouvir, ce qui ne risque pas d’arriver en jouant aux cartes avec elle.
Il a réfléchi au prochain chapitre de leur histoire, prit les mesures nécessaires pour avoir en main tous les éléments qui lui permettront de sceller le pacte avec Ari. Reste à attendre le moment idéal pour abattre ses cartes. Tous les bons joueurs le savent : dans le jeu, la subtilité est déterminante.
— Je vois qu’on t’a donné les vêtements. Comment te sens-tu ?
— Je vais bien, monsieur, vous êtes bien aimable, marmonne-t-elle, contrariée de lui devoir la jolie tenue qu’elle porte.
— Ari, ça recommence ? Je t’ai déjà entendue m’appeler Rafe, je sais que tu en es capable. À partir de maintenant, à chaque fois que tu m’appelleras monsieur, je te rappellerai qui commande. C’est compris ? Quand tu t’adresses à moi, tu m’appelles par mon prénom.
Il sourit, mais l’expression d’Ari montre qu’elle a bien compris qu’il ne bluffait pas. Pourvu qu’elle le défie car il meurt d’envie de lui enseigner de nouveaux jeux. Il a bien pensé à assouvir ses besoins avec une autre femme, mais cette idée ne le tente pas. C’est un problème, qu’il ne pourra résoudre qu’une fois que la petite Arianna aura cédé.
— Alors ? Ton temps est bientôt écoulé, prévient-il, tandis que sa mâchoire se crispe.
— Oui, j’ai compris… Rafe, lâche-t-elle les dents serrées.
En l’entendant prononcer son prénom, son pouls s’accélère. Cette fille est irréductible, une pure merveille, qu’il va choyer… pendant une courte période.
— Je l’avoue, je suis un peu déçu, Ari, mais pas trop inquiet, car tu ne peux pas t’empêcher de me défier. J’attends avec impatience la prochaine fois, dit-il avec un sourire coquin.
Elle le torpille du regard. Elle le désire, il le sait, mais elle le méprise aussi. Parfait. Elle ne doit pas oublier qui il est, ni ce qu’il veut.
Les femmes ont toutes une idée derrière la tête. Les unes l’admettent, les autres pas. Mais toutes attendent quelque chose – non, en réalité toutes attendent une longue liste de choses – de la part d’un homme : richesse, célébrité, sécurité, ou autre chose. Les hommes, eux, sont des créatures simples, qui ne veulent qu’une chose de la part de leurs femmes : qu’elles assouvissent leurs besoins, qu’elles les satisfassent. Pourquoi devrait-il avoir honte de penser ainsi ? C’est naturel. L’amour n’existe pas.
Il n’est pas un mauvais bougre – pas du tout. En réalité, il est même plutôt gentil avec les femmes, puisqu’il dit ouvertement ce qu’il ressent et ce qu’il attend. Dans un coin de sa tête, une petite voix lui souffle qu’il se trompe, mais il la fait taire rapidement. Puis il suit Ari, qui quitte sa chambre. Il a prévu de faire plusieurs arrêts sur le chemin conduisant à son appartement. S’il n’en tenait qu’à lui, elle ne resterait pas longtemps dans ce trou à rats.
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