capitulation volume 1 de la trilogie Surrender
Chapitre 29
29
Le trajet jusqu’à l’appartement d’Ari se déroule dans un silence pesant. Pourquoi a-t-elle changé d’attitude en une fraction de seconde ? se demande Rafe. Il a acheté cet appartement pour elle, en choisissant personnellement le moindre objet qui s’y trouve.
Il a toujours bien traité ses maîtresses. Mais pour Ari, il est allé beaucoup plus loin, en prenant le temps de la découvrir. Il connaît les parfums qu’elle aime, il sait qu’elle préfère les salles de bain luxueuses aux colliers de diamants et surtout, il sait qu’elle est prise au piège dans une prison, attendant qu’on vienne la délivrer.
Elle pense être sortie victorieuse du rapport de force qui nous oppose, mais elle ne fait que retarder l’inéluctable.
Sur le moment, Rafe est trop en colère pour entamer une discussion. De plus, ils ne sont pas sur un pied d’égalité – elle se remet à peine de son opération. S’il la pousse dans ses retranchements et qu’elle cède, pourra-t-il réellement savourer sa reddition ? Non, il décide de remettre sa victoire à plus tard, préférant triompher d’un adversaire en pleine possession de ses moyens.
Il s’arrête devant la résidence délabrée où vit Ari et sort de sa voiture. Contrarié, il constate qu’elle ouvre elle-même la portière et descend du véhicule, sans attendre qu’il vienne l’aider. Il décide de ne rien dire et se contente de la suivre dans l’escalier décati.
Devrait-il faire déclarer la résidence insalubre ? Elle n’est pas aux normes, ça serait donc un service à rendre aux locataires. Rafe déteste les marchands de sommeil, ces propriétaires sans scrupule qui n’hésitent pas à profiter des faibles et des démunis. Ou alors, il pourrait acheter la résidence pour la faire rénover ? Il va y réfléchir.
— Merci de m’avoir raccompagnée, lance Ari en glissant sa clé dans la serrure capricieuse et en essayant d’ouvrir la porte, tandis que Rafe reste à côté d’elle, silencieux.
Lorsqu’elle réussit enfin à ouvrir la porte, dans un grincement, elle pousse un soupir de soulagement en entrant chez elle.
— À bientôt, Arianna.
— Je ne crois pas, non. On dirait que nous arrivons à la fin du bref bout de chemin que nous avons parcouru ensemble. J’espère que vous avez suffisamment de respect pour moi et pour vous-même pour ne pas insister, répond-elle en regardant ses pieds.
Rafe la pousse dans l’appartement pour la plaquer doucement contre le mur. Il passe ses doigts sous le menton d’Ari et le lève, jusqu’à ce qu’elle croise enfin son regard.
— Si je ne voyais que de l’indifférence dans tes yeux, je laisserais tomber, Ari. Malheureusement pour toi et pour moi, je te plais beaucoup plus que tu ne veux l’admettre. Il y a une lueur dans ton regard et que cela te plaise ou non, ton corps réagit à mes caresses comme l’archet au violon. Quand tu rendras les armes, je serai là pour te libérer de toutes ces inhibitions auquel tu te cramponnes et là, il va falloir t’accrocher – parce que, crois-moi, ça sera torride.
La respiration d’Ari s’accélère. Rafe le sait : il pourrait la prendre là, sur-le-champ. Il a la certitude qu’elle ne résisterait pas – qu’elle crierait son nom, à mesure que son plaisir irait crescendo.
— Tu as mon numéro, conclut-il en tournant les talons.
Rafe a besoin de se défouler. Il décide d’aller directement à la salle de sport, où il se change puis se dirige vers le ring de boxe. L’échauffement entraîne un afflux d’adrénaline dans son corps. Il se sentira mieux après un bon combat.
— Tiens, Rafe, ça fait longtemps. Tu as de la chance, Sam est là.
Rafe se retourne et découvre son entraîneur préféré : appuyé contre le mur, Mickey affiche un sourire ravi. Rafe se contente d’incliner la tête dans sa direction. L’homme est un peu trop exalté à la perspective de voir couler du sang, et tous deux savent ce qui va se passer. Sam est un champion de boxe en poids moyen et Rafe est son sparring-partner préféré.
Entre eux, le combat est toujours âpre et les laisse fourbus tous les deux, d’une bonne fatigue. Pour Rafe, la boxe est un exutoire idéal qui permet d’évacuer le stress et l’apaise. Il est prêt.
Dès que Rafe monte sur le ring, des spectateurs se rassemblent, contents d’assister à un bon entraînement. Lorsque Sam arrive, leurs regards se croisent.
— Tiens, je ne pensais pas avoir l’occasion de coller une bonne raclée aujourd’hui, lance Sam avec un sourire. Ça fait longtemps qu’on ne t’a pas vu par ici. Tu es sûr d’avoir envie de faire quelques rounds avec moi, minus ?
— On dirait que tu as la trouille de m’affronter, c’est tout. Tu as oublié ton short de grand garçon à la maison ? rétorque Rafe.
— Non, je l’ai laissé chez ta mère en repartant par la fenêtre, ce matin.
Rafe éclate de rire et Sam entre sur le ring, en se dirigeant vers lui pour lui donner une accolade. Puis Mickey les rejoint pour leur donner des casques.
— Non merci, dit Rafe en repoussant la protection. Il a envie de ressentir la douleur – ça l’aidera à atténuer sa colère.
— Tu vas mourir, décrète Sam avec un sourire méchant.
— C’est bon, les gars. Vous connaissez les règles. Pas de coups en dessous de la ceinture, interdit de serrer l’adversaire dans ses bras comme une femmelette. Et si je dois venir vous séparer, vous allez m’entendre. Soyez fair-play et amusez-vous, déclare l’entraîneur en leur tapant sur l’épaule.
Rafe et Sam se saluent en se touchant les poings, puis ils rejoignent leurs coins. Le gong retentit et le combat commence…
— Mais qu’est-ce qu’il t’est arrivé ? s’exclame sa mère en le voyant arriver.
Ses parents et ses sœurs, qui ont reporté la date de leur retour, sont toujours là. Bien qu’il les adore, il commence à se dire qu’il est temps que leur visite s’achève.
— Tout va bien, maman. J’ai juste fait un peu de boxe.
— Mais tu as un œil au beurre noir et la lèvre toute enflée !
— Oui, c’est ce qui arrive généralement quand je m’entraîne avec Sam, répond-il avec un rire. Tu devrais voir sa tête. Il n’est déjà pas terrible mais là, c’est encore pire.
— C’est atroce. Je ne savais pas que tu pratiquais encore cet horrible sport. Comme j’en veux à ton père de t’avoir initié à la boxe.
— C’est normal que tu dises cela. Mais ça a l’air bien plus douloureux que ça ne l’est. Pour tout t’avouer, ça fait longtemps que je ne m’étais pas senti aussi bien, répond-il en s’avançant dans le salon pour passer derrière le bar.
Il attrape une bouteille de bière bien fraîche et boit une grande gorgée. Il ne le reconnaîtra jamais, mais il a vraiment mal partout. Cela faisait un bon moment qu’il n’avait pas boxé.
— Nous avions prévu de partir demain matin, mais nous pouvons rester un peu, jusqu’à ce que tu te sentes mieux.
— Non ! Je veux dire, c’est gentil mais je vais travailler jour et nuit dans les semaines qui viennent, ce qui ne me laissera pas beaucoup de temps à vous consacrer, explique-t-il en espérant ne pas avoir vexé sa mère.
— C’est bon, j’ai compris. Tu as envie de te sentir chez toi de nouveau. On va partir. Mais tu as intérêt à nous appeler si tu as besoin de nous. C’est entendu ?
— Bien sûr, maman. Je vais aller me coucher directement. Passez-moi un coup de fil quand vous serez de retour à la maison, d’accord ?
Il serre Rosabella dans les bras, puis parvient à monter l’escalier sans broncher. En enlevant sa chemise, il pousse un gémissement. Son épaule est en feu. Sam, qui ignorait qu’on lui a tiré dessus quelques semaines plus tôt, lui a asséné un coup au mauvais endroit. Rafe a vu trente-six chandelles et Mickey a interrompu le combat, avant de sermonner Rafe pendant un bon quart d’heure sur son imprudence.
Ceux qui peuvent parler sur ce ton à Rafe se comptent sur les doigts de la main. Mickey est l’un des rares à avoir ce privilège. Il connaît Rafe depuis l’école primaire.
Après une douche brûlante, il se sent beaucoup mieux et se dit qu’il survivra. Son appétit est revenu et il décide de descendre prendre un sandwich. Alors qu’il vient de terminer de manger, on sonne à la porte d’entrée. Le personnel a terminé son service et il souhaite éviter que ses parents se fassent réveiller. Il se précipite à la porte, pour voir qui a l’impolitesse de sonner chez lui alors qu’il est presque minuit.
La colère le submerge en découvrant l’identité de l’importun.
— Bonsoir, mon chéri. On dirait que je tombe à pic. Tu as l’air d’avoir besoin qu’on s’occupe de toi.
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