capitulation volume 1 de la trilogie Surrender

Melody Anne · Chapitre 7 sur 42

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capitulation volume 1 de la trilogie Surrender

Chapitre 6

6

 

Ari attend que Rafe s’éloigne, puis elle redescend pour rejoindre sa voiture. Elle doit aller rendre visite à sa mère à l’hôpital. Heureusement, l’établissement n’est qu’à quelques minutes de route, car ses jambes tremblent et son cœur bat à tout rompre. En réalité, elle n’est pas en état de conduire. Arrivée sur le parking de l’hôpital, elle frissonne.

J’ai bien fait. Accepter de dîner avec ce type ne m’oblige pas à lui vendre mon corps. D’accord, faire l’amour avec lui n’est probablement pas un cauchemar et il propose un salaire totalement dingue, mais ça n’est pas une raison suffisante. Oui, j’ai pris la bonne décision. Dans la vie, il faut avoir des principes et je ne suis pas à vendre. En plus, je n’ai aucune envie de faire le genre de trucs qui lui plaisent, se dit Ari, la tête appuyée contre le volant.

Une fois son monologue intérieur terminé, elle descend de la voiture pour traverser le parking sombre et rejoindre l’ascenseur. Heureusement, les manifestants ont disparu. Certains étaient carrément effrayants. Jusque-là, elle n’a jamais eu peur le soir. Mais la mise en garde de Rafe sur la sûreté du quartier a fait naître un malaise, qui accroît encore l’irritation que cet homme suscite en elle.

Lorsque les portes de l’ascenseur s’ouvrent, elle se glisse dans la cabine, chassant Rafe de son esprit. Elle réfléchit à ce qu’elle va dire à sa mère. Hors de question qu’elle baisse les bras et qu’elle l’abandonne sans se battre. Simplement, il va falloir trouver une solution. Il doit bien y avoir des aides pour des situations comme la leur. Le personnel de l’hôpital ne lui a-t-il pas parlé de quelque chose dans ce goût-là ? S’il le faut, elle vivra dans sa voiture.

De plus en plus déterminée à chaque pas, elle s’avance dans le long couloir qui mène à la chambre de sa mère, puis marque une pause devant la porte pour inspirer profondément. Sa mère ne doit pas voir qu’elle est préoccupée. Elle a fait tant de sacrifices pour l’élever. Maintenant, c’est à Ari de s’occuper d’elle.

Doucement, elle ouvre la porte et constate avec soulagement que sa mère dort. Cela lui laisse davantage de temps pour réfléchir à ce qu’elle va lui dire. Elle s’installe dans la chaise longue dans un coin de la chambre, pour attendre son réveil. Dans la pénombre, avec le bruit des appareils, Ari ne tarde pas à sombrer dans le sommeil, sans avoir trouvé de réponses à ses interrogations. Lorsqu’une infirmière entre dans la chambre et pose une couverture sur elle, elle ne bouge pas.

 

— Ari ?

Entendant la voix hésitante de sa mère, Arianna se réveille instantanément. Elle a eu si peur de ne plus jamais entendre cette belle voix… La vie sans elle lui paraît inconcevable. Elle n’a aucun souvenir de son père, qui les a quittées quand elle était toute petite. Depuis, sa mère et elle ont toujours vécu toutes les deux. Ari ne pourrait pas s’en sortir sans celle qui l’a élevée – ou plutôt, elle n’a aucune envie de vivre sans elle. Avec qui partagerait-elle ses triomphes ? Qui la réconforterait lorsqu’elle aurait le cœur brisé ?

— Je suis là, maman.

Ari approche sa chaise du lit, pour prendre doucement la main de sa mère.

— Je suis contente de te voir, ma chérie. Je t’ai déjà causé trop de chagrin. Te connaissant, tu as dû être malade d’inquiétude depuis l’accident. Mon rôle, c’est de prendre soin de toi, et je n’ai pas été en mesure de le faire ces six derniers mois.

— Maman, c’est à moi de m’inquiéter pour toi, et non l’inverse. Oui, je sais, tu m’as dit de ne pas m’en vouloir, mais c’est plus fort que moi. Si seulement je n’étais pas allée à cette maudite fête avant de t’appeler en pleine nuit, tu n’aurais jamais été blessée. Inutile de me répéter de ne pas me faire de reproches, ça me ronge. Je ne pourrai jamais te dire combien je suis désolée, sanglote-t-elle en se penchant en avant pour poser sa tête sur leurs mains jointes.

— Arianna Harlow, sais-tu à quel point je serais contrariée si tu ne m’avais pas appelée ? Je suis ta maman, je dois te protéger, veiller sur toi et assurer ta sécurité. Même à 23 ans, tu restes ma petite fille. Je serais prête à mourir pour toi, tu le sais. Il n’y a rien qu’une mère ne ferait pas pour son enfant.

— Mais j’ai été si stupide, sanglote Ari.

— Mais enfin, ma chérie… Tu as toujours été parfaite, du jour de ta naissance. Tu pleurais rarement, tu étais polie, tu travaillais bien à l’école et tu as été l’enfant dont j’ai toujours rêvé. Tu as pris un peu d’indépendance, pour vivre ta vie. Ne laisse pas ce petit faux pas te miner. Je te le répète, ma chérie, vis ta vie pleinement et va au bout de tes rêves, quoi qu’il arrive à ta mère.

— Jamais je ne pourrai m’en sortir sans toi, insiste Ari.

— Mais si, tu y arriveras. Je le sais, parce que c’est moi qui t’ai élevée, qui t’ai appris à être indépendante et à atteindre tes objectifs. Tu peux réussir, tu vas réussir. S’il m’arrivait quoi que ce soit, je t’interdis de me pleurer trop longtemps. Ça me briserait le cœur. Même si je devais disparaître prématurément, je serai toujours là pour veiller sur toi. Promets-moi simplement de ne pas baisser les bras et de ne jamais te contenter de choix médiocres. Vis ta vie, sans compromis, comme le font trop de gens !

Scrutant le visage pâle de sa mère, Ari ne sait que répondre. Comment lui promettre qu’elle continuera à vivre ? Jamais elle n’y arrivera sans elle. Pour la première fois, sa mère lui demande une chose impossible.

— Je suis très sérieuse, Arianna. Je veux que tu profites de ta vie. Mais assez de cette culpabilité et de cette tristesse. Parlons de choses plus gaies.

Le visage de Sandra s’illumine :

— Dis-moi, comment se passent tes études ?

Le sentiment de culpabilité qui submerge Ari l’anéantit presque. Impossible d’avouer à sa mère combien leur situation est catastrophique. Et si ces mauvaises nouvelles la replongeaient dans le coma ? Mais elle ne peut lui mentir…

— J’ai fait une pause. Tu t’en doutes, il est inenvisageable que je décroche mon diplôme sans que tu sois au premier rang, lors de la cérémonie de remise ! Sans toi, ça ne serait pas pareil.

— Oh, ma chérie, j’en suis désolée. En tout cas, me voilà sortie du coma et je me sens très bien, quoi qu’en disent les médecins. Tu dois te réinscrire à l’université. Ce n’est pas ton genre d’abandonner tes études. En plus, j’ai déjà acheté le cadre dans lequel je mettrai la photo de ta cérémonie de remise de diplôme. Je suis si fière de toi, de tout ce que tu as accompli.

— Oh, maman, gémit Ari en sanglotant, avant de grimper dans le lit de sa mère pour la rejoindre.

Bien que faible, celle-ci lève le bras pour caresser les cheveux d’Ari, comme elle le fait toujours quand tout va mal. Une caresse dans les cheveux, rien de tel pour lui remonter le moral.

— Et voilà, se dit Ari. Malgré toutes mes bonnes résolutions, voilà que c’est elle qui me console, et non l’inverse.

Qu’importe. En cet instant précis, elle a simplement besoin de réconfort. Elle en fait le serment : dans quelques minutes seulement, elle puisera en elle toutes les forces nécessaires pour aider sa mère à affronter cette terrible maladie.

Ce câlin maternel lui apporte ce dont elle a besoin pour aller de l’avant, dans les semaines ou les mois à venir. En silence, elle dit une prière, tandis qu’elles restent allongées l’une à côté de l’autre, sans prononcer un mot.

 

Le lendemain après-midi, en rentrant chez elle, Ari voit que le voyant lumineux du répondeur clignote. Elle laisse tomber son sac à main dans le canapé, puis s’oblige à s’avancer calmement jusqu’à l’évier. Là, elle remplit un verre d’eau qu’elle boit, lentement. Son regard ne cesse d’être attiré par le voyant rouge, à quelques mètres d’elle. Son impatience va croissant.

— On se calme, se dit-elle.

Ces derniers temps, en écoutant les messages sur son répondeur, elle a souvent entendu les menaces de ses créanciers, au lieu des propositions de rendez-vous tant attendues pour des entretiens d’embauche. À chaque fois, la déception était cruelle.

Lorsque le délai écoulé depuis son retour à la maison lui paraît raisonnable, elle s’approche du petit appareil noir d’un pas posé, avant de s’installer calmement dans le canapé. Elle attrape un stylo ainsi qu’un bloc-notes, puis s’autorise à appuyer sur le bouton.

Consternée, Ari constate qu’une fois de plus, l’espoir fait accélérer les battements de son cœur, malgré elle. Dans quelques secondes, elle sera anéantie, après avoir découvert, une fois de plus, qu’il n’y a aucun message lui proposant un job formidable sur son répondeur, aucun espoir pour sauver sa mère et lui éviter de finir à la rue.

— Mademoiselle Harlow, je suis James Flander, de la société Sunstream Electronics. Votre dossier de candidature a retenu toute notre attention et nous aimerions vous voir intégrer nos équipes. Merci de nous rappeler dès que vous aurez ce message, afin de convenir d’un rendez-vous le plus rapidement possible.

Ari entend à peine la suite du message. Elle doit le réécouter deux fois de suite pour noter le numéro. Ses mains tremblent tellement qu’elle a du mal à tenir son stylo.

Après avoir attendu un instant, pour être certaine d’avoir une voix calme et posée, elle compose le numéro de M. Flander et s’efforce de respirer calmement en attendant qu’il décroche.

Quelques minutes plus tard, le rendez-vous est pris. Euphorique, elle se précipite dans la salle de bain pour prendre une douche. C’est sa journée – elle le sent. Elle a refusé de vendre son corps, elle n’a pas lâché. Il y a forcément une récompense à cela.

Une demi-heure après avoir écouté le message, elle quitte l’appartement et monte dans sa voiture. Là, elle prend le temps de respirer profondément, car ses mains tremblent.

On se calme, ça serait dommage de rater l’entretien. Je suis intelligente, je suis sûre de moi, je suis faite pour ce job. C’est le poste qu’il me faut, se dit-elle en démarrant pour quitter la petite résidence.

 

Dans le centre de San Francisco, Ari trouve une place de stationnement avec une facilité étonnante. Elle rejoint à pied le petit immeuble de cinq étages qui abrite le siège de Sunstream Electronics. L’entreprise produit des systèmes de sécurité pour les particuliers et les entreprises, commercialisés dans presque toute la Californie et dans d’autres régions des États-Unis. Cette société florissante offre quantité d’avantages à ses salariés et une bonne sécurité de l’emploi.

L’emploi à pourvoir est un poste d’assistante, en réalité un simple job de secrétariat, mais peu importe. Cela ne la dérange pas de taper des courriers et de se faire dicter des textes toute la journée. L’entreprise est un lieu de travail agréable. En entendant la sonnerie de l’ascenseur qui indique l’étage demandé, elle se répète mentalement les dernières consignes : on lève le menton, on met les épaules en arrière, on rentre le ventre ! Affichant un grand sourire, elle sort de l’ascenseur avec assurance.

 

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