capitulation volume 1 de la trilogie Surrender

Melody Anne · Chapitre 5 sur 42

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capitulation volume 1 de la trilogie Surrender

Chapitre 4

4

 

 

— Avez-vous pris votre décision, mademoiselle Harlow ?

Rafe avait dit qu’il lui laisserait jusqu’au lendemain pour faire son choix. Visiblement, il n’a pas l’intention de lui accorder un délai supplémentaire. De toute façon, elle se sent si coupable vis-à-vis de sa mère qu’elle ne peut se permettre d’attendre.

— Oui, j’accepte… votre proposition, répond Ari en murmurant presque dans le combiné. En rentrant chez elle, elle a à peine eu le temps de s’asseoir que son téléphone a sonné. Au bout du fil, c’était Rafaëlle Palazzo.

— Vous m’en voyez ravi. Je vais envoyer une voiture vous chercher, afin de nous permettre de mettre au point les derniers détails, dit-il avant de raccrocher.

Il ne lui a pas laissé le temps de décliner sa proposition ni de répondre qu’elle avait prévu autre chose. Ari fixe son téléphone, puis raccroche lentement. En acceptant, elle savait pourtant ce qu’elle faisait. Une fois le contrat signé, c’est ainsi que les choses se passeront, systématiquement. Il donnera une consigne et elle devra obtempérer, quoi qu’il ait demandé.

Certes, il lui a assuré qu’il ne la battra pas et qu’il ne lui demandera rien d’illégal – comme si cela pouvait suffire à la rassurer. Elle sera anéantie, mais cela n’a aucune importance aux yeux de Rafe.

Le visage tout pâle de sa mère lui vient soudain à l’esprit, et Ari se dit qu’elle va y arriver. Elle ne prend pas la peine de se changer, préférant garder son jean baggy et son T-shirt ample. S’il n’aime pas son look, il pourra toujours revenir sur son offre. Ainsi au moins, elle ne sentira pas coupable d’avoir refusé ce job. Et elle n’aura rien à se reprocher. Au moment où elle commence à paniquer et à se demander s’il ne serait pas préférable d’enfiler une robe et des chaussures à talons – elle a désespérément besoin de ce job ! – la sonnerie de sa porte d’entrée retentit.

Soudain, elle se souvient qu’elle n’a pas mentionné son adresse sur son CV, se contentant d’indiquer une boîte postale. Qu’il sache où elle vit ne la surprend pas, cependant. À l’heure qu’il est, il a sans doute déjà fait réaliser une enquête approfondie à son sujet. Rafe Palazzo n’a pas l’air d’être du genre à se lancer dans quoi que ce soit à l’improviste. Il en sait certainement plus long sur elle qu’elle-même.

Derrière la porte, elle découvre Mario Kinsor, l’homme qui a réalisé le premier entretien de recrutement. Habillé impeccablement, il se tient devant elle, avec le même sourire bienveillant que la dernière fois.

— Ravi de vous revoir, mademoiselle. Si vous êtes prête, nous pouvons y aller. La voiture vous attend.

Ari se dit qu’il sait forcément ce que recouvre ce poste. Elle rougit avant de le suivre dans l’escalier pour rejoindre la Bentley noire garée en bas, totalement incongrue dans son quartier mal famé. Il doit se dire qu’elle est une pauvre fille – ou une femme vénale. À cette idée, elle est mortifiée.

Il lui ouvre la portière et elle s’engouffre dans le véhicule, sans oser croiser son regard. Va-t-elle pouvoir faire une chose pareille ? C’est totalement humiliant. Les nombreux employés de M. Palazzo doivent savoir qu’il recrute ses maîtresses.

Jamais elle ne pourra regarder aucun d’eux dans les yeux. Ses partenaires en affaires sont-ils au courant, eux aussi, de ses pratiques ?

Devra-t-elle être horriblement gênée, chaque fois qu’elle sera à ses côtés dans un contexte professionnel ? Sera-t-elle la risée de tous ?

Et une fois qu’il l’aura renvoyée ? Elle sera à jamais marquée de son empreinte humiliante. Même si elle parvient à reprendre ses études et à devenir professeur d’université, cela pourrait se savoir. Elle devra cacher que par le passé, elle a été call-girl de luxe. Cette humiliation la poursuivra jusqu’à la fin de ses jours. Mais avec sa mère en train de mourir, a-t-elle le choix ?

Elle s’est démenée pour réussir sa vie. Toujours première de sa classe, elle était une élève studieuse, qui ne sortait pas avec des garçons et qui ne faisait pas la fête, contrairement à tant de lycéens et d’étudiants. Après avoir travaillé d’arrache-pied pour pouvoir être fière de sa vie, elle en est réduite à devenir la maîtresse d’un inconnu.

Elle n’a jamais compris les gens qui manquent d’ambition. Ses idées reçues à leur sujet l’empêchaient de leur trouver des circonstances atténuantes ou de comprendre que la vie est parfois compliquée. Pour elle, les victimes étaient des gens qui autorisent autrui à profiter d’eux. Désormais, Ari commence à comprendre que tout n’est pas aussi simple qu’elle l’a toujours cru, depuis sa vie privilégiée.

Si cette décision peut permettre à sa mère de bénéficier des soins nécessaires et de se rétablir, eh bien le jeu en vaut la chandelle – et tant pis si elle ne pourra plus jamais se regarder dans une glace. Elle commence à comprendre pourquoi les gens désespérés font parfois des choses choquantes.

— Nous sommes arrivés, annonce Kinsor, l’arrachant à ses réflexions.

— Merci, murmure Arianna en descendant de la voiture, avant de regarder la devanture de l’élégant restaurant.

L’estomac noué, elle suit son chauffeur jusqu’à un salon privé.

 

Installé à une table superbement dressée, Rafe est extrêmement séduisant dans son costume Armani noir, avec sa cravate rouge vif. Lorsqu’elle entre dans la pièce, il se lève pour l’accompagner à sa chaise. Être la maîtresse de cet homme ne sera peut-être pas si désagréable, en fin de compte, essaie-t-elle de se rassurer. De toute façon, elle n’a aucune envie d’être en couple pour le moment. Peut-être pourrait-elle se persuader que faire l’amour avec lui sera un genre d’entraînement ?

— Asseyez-vous, Arianna, je vous en prie. Je me suis permis de commander sans vous attendre.

— Merci beaucoup.

En entendant le son de sa voix, toute timide, l’irritation l’emporte sur la panique. Elle ne se reconnaît plus. Est-elle vraiment tombée aussi bas ? Elle a commis une erreur – une seule ! Jusqu’à cette fameuse soirée, elle a toujours été la fille idéale, la première de sa classe, sage et raisonnable. Elle n’a jamais fait le mur, elle n’a pas consommé de drogue, elle n’est pas tombée enceinte, comme tant d’autres. Même à l’université, son comportement a été exemplaire : ses études passaient avant tout, elle allait rendre visite à sa mère régulièrement et elle restait fidèle au cap qu’elle s’était fixé à l’âge de treize ans.

Sa mère ne supporterait pas ce qu’elle est en train de faire – ne supporterait pas de voir sa fille chuter au premier obstacle.

— Est-ce que vous avez lu tous les documents ? Et avezvous bien compris ce que recouvre le poste ? Si c’est le cas, vous pourrez passer à la DRH pour remplir tous les papiers nécessaires, afin de commencer immédiatement.

Ari s’efforce d’ouvrir la bouche pour dire qu’elle est d’accord. Il lui suffirait de répondre qu’elle a compris et qu’elle peut commencer son nouveau job tout de suite. Ils pourraient ensuite discuter des détails pratiques autour d’un bon repas.

— Non.

Arianna n’arrive pas à croire qu’elle a prononcé ce mot. En état de choc, elle se lève et le fixe, immobile. Elle avait prévu d’accepter cette proposition et de s’offrir à cet homme sur un plateau. Elle n’en revient pas : elle a décliné l’offre qui aurait permis, à sa mère et à elle, d’échapper à leur situation désespérée !

Pétrifiée, elle regarde la mine stupéfaite de Rafe Palazzo. Celui-ci est ébahi, comme s’il n’avait jamais entendu le mot non. Un silence pesant plane dans la pièce, jusqu’à ce qu’un serveur entre et dispose les plats sur la table, avant de s’éclipser.

— Au téléphone, vous avez dit que vous étiez d’accord. Je croyais que les choses étaient entendues, répond Rafe avec calme.

Prenant son verre, il boit lentement une gorgée de vin rouge, tandis qu’elle reste debout en face de lui. Ari finit par tourner la tête, cherchant du regard l’assistant qui reste invisible. Elle va devoir trouver une solution pour rentrer chez elle. Le trajet est trop long pour être parcouru à pied.

Elle regarde Rafe avaler sa gorgée de vin et observe la gorge qui se serre lorsque le liquide descend lentement. En l’observant comme à travers les yeux d’une autre, elle remarque de nouveau combien il est séduisant et sûr de lui. Pourquoi un homme comme lui a-t-il besoin de se payer des maîtresses ? Il l’a dit lui-même dans son bureau : des dizaines de femmes seraient prêtes à tout pour sortir en sa compagnie.

Il savait certainement qu’elle n’accepterait jamais sa proposition, avant même qu’elle la décline, alors à quoi bon tout cela ? Cela serait plus facile à comprendre s’il était un insupportable tyran, moche et méchant. Mais avec son teint mat, sa charmante pointe d’accent italien et cette incroyable assurance, il n’a pas besoin de cela. Dans un contexte différent, dans un monde différent, peut-être même aurait-elle été déçue de ne pas sortir avec lui.

Bien sûr, il ne cherche pas une petite amie – il n’a pas envie d’une relation de couple. Ce qu’il veut, c’est une femme qui lui obéisse au doigt et à l’œil, qui soit à sa disposition pour lui faire un tas de choses cochonnes tordues. Hors de question qu’elle soit cette femme-là.

 

Tandis que leur face-à-face se poursuit, Ari sent que ses genoux commencent à flancher et se laisse lentement tomber sur sa chaise. Les yeux de Rafe rivés aux siens, elle respire profondément et saisit le verre placé devant elle. Elle prend une gorgée de vin rouge, histoire de s’accorder une seconde de réflexion. Pour une raison qui lui échappe, elle ressent le besoin de se justifier.

— Voyez-vous, je pensais en être capable – de vendre mon corps pour sauver ma mère. Eh bien, je me suis trompée. J’avais prévu de dire oui, d’accepter le poste et de me faire une raison. Je n’avais pas la moindre idée que j’allais refuser, jusqu’à ce que ce « non » sorte de ma bouche. Ma situation actuelle est vraiment désespérée, mais j’imagine qu’il me reste encore un peu de fierté.

Elle ne cherchait pas à l’insulter, mais manifestement, il a mal pris ses paroles. Rafe est le genre d’homme qu’il vaut mieux éviter de contrarier lorsqu’on se trouve au bord du gouffre.

Soudain, elle se dit que tout lui est égal. Grisée, elle sent disparaître la peur qui lui serre le ventre depuis longtemps. Elle prend une nouvelle gorgée de vin et le regarde droit dans les yeux. Il peut avoir tout l’argent du monde, même être plus puissant que le Président des États-Unis, il n’en reste pas moins un homme, tout simplement. Et il ne peut l’obliger à faire quoi que ce soit – quelle que soit sa puissance.

Dans d’autres pays, il aurait peut-être pu la fusiller sur place sans être inquiété. Mais ils sont aux États-Unis, le pays de la Liberté, et elle y est en sécurité. Le sentiment d’avoir le choix lui redonne de l’espoir. Elle a pris la bonne décision.

Hors de question qu’elle renie ce qu’elle est. Elle n’a jamais envisagé, ne serait-ce qu’une fraction de seconde, de sortir avec un homme aussi séduisant et aussi raffiné que Rafe – jamais, de toute sa vie. Elle pensait épouser un comptable ou un pompier, avec qui elle vivrait dans une petite maison, avec un bout de jardin et une pelouse à tondre. Ils auraient deux enfants qui joueraient avec leur chiot dans une pataugeoire. Non, elle n’est pas une femme qui a envie de se livrer à des jeux tordus avec un richissime homme d’affaires mondain et désabusé.

Finissant son verre de vin, elle constate avec soulagement que ses genoux ne tremblent plus. Elle se relève, estimant qu’il est temps de partir. À quoi bon poursuivre cette discussion ? Elle a refusé le poste et elle ne lui doit aucune explication. Tendant la main pour attraper son sac, elle sent que Rafe lui saisit le bras.

— Cette conversation n’est pas terminée, Ari. J’ai appris que chaque femme a son prix et je vais trouver le vôtre, simple question de temps.

La puissance brute de sa voix et la maîtrise de son mouvement provoquent un frisson qui remonte le long du dos d’Ari. Dans quoi a-t-elle mis le doigt en se rendant à cet entretien ? Mieux aurait valu ne jamais tomber sur cette annonce.

Ce type malheureux et désabusé pense tout savoir sur tout. Or il lui reste bien des choses à apprendre. Non, toutes les femmes ne sont pas à vendre. Elle a cru pouvoir accepter ce job, mais elle a une plus haute opinion d’elle-même qu’elle ne le pensait. Il peut croire ce qu’il veut. Elle, en tout cas, n’est pas à vendre – quel que soit le montant proposé.

 

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