capitulation volume 1 de la trilogie Surrender

Melody Anne · Chapitre 24 sur 42

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capitulation volume 1 de la trilogie Surrender

Chapitre 23

23

 

 

En voyant le sang d’Ari imprégner le tissu de son vêtement, Rafe devient fou furieux. Il pose délicatement la jeune femme à terre, puis sort en courant de la cafétéria. Il sent une douleur au bras, mais rien ne l’empêchera de tuer ce type qui a osé tirer sur Ari.

L’homme marque un temps d’arrêt en voyant Rafe se jeter sur lui. Il appuie de nouveau sur la détente. Mais soit il est à cours de balles, soit son arme s’est enrayée. Deux secondes plus tard, Rafe parvient à le précipiter à terre.

Le forcené tente alors de saisir une autre arme à sa ceinture, mais Rafe tombe sur lui sans lui en laisser le temps. Lorsque son poing touche sa mâchoire et la fracasse d’un seul coup, l’homme en a le souffle coupé. Le coup de poing suivant fait jaillir du sang de son nez. À sa plus grande joie, Rafe entend un craquement, qui lui parvient malgré les hurlements qui emplissent la pièce. Il recule son bras pour porter un nouveau coup, déterminé à achever cette ordure.

Qui osera dire que cet individu mérite de vivre ? se demande-t-il, enragé.

— Monsieur Palazzo, c’est bon, nous le tenons. Arrêtez. Arrêtez ou vous allez le tuer !

— C’est bien ce que j’ai l’intention de faire ! hurle Rafe en assénant un nouveau coup de poing au forcené.

Plusieurs hommes le saisissent et le tirent en arrière. Il se retourne, prêt à s’en prendre à ceux qui ont le toupet d’intervenir. Puis il sent une piqûre dans son bras et tout devient flou autour de lui.

— Non, souffle-t-il avant de perdre connaissance.

En revenant à lui, Rafe met un instant à se souvenir de ce qui s’est passé. Il entend des moniteurs sonner lorsque les battements de son cœur s’accélèrent.

— Ari ! appelle-t-il.

— Monsieur, je suis le Dr Bruce. Tout va bien. On vous a tiré dessus, vous avez été touché à l’épaule. Nous avons réussi à extraire la balle et vous serez remis rapidement.

— Je me moque de savoir qui vous êtes. Où est Ari ?

— Ari ?

— Oui, la jeune femme avec qui j’étais et qui s’est fait tirer dessus à la cafétéria.

— Avez-vous un lien de parenté avec cette personne, monsieur ?

Rafe n’a pas l’habitude qu’on lui pose des questions. Mais le médecin n’en dit pas davantage, ce qui le rend aussi furieux qu’inquiet.

— Vous savez parfaitement que je ne suis pas marié et vous connaissez ma famille. Donc non, de toute évidence, je n’ai pas de lien parenté avec elle, vous le savez. Mais vous allez me dire comment elle va, et tout de suite !

— Le respect du secret médical m’oblige…

— Ne m’obligez pas à rappeler les montants que je verse à cet hôpital ! J’exige des informations, et tout de suite. Si vous refusez de me donner de ses nouvelles, je serai obligé d’adresser mes donations à un autre établissement.

Rafe n’est pas d’humeur à se plier aux règles de l’hôpital. Il veut voir Ari et s’assurer qu’elle va bien. La dernière chose dont il se souvient, c’est qu’elle était dans ses bras et qu’elle perdait du sang. Il regarde le médecin, qui réfléchit.

— Mademoiselle Harlow a reçu une balle dans la poitrine, très près du cœur. L’opération chirurgicale a été extrêmement délicate, elle aurait pu ne pas survivre. Mais elle est en vie. Les prochaines 48 heures seront décisives. Je dirais qu’elle a une chance sur deux de s’en sortir.

Rafe se redresse aussitôt dans le lit, puis tente d’arracher sa perfusion. Hors de question qu’il reste couché dans ce lit d’hôpital glacial pendant qu’Ari est ailleurs, entre la vie et la mort.

— Monsieur Palazzo, calmez-vous. Vous devez rester ici sous surveillance médicale, en raison du risque d’infection.

— Je me moque éperdument de vos histoires d’infection. Conduisez-moi auprès d’Arianna Harlow, tout de suite, ou je veillerais à ce que vous puissiez plus jamais exercer la médecine, ni dans cette ville, ni ailleurs ! hurle Rafe.

Le médecin le dévisage un instant, puis il hausse les épaules : inutile de chercher à raisonner cet homme…

— Entendu, suivez-moi.

 

En se levant du lit, Rafe est contraint de marquer une pause, car tout se met à tourner autour de lui. Le médecin n’ose lui faire remarquer qu’il est trop faible pour se lever. Il se contente de rester dans l’encadrement de la porte, le temps que Rafe reprenne ses esprits.

Lorsqu’il se sent un peu mieux, Rafe pose un pied devant l’autre, lentement. Il porte une chemise d’hôpital, ce qui ne l’enchante pas – il tient à sa dignité et avec un tel vêtement ouvert dans le dos, rester digne est impossible !

 

— Une fois que vous m’aurez conduit à elle, demandez à une infirmière d’aller chercher mes vêtements, ordonne-t-il.

Le médecin se contente d’approuver de la tête.

Ils s’engagent dans le couloir pour rejoindre l’ascenseur. Dans la cabine, le médecin appuie sur le bouton du cinquième étage. Le mouvement de l’ascenseur donne la nausée à Rafe. Quelques secondes plus tard, la cabine s’immobilise et Rafe, soulagé, s’engage dans le couloir.

Il emboîte le pas au médecin qui franchit des doubles portes, puis s’immobilise devant une chambre. En découvrant Ari allongée dans un petit lit, avec quantité d’appareils reliés à sa peau blanche, il a l’impression que son cœur va s’arrêter de battre.

— Son état est stable pour l’instant, dit le médecin après avoir regardé les fiches au pied du lit. Je vais vous faire apporter vos vêtements immédiatement.

Oubliant la présence du médecin, Rafe se laisse tomber sur une chaise et prend la main chaude d’Ari dans la sienne. Il tente de se convaincre que s’il est si bouleversé, c’est parce que c’est lui qui l’a conduite à la cafétéria. Mais il sait que c’est faux.

La vraie raison, c’est qu’il commence à éprouver des sentiments pour elle. Une fois qu’elle sera sortie d’affaire, il refoulera ce qu’il ressent, et il oubliera tout cela. Les émotions n’ont pas leur place dans sa vie. Il doit tout maîtriser. Il veut la posséder pour reprendre le contrôle de son existence. C’est tout. Rien de plus.

Il appuie sa tête contre le lit et ne tarde pas à s’endormir, la main de la jeune femme toujours dans la sienne. Privé des antalgiques qui passaient dans sa perfusion, il a mal au bras et il a l’impression qu’on attaque son crâne au marteau-piqueur. Le stress l’a épuisé – et le sommeil apporte un soulagement bienvenu.

— Rafe. Où suis-je ? Mais qu’est-ce qui s’est passé ?

En entendant la voix éraillée d’Ari, qui paraît terrorisée, Rafe se réveille aussitôt.

— Ari. Comment te sens-tu ? demande-t-il en s’efforçant de reprendre ses esprits.

— J’ai l’impression d’avoir été percutée par un train. Qu’est-il arrivé ? Pourquoi suis-je reliée à tous ces appareils ? Et pourquoi ai-je aussi mal dans la poitrine ? demande-t-elle, en le fixant avec angoisse.

— On t’a tiré dessus. Je ne peux pas t’en dire davantage pour le moment, parce que je n’ai pas quitté ta chambre. Mais crois-moi, je vais découvrir l’identité de cet homme et la raison pour laquelle la sécurité de l’hôpital n’est pas intervenue pour l’empêcher de te tirer dessus.

— Et maman ? demande-elle, tandis que ses yeux s’emplissent de larmes.

— Elle va bien, Ari. Une infirmière est venue, il y a quelques heures, pour dire que l’opération s’était bien passée. Ils n’ont pas voulu l’inquiéter immédiatement après l’intervention, elle croit donc que tu es en train de te reposer. Je vais passer la voir dans quelques minutes. Avant, je voulais simplement m’assurer que tu allais bien.

— Merci. Mais vous n’aviez pas besoin de rester ici, avec moi. Vous êtes très occupé, je le sais. Quand pourrai-je la voir ?

— Il va falloir patienter encore un peu, parce que tu es aux soins intensifs, où tu devras rester encore au moins jusqu’à demain. Tu as pris une balle dans la poitrine et tu as subi une opération importante. D’ailleurs, c’est incroyable que tu te remettes aussi vite.

— S’il vous plaît, il faut que je la voie, supplie Ari.

— Ari, cela ne lui fera aucun bien si tu t’effondres à ses pieds. Repose-toi et prends soin de toi, pour pouvoir t’occuper d’elle.

— Alors passez la voir, je vous en prie. Dites-lui que je vais bien et que j’irai la voir dès que possible.

— Entendu. J’y vais tout de suite.

Rafe se penche en avant puis pose doucement un baiser sur ses lèvres avant de se relever et de quitter la chambre.

Il ne met pas longtemps à trouver la chambre de la mère d’Ari. En franchissant la porte, il la découvre dans le lit, les yeux ouverts. Au passage, il se réjouit d’avoir remis ses vêtements et de ne pas devoir se présenter devant elle vêtu uniquement d’une chemise d’hôpital fine comme du papier !

— Sandra Harlow ?

— En personne. Que puis-je faire pour vous ?

La ressemblance avec Arianna est frappante. Les mêmes pommettes marquées, le même nez droit, la même silhouette menue. Même leurs yeux noisette sont identiques. Mais Ari a de longues boucles brunes, tandis que Sandra est blonde aux cheveux courts, avec quelques reflets argentés. Elle reste une très belle femme.

— Je suis désolé, j’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer. Votre fille a eu un accident. Elle va bien, je vous assure, mais il va falloir attendre quelques jours avant de pouvoir la voir, dit-il d’un ton qu’il espère rassurant.

— Arianna ? Mais que s’est-il passé ? Je veux la voir tout de suite, répond Sandra tandis que les moniteurs s’affolent, indiquant un accroissement de son rythme cardiaque.

— Madame Harlow, Ari va bien, mais vous avez l’une et l’autre subi des opérations. Et aucune de vous deux n’est en état de se déplacer pour le moment. Concentrez-vous sur votre rétablissement, car Ari va avoir besoin de vous, dit Rafe en s’asseyant avant de lui prendre la main.

Les yeux affolés de la femme croisent les siens. Soulagé, il voit sur les écrans que son rythme cardiaque ralentit un peu.

— Qui êtes-vous ?

— Je suis un ami d’Ari, répond-il.

Impossible de lui avouer la vérité – de lui dire qu’il prévoyait de se servir de sa fille, puis de la larguer une fois qu’il se serait lassé d’elle. Non, dire une chose pareille ne passerait sans doute pas…

— Et comment vous appelez-vous ? demande-elle sur le même ton suspicieux que sa fille.

Leurs intonations sont si semblables qu’il en sourit.

— Rafaëlle Palazzo. Ravi de faire votre connaissance, madame Harlow.

Elle le dévisage un instant, décontenancée, puis ses yeux s’éclairent.

— J’ai déjà entendu votre nom. Les infirmières ont parlé de vous. C’est vous qui faites tant pour cet hôpital ?

— Peu importe, madame Harlow. Ce qui compte, c’est qu’Ari et vous alliez mieux.

— Ah je vois, vous n’aimez pas parler de vous.

Rafe sourit de nouveau en entendant ce ton si direct. Quelque chose lui dit que Sandra et sa mère s’entendraient à merveille. Il va falloir veiller à ce qu’elles ne se rencontrent jamais, pour lui éviter bien des maux de tête. Il veut posséder Ari pour qu’elle assouvisse ses besoins, sans que les familles s’en mêlent. Pour cela, inutile que leurs proches se rencontrent.

— Je voulais simplement vous informer de ce qui est arrivé. Là, je vais devoir retourner auprès d’elle, lance Rafe, mal à l’aise.

— Mais vous ne m’avez pas dit ce qui s’est passé ! Vous m’avez simplement expliqué qu’elle se trouvait hors de danger, remarque Sandra.

Rafe n’a pas la moindre envie de lui annoncer que sa fille a été victime d’un tireur fou, mais il ne va pas pouvoir faire autrement. Il prend une profonde inspiration, puis lui raconte l’irruption de l’homme armé dans la cafétéria. Sandra écarquille les yeux et sa peau pâle devient encore plus blanche. Mais elle parvient à garder son calme pendant qu’il lui expose les événements de la veille.

— Heureusement que vous étiez là, dit-elle après un long silence.

— En même temps, c’est moi qui ai insisté pour l’entraîner à la cafétéria, répond-il, dévoré par la culpabilité.

Il s’en veut terriblement.

— Mais ça aussi, c’est une bonne chose, monsieur. Ma fille n’a pas vraiment pris soin d’elle ces derniers temps. Merci d’avoir été là. D’ailleurs, je suis sidérée que vous ayez réussi à lui faire avaler quoi que ce soit. J’ai passé tout le week-end à essayer de la faire manger. Si vous connaissez bien ma fille, vous devez savoir que c’est une vraie tête de mule.

Rafe sourit. Sur ce point, il est entièrement d’accord avec Sandra – sa fille est terriblement têtue. Malheureusement, il adore cette facette de sa personnalité.

— Ça, c’est certain ! Mais j’ai déjà réussi à la faire changer d’avis, déclare-t-il avec un clin d’œil.

— Ah oui ? Intéressant, monsieur Palazzo. Vous voudrez bien passer me donner de ses nouvelles jusqu’à ce que les médecins m’autorisent à la voir ?

Mal à l’aise, Rafe bouge sur sa chaise. Il souhaite passer le moins de temps possible avec Sandra. Non seulement il apprécie sa compagnie, ce qui n’est pas une bonne chose, mais il sera beaucoup plus difficile d’avoir avec Ari le genre de relations qu’il souhaite s’il connaît sa mère.

Ses parents lui ont inculqué le respect de la famille. S’il se prend d’affection pour Sandra avant de recruter sa fille comme maîtresse, les remords le rongeront. De jour en jour, la situation devient plus compliquée. Il aimerait pouvoir l’oublier. Mais il en est incapable.

— Je vais demander aux infirmières de passer vous donner des nouvelles.

— Oh, je préférerais que vous veniez personnellement pour me dire comment elle va, puisque vous serez auprès d’elle, répond-elle en le fixant de ses yeux tristes.

Oh non…

— Je passerai vous donner des nouvelles, madame Harlow, promet-il.

— Merci. Et appelez-moi Sandra. Nous allons être amenés à nous voir régulièrement dans les jours à venir.

Rafe la dévisage, surpris. Cette petite femme cache une volonté de fer. Elle lui a clairement fait comprendre qu’il serait bien inspiré de passer lui donner des nouvelles plus souvent qu’il ne l’avait prévu initialement.

— Bien. Reposez-vous, Sandra. Et je vous en prie, appelez-moi Rafe, dit-il avant de se lever et de quitter la pièce.

Au lieu de retourner directement dans la chambre d’Ari, il sort de l’hôpital et sent avec plaisir la brise fraîche lui balayer le visage. Qu’est-il en train de faire ? Tout cela commence à devenir trop sérieux.

La meilleure chose à faire, il le sait, serait d’appeler son chauffeur et de partir sur-le-champ. Il est grand temps de couper les ponts avec Ari et avec sa mère. Grand temps de recruter une nouvelle maîtresse – une femme sans famille – et de retrouver sa vie d’avant. Indécis, il secoue la tête et reste immobile.

— Tiens, voilà Rafaëlle Palazzo, l’homme qui va avoir de gros ennuis !

Poussant un grondement, Rafe se tourne vers sa sœur, qui tape du pied et lui adresse un regard noir.

— Salut, Lia. Tu vas bien ? demande-t-il avec résignation.

— Je suis furax. Parfaitement. Je n’arrive pas à y croire : tu te fais fait tirer dessus et tu ne penses même pas à nous prévenir ?

— Maman va t’étriper, tu le sais ? lance Rachel en s’avançant vers lui avant de le serrer dans ses bras. On s’est tellement inquiétés.

— Je vais bien, assure-t-il, submergé par la culpabilité.

— Allons rejoindre maman. Elle est carrément en colère contre toi, l’avertit Rachel.

— Où est-elle ?

— Dans la chambre d’Arianna, avec papa. Les infirmières nous ont dit que tu y avais passé la nuit. En découvrant que tu n’y étais pas, Lia et moi sommes parties à ta recherche. Maman était certaine que tu retournerais auprès d’elle, c’est pourquoi ils ont décidé de t’attendre là-bas. Je crois qu’elle avait envie de voir Ari. On dirait qu’elle l’aime bien.

Rafe n’aime pas trop ce qu’impliquent les mots de sa sœur… Il n’a pas la moindre envie que sa famille cherche à donner une autre dimension au contrat qu’il entend conclure avec Arianna Harlow.

Devant la porte, le rythme cardiaque de Rafe s’accélère. La situation est en train de lui échapper et il a horreur de ça.

 

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