capitulation volume 1 de la trilogie Surrender
Chapitre 10
10
— Ari, ça te dit de venir avec nous ? On va au Temple Night Club manger des sushis et danser. Prendre un peu bon temps entre filles avant de rentrer à la maison et de retrouver nos maris et nos enfants pour tout le week-end !
En souriant à Miley, Ari se dit qu’elle adore son job. Ses collègues sont des femmes adorables et elles font preuve d’une grande patience alors qu’elle en est encore à apprendre ses différentes tâches. Et maintenant, elles lui proposent même de sortir avec elles.
— Avec grand plaisir ! lance-t-elle, se sentant réellement bien pour la première fois depuis l’accident de sa mère.
Ayant touché une avance sur son salaire, elle a un peu d’argent devant elle, même après avoir payé le loyer. Et elle s’en sort toute seule. De plus, elle a une bonne raison de faire la fête.
— Pourquoi es-tu d’aussi bonne humeur, toi ? demande Miley.
— Je viens d’avoir une excellente nouvelle. L’hôpital a trouvé les fonds nécessaires pour l’opération de ma mère. J’ai bien cru que j’allais être obligée de me prostituer, mais j’ai eu raison d’attendre. Ma mère va se rétablir et ma vie va redevenir normale, répond Ari avec un clin d’œil.
Interloquée, Miley la fixe un instant avant d’éclater de rire. Ari le sait, Miley pense qu’elle plaisantait. Sa collègue est loin de se douter qu’Ari a bien failli signer le contrat que lui proposait Rafe Palazzo. Si l’hôpital n’avait pas trouvé de solution financière, elle n’aurait eu d’autre choix.
Un poids considérable est tombé des épaules d’Ari, qui n’avait même pas réalisé combien tout cela l’accablait. Elle a envie de faire la fête. Et le plus beau, c’est qu’elle peut le faire sans se sentir coupable.
Elle prend son sac à main et son manteau, puis se dirige vers la sortie en compagnie de ses trois collègues.
— J’ai touché ma prime de performance, la première tournée est pour moi, annonce Shelly.
— Moi aussi, j’ai touché la mienne. Alors j’offre la deuxième, répond Amber avec un grand sourire.
— Dites donc, combien de verres avez-vous prévu de boire ? demande Ari, inquiète.
La seule fois où elle a été ivre, les choses s’étaient mal passées – en fait, elles s’étaient même horriblement mal passées.
— Autant qu’il en faudra pour que mon mari bedonnant et chauve commence à ressembler à un Chippendale, affirme Shelly, provoquant un éclat de rire général.
— Si ton mari ressemble au mien, il va nous falloir au moins une vingtaine de tequilas ! surenchérit Miley.
Ari reste silencieuse, tandis que ses collègues continuent à plaisanter dans l’ascenseur. Elle ne veut pas jouer les rabat-joie, mais la perspective de voir l’alcool couler à flots la terrorise. Prendre un verre de vin, ce n’est pas pareil que sortir en boîte avec les filles.
Mais le besoin de se faire des amies est plus fort que sa peur de l’alcool. Les choses ne se passeront pas aussi mal que la dernière fois. De toute façon, sa vie pourrait difficilement être pire que depuis un an.
— Ari, tu es venue en voiture ?
— Non. J’ai un problème de moteur, j’ai pris le bus.
— Parfait. On va y aller en bus, toutes ensemble. Comme ça, on n’aura pas besoin de trouver une capitaine de soirée. Je déteste tirer à la courte paille, on dirait que ça tombe toujours sur moi.
Ari regarde Shelly, surprise. Au bureau, sa collègue est d’un professionnalisme irréprochable. On dirait bien toutefois qu’à partir de dix-sept heures, elle a plus la tête à faire la fête qu’à classer des dossiers. Ari admet qu’elle apprécie vraiment la compagnie de ces femmes. Ses appréhensions s’envolent rapidement tandis qu’elles quittent le bâtiment et se dirigent vers l’arrêt de bus le plus proche.
Devant le club, des gens attendent déjà devant l’entrée, dans le froid.
— Eh bien… Je ne pensais pas qu’il y aurait autant de monde, il est encore tôt, remarque Ari.
— On est vendredi, c’est l’happy-hour. Tout le monde a eu la même idée que nous – dilapider une partie de son salaire avant de se retrouver coincé avec les mômes tout le week-end. Même si mon mari et moi ne croulions pas sous les dettes, je travaillerais quand même, juste pour préserver ma santé mentale, remarque Amber.
— Nous n’allons jamais réussir à entrer.
— Ne t’en fais pas, Ari, j’ai des relations.
Shelly s’approche alors d’un videur terriblement séduisant, qui l’embrasse sur la joue avant de hocher la tête, et leur fait signe de venir. Quelques instants plus tard, Ari se retrouve installée sur un tabouret, devant un bar circulaire bondé. Sous ses yeux, les cuisiniers préparent des sushis avec virtuosité, à la vitesse de l’éclair.
La lumière est tamisée et le niveau sonore élevé. Les serveurs se faufilent entre les clients, nombreux à se déplacer pour aller saluer des amis. L’énergie qui emplit la pièce vient à bout des dernières hésitations d’Ari. Elle est décidée à prendre du bon temps avec ses nouvelles amies.
— Ari, j’ai dit à mon ami Tony que s’il nous laissait entrer, tu irais faire un petit tour aux toilettes avec lui pour lui exprimer ta reconnaissance. Je savais que tu ferais ça pour nous !
Arianna regarde Amber, incrédule. Est-ce une plaisanterie ? Elle espère de tout cœur que oui. Heureusement, Amber ne parvient pas à garder son sérieux bien longtemps et éclate de rire.
— Dommage que je n’aie pas mon appareil photo sur moi. Tu devrais voir ta tête. Crois-moi, Tony n’a aucun mal à décrocher des rencards. Regarde-le un peu. Si je n’étais pas mariée, je lui arracherais bien ses vêtements avec mes dents. Et d’ailleurs, après quelques verres, il est bien possible que je craque et que j’aille faire un petit tour avec lui.
— Là, les filles, vous me faites un peu peur, déclare Ari, provoquant un éclat de rire général.
— Qu’est-ce que vous buvez, mesdames ?
Ari lève les yeux vers le serveur, ravie de cette interruption.
— Nous allons prendre une tournée de shots de tequila, suivis d’Apple Martinis. Essayez de ne pas trop tarder avant de venir prendre la commande suivante. Nous n’avons pas beaucoup de temps pour faire le plein avant de rentrer à la maison, décrète Miley, battant des cils en direction du charmant jeune.
— Ne vous inquiétez pas, je suis toujours très attentif aux jolies femmes, répond celui-ci d’un ton enjoué, adressant un clin d’œil à Ari avant de repartir en direction du bar.
— Pas mal ! J’en ferais bien mon quatre-heures. Dommage, c’est toi qui lui as tapé dans l’œil, Ari. Il a dû comprendre que tu étais la seule disponible, plaisante Shelly avec un sourire.
— Je ne suis pas disponible. Ce n’est pas parce que je suis célibataire que j’ai envie de sortir avec quelqu’un. Il faut que je m’occupe de ma mère, que je m’investisse dans mon travail et surtout que je pense à mes études. Je compte bien retourner à la fac et décrocher mon diplôme.
— Oui, mais il faut bien s’amuser un peu dans la vie, non ?
— La vie que j’ai me convient très bien.
Ses trois collègues se regardent, puis lèvent les yeux au ciel.
— Et voilà pour vous, mesdames. Je vous ai apporté une tournée de shots de tequila supplémentaire – cadeau de la maison.
— Mmm, mmm. Dites donc, vous êtes canon, vous, ronronne Miley en battant des cils. Justement, mon amie, qui est là, disait que vous avez un joli petit cul.
Surprise, Ari manque de s’étrangler. Le serveur s’approche d’elle et plonge ses yeux noirs dans ceux de la jeune femme.
— Enchanté, je m’appelle Chandler. Surtout, n’hésitez pas à venir voir de plus près… à toucher… et à faire ce qui vous chante de mon petit cul… et de toute autre partie de mon anatomie, d’ailleurs.
Interloquée, Ari reste sans voix alors que l’homme s’approche bien trop près à son goût, jusqu’à toucher la cuisse de la jeune femme avec sa hanche.
Alors qu’il se tourne légèrement, elle le sent presser contre elle la preuve de son excitation, et jette un regard paniqué en direction de ses amies. Jamais aucun homme n’a été aussi direct avec elle – sauf peut-être Rafe, mais ça ne compte pas vraiment, vu qu’il essayait de l’embaucher pour faire d’elle son esclave sexuelle. Chandler, lui, est du genre « one shot », elle en est sûre.
— Elle s’appelle Ari. Et elle est un peu timide. Repassez donc après notre troisième ou quatrième verre, annonce Amber en lui décrochant un sourire ravageur.
Chandler regarde Ari en souriant et Shelly passe leur commande de sushis : Pacific Rim, Samurai et Firestarter Rolls.
— On pourra en recommander plus tard si vous voulez. Je crois que pour commencer, c’est parfait.
— À très vite, mesdames, répond Chandler avec un clin d’œil en direction d’Ari, qui se sent rougir et plonge le nez dans son verre.
— Super, les filles. Allez, on attaque la soirée, décrète Amber en se léchant le poignet avant de saupoudrer de sel la peau humide.
Les deux autres femmes imitent Amber. Complètement perdue, Ari les observe attentivement en se demandant ce qu’elles fabriquent.
— Tu n’aimes pas la tequila ?
— Je n’en ai jamais bu.
— Pauvre petite fille sage !
— Miley, ne sois pas vache avec elle. Il suffit de lui expliquer, réprimande Shelly. Alors voilà, Ari, tu lèches ton poignet – oui, comme ça. Ensuite, tu mets un peu de sel dessus. Parfait. Maintenant, tu lèches le sel et tu avales la tequila cul-sec. Fais comme nous.
Les quatre femmes s’exécutent ensemble, avant d’éclater de rire en voyant l’expression d’Ari. Consciente de sa mine renfrognée, la jeune femme a l’impression que le liquide doré a brûlé sa gorge, sensation renforcée par l’effet du sel.
— Maintenant, prends le citron vert et croque dedans, comme ça.
Interdite, Ari se demande comment on peut s’infliger volontairement une telle torture. La gorge et les papilles gustatives en feu, elle se précipite sur son verre d’eau. Heureusement, le citron vert estompe un peu le goût puissant de la tequila.
— Allez, on en prend un deuxième et on va sur la piste, annonce Amber.
À contrecœur, Ari lèche son poignet puis attrape la salière. Ce deuxième verre passe un peu plus facilement que le premier.
Rapidement, Chandler leur apporte de nouveaux shots de tequila, avec les Apple Martinis. Bientôt, Ari ne sait plus combien de verres elle a bu. Suffisamment en tout cas pour commencer à avoir la tête qui tourne. Entre deux verres, les quatre amies se fraient un chemin jusqu’à la piste de danse pour éliminer un peu de l’alcool ingurgité en transpirant.
Ari est tout d’abord horrifiée par tous ces hommes qui la serrent de près. Puis après son cinquième verre, elle ne remarque quasiment plus ce qui se passe autour d’elle – en revanche, elle sourit tellement qu’elle en a mal aux joues.
Les femmes continuent à boire, à danser et à rire. Les heures passent. Ari commence à glisser sur l’autre versant de l’ivresse et de son euphorie – le versant je-ne-me-sens-vraiment-pas-bien-du-tout.
— Mesdames, ça a été un plaisir de vous servir. Je viens de terminer mon service et je me demandais si je pouvais vous enlever Ari pour une danse ? demande Chandler en s’installant à côté d’elle au bar bondé.
— Oui ! répondent Shelly, Amber et Miley d’une seule voix.
Ari a tellement la tête qui tourne qu’elle ne résiste pas lorsque Chandler l’attrape par la main pour l’attirer dans ses bras. Baissant la tête, il plaque ses lèvres sur celles d’Ari et lui caresse le dos. Elle sait qu’elle devrait se dégager de cette étreinte – que tout ça va beaucoup trop vite –, mais son cerveau embrumé l’empêche de résister.
— Ne vous embêtez pas à l’attendre si vous devez y aller. Je veillerai à ce qu’elle rentre chez elle saine et sauve, décrète Chandler.
Sidérée, Ari voit ses collègues glousser, puis lui faire au revoir de la main, comme s’il était parfaitement normal que le serveur l’entraîne Dieu sait où. Elle tente de protester, mais aucun mot ne sort de sa bouche.
Passant son bras autour de la taille d’Ari, Chandler la porte quasiment jusqu’à la piste de danse. Là, il la serre dans ses bras et commence à onduler des hanches contre elle.
— Euh, je ne me sens vraiment pas bien. Il vaudrait mieux que vous me rameniez à mes amies, marmonne Ari, qui constate avec surprise qu’elle a du mal à articuler.
— Chut ! Tout va bien, ma belle. On va danser un peu, puis je t’emmènerai dans un endroit où tu pourras t’allonger, répond-il avant de plaquer ses lèvres sur celles de la jeune femme, l’empêchant de protester.
Avec le dernier sursaut d’énergie qui lui reste, elle tente de le repousser, en vain. Tout devient noir autour d’elle et elle s’effondre dans les bras de Chandler en perdant connaissance.
« C’est ça, laisse-toi aller… » sont les derniers mots qu’elle entendit.
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