capitulation volume 1 de la trilogie Surrender

Melody Anne · Chapitre 1 sur 42

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capitulation volume 1 de la trilogie Surrender

Prologue

 

Divorcé.

À la simple évocation de ce mot, sa gorge se serre. Il a vingt-huit ans et il a conquis l’univers. Enfin… il pensait avoir conquis l’univers.

Non ! Le monde lui appartient. Mais il a suffi d’un seul mot pour anéantir sa vie parfaite.

Divorcé.

Il était un homme respectable et respectueux, grand admirateur des femmes. À vingt et un ans, il a épousé la femme qu’il aimait, qu’il a choyée et à qui il a tout donné. Il pensait avoir réussi sa vie à la perfection. Grave erreur.

 

Rafaëlle Palazzo se redresse sur sa chaise, puis plisse les yeux.

Non ! Ce type-là, ce n’est pas lui. Il n’est pas du genre à se laisser abattre. Et ce n’est pas aujourd’hui que ça va commencer.

— Au revoir !

Lorsque Sharron passe devant lui avec un sourire suffisant, son sac à main à 5 000 dollars sur l’épaule, il lève à peine les yeux. Il l’entend claquer la porte d’entrée. Elle est partie. Bon débarras.

Sharron lui reprochait quantité de choses. Entre autres, de trop travailler et de ne pas être aussi attentionné qu’elle l’aurait souhaité.

La semaine précédente, il est rentré plus tôt que prévu à la maison, un bouquet de fleurs à la main, pour lui accorder cette attention qu’elle demandait. Il a constaté alors qu’elle ne l’avait pas attendu : Rafe l’a surprise au lit avec son associé. Et comme si cela ne suffisait pas, elle a ensuite tenté de le dépouiller de toute sa fortune.

Sharron a voulu jouer. Elle a perdu.

Il ferme les yeux en repensant à cette après-midi atroce.

— Vous nous faites faux bond ?

— C’est notre anniversaire de mariage. J’ai commandé les fleurs préférées de ma femme, des fleurs hawaïennes, qui doivent être livrées spécialement. Je passe chercher le bouquet chez le fleuriste, puis nous partons à Paris. C’est une surprise. Je l’emmène là où nous avons passé notre lune de miel.

— Vous êtes l’homme le plus romantique au monde, a lancé son assistant, Mario Kinsor, avec un sourire.

— N’oubliez pas que je suis à moitié italien ! Mon père a appris les us et coutumes du pays de ma mère, ainsi que la galanterie. Il m’a enseigné à gâter les femmes, a répondu Rafe avec bonne humeur.

Il espère de tout cœur réussir à construire un couple aussi solide que celui de ses parents, et aussi durable.

— Quand Ryan doit-il rentrer ? Puisque vous nous laissez tomber, l’un des associés doit être présent, pour faire tourner la société.

— Il rentre vendredi. Quand je lui ai parlé, voici quelques jours, il m’a annoncé qu’il avait rencontré quelqu’un. J’ai hâte de faire sa connaissance.

— Toutes ces roucoulades sont insupportables. Sortez donc d’ici avant que ça ne me gagne. À lundi !

— Bonne soirée, Mario. Et merci d’avoir travaillé aussi dur toute la semaine.

Rafe s’est dirigé vers la porte en saluant son fidèle assistant d’un geste de la main. Sa vie est formidable – son entreprise, qu’il gère sans l’aide de sa famille, se porte à merveille et il ne pourrait être plus heureux dans sa vie privée.

Il est passé chez le fleuriste puis rentré chez lui, quelques minutes plus tard. Ne voyant pas Sharron au rez-de-chaussée, il a souri. Peut-être est-elle allongée sur leur lit, dans une tenue sexy…

Ouvrant la porte de leur chambre, Rafe a en effet la surprise de la trouver sur le lit, et en tenue très légère – en réalité, elle est même totalement nue. Seulement voilà : elle n’est pas seule. Interloqué, il se fige.

Oui, Ryan ! crie Sharron.

Toutes les illusions de Rafe ont volé en éclats. Silencieux, il est resté caché dans la pénombre. L’un de ses meilleurs amis est en train de sauter sa femme. Ryan, Shane et lui se connaissent depuis le collège, partageant tout, toujours là l’un pour l’autre. Ryan s’est-il dit que son ami était prêt à tout partager avec lui, y compris sa femme ? Dans ce cas, il s’est lourdement trompé.

Au moment où Sharron a poussé un nouveau gémissement de plaisir, Rafe s’est raclé la gorge. Les deux amants se sont figés dans leur étreinte, tournent la tête et le regardent, horrifiés.

Il a quitté la chambre et est descendu au rez-de-chaussée. Peu après, Ryan s’est glissé hors de la maison sans se faire remarquer. Sharron, quant à elle, s’est précipitée vers son mari et a tenté d’implorer son pardon.

 

Chassant ce mauvais souvenir de sa mémoire, Rafe regarde autour de lui. Il a sacrifié tant de choses pour faire plaisir à sa femme, pour lui offrir ce qu’elle voulait. Cependant, cela ne suffisait jamais. Elle voulait tout – et notamment sa fortune. C’est sûr, on ne l’y reprendra plus – il ne répète jamais deux fois la même erreur.

Rafe monte l’escalier puis s’arrête sur le pas de la porte, devant la chambre où il a passé tant de nuits au côté de Sharron. Secouant la tête, il fait demi-tour et se dirige vers sa luxueuse cuisine. Là, en revanche, pas le moindre souvenir de son épouse… Elle ne connaissait absolument rien en cuisine.

Heureusement, il a toute une armada de domestiques à son service. Sans eux, son intérieur serait un véritable champ de bataille et il mourrait de faim. Sharron n’était pas une fée du logis, loin de là. Mais cela lui était égal – ce qu’il voulait, c’était mener avec elle une vie de famille comme celle qu’il avait connue enfant. Jusqu’à cet instant, il a cru, à tort, que tous les mariages pouvaient durer éternellement.

Un silence glacial plane dans la maison. Rafe a bien fait de donner congé au personnel pour la journée. Ainsi, son échec n’aura pas de témoins.

— Échec.

Il répète à voix haute ce mot qui sonne faux dans sa bouche. L’échec ne fait pas partie de son vocabulaire. Il est né avec une cuillère en argent dans la bouche. Et sa mère le taquine volontiers, en lui disant qu’il a besoin de réussir sur tous les fronts.

Elle est la seule personne sur terre à pouvoir se permettre ce genre de remarques – il l’adore. Non, en réalité, ses sœurs jouissent elles aussi de ce privilège.

Il se dit soudain que sa famille sera probablement soulagée d’apprendre son divorce – en particulier Rosabella, même si elle ne le reconnaîtra jamais. Elle a bien tenté de se rapprocher de sa future ex-belle-fille, en vain. En réalité, Sharron a-telle jamais manifesté le moindre désir de mieux connaître sa famille ? En y réfléchissant, il a bien du mal à se souvenir d’efforts qu’elle aurait faits dans ce sens. Il est vrai qu’il aurait été difficile pour Rafe de s’en rendre compte à l’époque où ils sortaient ensemble, car sa famille passait six mois de l’année en Italie. Lorsque ses parents et ses sœurs étaient rentrés en Californie, Sharron et lui étaient déjà mariés.

Et ensuite ? Il déroule ses souvenirs et les conclusions lui font l’effet d’un coup de poing dans l’estomac. Dès le début de leur histoire, Sharron a toujours trouvé des excuses pour ne pas rendre visite à sa famille. Amoureux et stupide, il n’a rien vu. Sinon, jamais il ne l’aurait choisie. Ses parents lui ont inculqué des valeurs faisant passer la famille avant tout. Pendant toutes ces années de mariage, sa femme a été sa priorité, tout comme sa mère a été celle de son père. Très vite, ses visites à sa famille se sont espacées – Sharron avait toujours mille et une excuses pour ne pas aller voir ses parents et comme il voulait lui faire plaisir, il restait avec elle. Oui, il a fait beaucoup de sacrifices pour la rendre heureuse.

Apparemment, rien de cela n’a suffi.

Jetant un dernier regard à la cuisine, il compose un numéro sur son téléphone portable. Son interlocuteur décroche avant la deuxième sonnerie.

— Mettez la maison en vente. Et son contenu aussi. Je ne veux rien conserver, annonce Rafe à son assistant.

— Très bien, monsieur.

Mario ne pose pas la moindre question. Il travaille pour Rafe depuis le jour où celui-ci a créé son entreprise, qui pèse désormais un milliard de dollars. L’homme est loyal, efficace et digne de confiance. D’ailleurs, Rafe se demande ce qu’il ferait sans son collaborateur préféré.

Tout ce qu’il sait, il le doit à son père, Martin Palazzo, qui a gagné des millions à la bourse avant de réaliser des investissements judicieux dans l’immobilier. Martin a rencontré sa femme Rosabella lors d’un voyage d’affaires en Italie. Depuis, ils sont inséparables. Cependant, Rosabella est incapable de rester loin de son pays natal plus de six mois. C’est pourquoi le jeune homme a passé la moitié de son enfance en Italie, l’autre moitié aux États-Unis.

Son éducation cosmopolite l’a parfaitement préparé à gérer une entreprise multinationale comme la sienne. C’est un homme d’affaires avisé, d’une grande loyauté vis-à-vis de ceux qu’il aime. Très jeune, l’héritier a décidé de faire ses preuves dans la vie – sans se contenter de faire fructifier la fortune de ses parents. N’étant pas idiot, il a malgré tout suivi les conseils de son père, il a même travaillé avec lui. Cependant, doté d’une ambition considérable – il a su accomplir ses rêves beaucoup plus vite que quiconque ne l’aurait fait à sa place.

En pénétrant tous les matins dans le bâtiment de vingtcinq étages qui abrite ses bureaux, à San Francisco, il ressent toujours une immense fierté, parfaitement justifiée. Aux quatre coins du monde, il a créé des emplois pour des centaines de milliers de personnes qui, toutes, gagnent leur vie grâce à lui. Grâce à lui, tous ces gens se couchent chaque soir le ventre plein, avec l’assurance d’avoir un emploi le lendemain.

Il donne beaucoup de sa personne – et contrairement à sa future ex-femme, ses employés lui vouent une reconnaissance éternelle et le considèrent comme un demi-dieu. Sharron, elle, lui a craché au visage tout ce qu’il lui a donné. Sauf l’argent, bien sûr.

Rafe a l’intention de changer d’attitude envers les femmes. Ou plutôt, se dit-il avec un sourire arrogant, il n’a plus envie de jouer le rôle du gentil. À lui maintenant de prendre ce qui lui chante. Déterminé, il se dit que plus jamais personne ne se servira de lui – plus jamais il ne laissera qui que ce soit fouler aux pieds ses sentiments. Toutes les femmes ne sont-elles pas calculatrices et intéressées ? Plus un homme est riche, plus il leur plaît. Toutes les femmes ont envie d’être prises en charge par un homme, et chacune a son prix. À compter de ce jour, c’est certain, jamais plus il n’accordera sa confiance aussi facilement.

D’un pas déterminé, il sort de la maison sans même se retourner, claquant la porte derrière lui. Lorsqu’il tourne une page, c’est sans appel. Cette maison ne l’intéresse plus. Posant sa main sur la poignée métallique froide de sa Bentley noire, il entend à peine le bruit familier de la serrure. Il s’installe au volant, insensible à l’odeur de cuir qui flotte à l’intérieur.

S’engageant à vive allure dans l’allée, Rafe se dirige vers le centre-ville, non loin de là, où il possède un appartement à quelques pas de ses bureaux. Heureusement, Sharron a toujours refusé de s’y installer, l’obligeant à y dormir seul les nombreux soirs où il travaillait tard. Ce spacieux duplex est à lui – et à lui seul.

Si elle avait touché ne serait-ce que la poignée de la porte d’entrée, il l’aurait aussitôt mis en vente. Plus rien dans sa vie ne doit lui rappeler Sharron. Il aimerait tant qu’on lui rende ces huit dernières années – c’est son souhait le plus cher. Or c’est impossible. Il doit donc les effacer de sa vie, à compter de ce jour.

Plus que quelques coups de fil à passer, et ce sera chose faite.

 

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