capitulation volume 1 de la trilogie Surrender
Chapitre 18
18
Prise de vertige, Ari s’appuie contre le bastingage et se force à respirer calmement. En se retournant, elle constate que l’immense yacht s’éloigne de plus en plus de la terre ferme, et tente d’évaluer la distance à parcourir à la nage. Que faire ? Sauter à l’eau ? En entendant la voix de Rafe, elle sursaute légèrement
— Je vois que vous êtes en retard, les filles, comme d’habitude. Cela fait une heure que nous vous attendons.
— Oh, Rafe… Nous étions en plein match de volley. Et puis nous avons fait connaissance d’une jeune femme très sympathique, que nous avons invitée à dîner.
Paralysée, Ari ne veut pas se retourner et voir son visage. Elle ne l’a pas revu depuis leur aventure, voici presque deux semaines. Si seulement elle pouvait se forcer à bouger, elle sauterait à l’eau. Dans quel pétrin est-elle allée se fourrer ?
— Bienvenue à bord…, commence Rafe, avant de s’interrompre brusquement.
Ari sent qu’il l’a reconnue, même de dos. Peut-être a-t-il identifié la raideur de ses épaules ? Son instinct lui dit de sauter à l’eau pour se sortir de là. Cependant, elle parvient à afficher un sourire de façade et à se retourner avec raideur pour regarder Rafe dans les yeux.
Tout le monde reste silencieux tandis que leurs regards se croisent – ceux de Rafe se plissent, ceux d’Ari s’écarquillent. Il est toujours aussi séduisant. En costume, il est déjà sublime. Et en polo ajusté et en short, il est tout simplement à tomber.
— Arianna… Quelle coïncidence incroyable que mes sœurs aient fait ta connaissance aujourd’hui ! remarque Rafe après un instant de silence très tendu.
— Incroyable, c’est ton Ari ? s’exclame Lia avec un naturel feint.
Rafe la foudroie du regard, montrant qu’il n’est pas dupe.
— Je ne suis pas son Ari !
La jeune femme, qui a retrouvé sa voix, lance un regard incrédule à Lia et à Rachel avant de se retourner vers Rafe.
— Ça, ça reste à voir, rétorque Rafe en la prenant par le bras. Tu n’as pas protégé ta peau. Il faut appliquer de la crème sans attendre, ou tu auras l’épiderme en feu d’ici ce soir.
Il l’entraîne avec lui, abandonnant ses sœurs. Ari met un moment avant de protester et de tenter de dégager son bras. La pression de la main de Rafe provoque une brûlure sur sa peau. C’est sûr, elle est vraiment restée trop longtemps au soleil. En fixant son bras échauffé par trop de soleil, elle réalise soudain qu’elle ne porte qu’un mini-haut de bikini et un short. Son sac a dû rester à l’entrée du bateau. Elle se sent vulnérable…
Soudain, elle comprend : les jeunes femmes ont parlé de son Ari. Il a donc mentionné son existence avant qu’elle ne fasse la connaissance de ses sœurs. Les pièces du puzzle commencent à s’assembler dans son esprit. Ainsi, cette rencontre avec les deux jeunes femmes n’était pas une coïncidence. Comment a-t-elle pu être aussi naïve ? Bien sûr, personne ne vous invite spontanément à dîner aux chandelles sur un yacht.
— Lâche-moi, ordonne Ari en tirant de nouveau sur son bras, ignorant la douleur lancinante. Exaspérée par la tournure des événements, elle est incapable de garder un ton détaché.
— Impossible. J’ai vu la tête que tu faisais au bord du bastingage. Tu es assez bête pour sauter par-dessus bord.
Ils sont désormais beaucoup trop loin pour lui permettre de rejoindre la rive à la nage. Elle n’est pas suicidaire, mais elle n’a qu’une envie : se retrouver loin de lui. Pourvu que ses entremetteuses de sœurs aient des vêtements à lui prêter…
— Je ne vous cache pas que l’idée m’a traversé l’esprit quand j’ai découvert que c’était votre bateau. Maintenant, nous sommes beaucoup trop loin du rivage. Si vous étiez gentleman, vous feriez demi-tour pour me ramener au port, dit-elle de sa voix la plus hautaine.
Rafe s’arrête net et la plaque contre le mur, en pliant légèrement les genoux pour se mettre à sa hauteur. La poitrine de Rafe écrase ses seins, tandis qu’il dévore son visage des yeux.
— Je n’ai jamais prétendu être un gentleman, Arianna, lance-t-il avec un sourire séducteur.
— Je refuse de jouer à ces petits jeux avec vous, monsieur.
Elle s’interrompt lorsqu’une idée lui traverse l’esprit. Et si sa présence sur le bateau n’était pas due à une initiative de ses deux sœurs ? Et s’il avait tout manigancé ?
— Est-ce que vous avez demandé à vos sœurs de m’amener ici ?
— Pas du tout. Je préférerais te savoir loin de ma famille. Mais je mentirais en disant que je suis déçu de te voir. J’ai beaucoup pensé à notre aventure et j’adorerais remettre cela. Ta respiration s’est accélérée et je sens le bout de tes seins pointer contre ma poitrine. J’en conclus que toi non plus, tu ne serais pas opposée à cette idée, déclare-t-il, débordant d’assurance.
Il a raison, Ari le reconnaît à contrecœur. Cela fait deux mois qu’elle rêve de lui et ses rêves sont encore plus torrides depuis qu’elle s’est retrouvée dans son lit. Rien ne lui fait plus envie que la perspective de le sentir profondément en elle. Mais elle n’est pas prête à subir de nouveau l’humiliation de se voir traitée comme une prostituée une fois qu’il aura obtenu ce qu’il veut.
— C’est vrai, nos deux corps vont bien ensemble, mais ça ne signifie pas que je vous désire. Je préférerais encore coucher avec un inconnu rencontré à la plage que de sentir de nouveau vos mains sur moi, affirme-t-elle en bluffant.
— Menteuse ! chuchote-t-il en baissant la tête pour faire glisser sa langue sur la peau douce du cou d’Ari.
Celle-ci réprime un soupir. Si seulement il n’était pas aussi canon !
— Désolée, vous ne me faites aucun effet, monsieur Palazzo. Auriez-vous l’amabilité de me laisser utiliser l’une des cabines d’amis pour que je puisse prendre une douche et me changer ? J’apprécierais aussi beaucoup d’avoir des vêtements à emprunter, répond-elle les dents serrées. Au prix d’un effort surhumain, elle s’efforce de maîtriser sa respiration, tandis que la langue de Rafe trace des cercles sur sa peau rougie. Ces caresses lui font totalement oublier son coup de soleil, qui est pourtant en train d’empirer.
— Mmm, ta peau est salée. Je me ferai un plaisir de t’aider à prendre ta douche, propose-t-il en s’écartant d’elle et en avançant dans les coursives du bateau.
— Merci beaucoup, je sais prendre ma douche toute seule, rétorque-t-elle tandis qu’il la précède dans un escalier.
Pour seule réponse, Rafe éclate de rire.
Peu après, il ouvre une grande porte et la fait entrer dans une pièce spacieuse. Ari y découvre un canapé et deux chaises encadrant une table moderne en cerisier. Aux murs, des toiles sont parfaitement éclairées pour mettre en valeur leurs couleurs et leurs textures. Toute la pièce est joliment décorée, avec une association très réussie de tons clairs et sombres.
— Prends cette porte, à droite. Je vais te faire apporter des vêtements – sauf bien sûr si tu changes d’avis et si tu préfères que je vienne te donner un coup de main !
— Ça va aller, merci ! répond Ari en s’écartant rapidement de lui pour passer la porte.
Elle découvre une pièce spacieuse abritant un canapé, des miroirs et plusieurs tables basses. Une autre porte, sur la droite, donne sur une grande douche à l’italienne.
Il y a aussi une grande baignoire d’angle, mais elle n’a pas le cœur à prendre un bain. Tout ce qu’elle veut, c’est se laver le plus vite possible, en priant pour que des vêtements l’attendent dans le dressing à sa sortie de la douche.
Lorsque le puissant jet d’eau touche sa peau, Ari fait un bond en arrière. C’est sûr, elle a un vrai coup de soleil, et l’eau n’arrange rien. Elle réduit la force du jet au minimum et baisse la température, pour que l’eau soit tout juste tiède. Même ainsi, Ari a l’impression de prendre une douche bouillante. Mais en utilisant uniquement l’eau froide, elle risquerait de voir ses muscles se figer.
Durant toute la durée de la douche, elle souffre le martyre et se savonne de son mieux. Au moins, l’eau a débarrassé sa peau du sable et du sel qui la brûlaient, ce qui la soulage un peu. En sortant de la douche, elle attrape une serviette douce et s’enroule dedans, avant d’ouvrir la porte du dressing pour y jeter un coup d’œil.
Soulagée, elle découvre une pile de vêtements – et pas le moindre signe de Rafe. S’il tentait vraiment de la séduire de nouveau, elle céderait en quelques secondes. Leur bref échange, dans le couloir, a laissé le corps d’Ari frémissant de désir, et le savoir proche attise encore son excitation.
En découvrant la robe soyeuse bleue et le string en dentelle noir, elle sent son visage s’embraser. Elle ne sera pas beaucoup plus couverte qu’en maillot de bain. Rafe prend plaisir à la mettre au supplice. En constatant qu’il n’y a pas de soutien-gorge, elle lance un regard noir en direction de la porte fermée. Si les pensées pouvaient tuer… Rafe serait en train de couler à pic, pour s’enfoncer dans les profondeurs de l’océan.
Elle retourne dans la salle de bain pour rincer son haut de bikini, puis elle déniche un sèche-cheveux dans la salle de bain. Elle s’en sert pour faire sécher le haut, qu’elle remet une fois sec. Avec un soupir incrédule, elle enfile le string, minuscule bout de tissu qui couvre à peine son intimité, puis elle se glisse dans la robe.
Le tissu fluide arrive à peine à mi-cuisse, mais la robe est étonnamment confortable. Le matériau frais est agréable sur sa peau brûlante. Le coup de soleil devient de plus en plus douloureux, sur presque tout son corps. Les jours à venir promettent d’être désagréables.
Un sourire illumine son visage en découvrant un flacon d’après-soleil ruineux à l’aloe vera. Ari se déshabille rapidement et s’en enduit la peau. La lotion fraîche produit une sensation exquise sur ses bras, sa nuque, puis sur ses jambes. Bien qu’elle n’arrive pas à s’en appliquer sur l’ensemble du dos, elle couvre une surface de peau suffisante pour éprouver un soulagement.
Au moins, elle sera en mesure de tenir pendant le dîner désagréable qui l’attend. Rafe, c’est sûr, ne ratera pas une occasion de la mettre mal à l’aise. Elle s’efforcera de ne pas montrer qu’elle ne se sent pas à sa place, il serait trop content.
— Ah, je commençais à me dire que tu n’allais jamais sortir.
La voix douce de Rafe fait sursauter Ari. Elle ne se doutait pas qu’il allait l’attendre, sachant que sa famille est à bord.
— Inutile de m’attendre, j’aurais trouvé la salle à manger, affirme-t-elle en s’avançant vers lui.
— Je n’aurais pas l’impolitesse de laisser mon invitée toute seule.
— Je ne suis pas votre invitée, monsieur Palazzo. Il se trouve qu’on m’a fait venir ici. Je vais m’efforcer de faire contre mauvaise fortune bon cœur, mais croyez-le, la perspective de passer une soirée en votre compagnie m’enchante autant que d’aller me faire pendre.
Lentement, il se penche vers elle, dans une posture de prédateur. Malgré une furieuse envie de prendre ses jambes à son cou, elle se contient, refusant de montrer le moindre signe de faiblesse – ce qui reviendrait à tendre le cou à un lion.
— J’en ai assez que tu m’appelles monsieur, Ari. Soit tu te décides à utiliser mon prénom, soit je me ferai un plaisir de t’humilier devant tout le monde. À toi de voir ! conclut-il en interrompant son mouvement en direction de la jeune femme, de manière à ce que son torse effleure la pointe des seins d’Ari, qui sont en train de durcir.
La robe qu’il a choisie lui permet de ne pas en perdre une miette. En découvrant l’effet qu’il lui fait, il affiche un sourire suffisant. Ari adorerait tester la menace. Mais pour cela, il faudrait prendre le risque de le provoquer. Non, il ne fera rien de terrible, surtout pas devant des témoins. Seulement voilà : visiblement, tous les membres de sa famille sont un peu fêlés. Peut-être prennent-ils plaisir à sacrifier des jeunes femmes en mer, en jetant leurs corps aux requins ?
— Comment ça ? Pas de réplique cinglante, Ari ? Voilà qui ne te ressemble pas, lance-t-il d’un ton moqueur, en passant ses doigts dans les boucles de la jeune femme.
Le léger frisson qui parcourt le dos d’Ari ne laisse aucun doute sur l’effet qu’il produit sur elle. Malgré tous ses efforts, elle n’arrive pas à contrôler ses hormones. Elle peut le détester pour l’effet qu’il lui fait, mais elle ne peut réprimer le désir qu’il lui inspire.
— Je meurs de faim. Si vous voulez bien me montrer où se trouve la salle à manger, répond Ari d’une petite voix à peine audible, évitant soigneusement de l’appeler par son nom ou son prénom.
— Allons-y, je m’en voudrais de te faire attendre, répond-il en lui prenant le bras.
Consciente que toute résistance serait inutile, elle fait un effort pour se détendre en marchant à ses côtés.
En présence d’autres personnes, elle n’aura pas besoin de se battre avec lui – ni de lutter contre son propre désir. Si elle arrivait à comprendre comment on peut détester un homme tout en continuant à le désirer, elle deviendrait millionnaire. Une foule de femmes la paieraient pour connaître ce secret !
— La douche était agréable ?
— Non, pas trop. La salle de bain est magnifique, mais j’ai trop pris le soleil aujourd’hui. L’eau me brûlait la peau. En revanche, l’après-solaire a fait des miracles. Je ne sais pas quelle substance secrète il contient, mais je n’ai presque plus mal.
— Après le dîner, je me ferai un plaisir de t’en enduire le corps, pour en mettre sur toutes les zones difficiles à atteindre.
En découvrant la douceur de sa voix, Ari sent son ventre se nouer. Ses jambes sont en coton, et on dirait que les flammes de l’enfer sont en train d’embraser son sexe. Comment a-t-elle pu penser qu’elle serait en sécurité en présence de sa famille ? Un seul mot de la part de cet homme suffit à la faire fondre. Un seul contact entre eux, même un simple effleurement, et elle devient sa chose.
Peut-être serait-il préférable de se jeter à l’eau avec les requins ? En ce moment précis, elle se dit que ces animaux sont sans doute moins dangereux que lui.
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