capitulation volume 1 de la trilogie Surrender
Chapitre 7
7
Avec un entrain qui lui faisait défaut depuis des mois, Ari remonte le couloir de l’hôpital en esquissant quasiment un pas de danse. Ça y est, elle est officiellement l’assistante du vice-président de Sunstream Electronics ! Son excellent salaire va lui permettre de payer les dépenses de santé de sa mère. Le vent tourne, elle le sent. Peut-être réussira-t-elle même à retourner à l’université et à décrocher son diplôme ?
Un sourire aux lèvres, elle emprunte un couloir jusqu’au bout, avant de tourner. Mais à l’angle, elle percute une silhouette imposante, si violemment qu’elle est projetée à terre, atterrissant sur les fesses. Une douleur vive remonte le long de sa colonne vertébrale et ses lunettes volent à terre. Elle se penche en avant pour les ramasser, mais perd l’équilibre et les écrase.
Avec un gémissement, elle les saisit et constate qu’elles sont irréparables. Ces lunettes, elle n’en a pas vraiment besoin. Elles ne sont qu’un élément de l’armure derrière laquelle elle se cache. Cependant, elle a tellement l’habitude de les porter que sans elles, elle se sent nue.
— Désolée, souffle-t-elle en essayant de se relever, mais la douleur dans le dos lui complique la tâche.
— Tout va bien ?
Ses yeux remontent le long d’une paire de jambes élégamment vêtues qui se tiennent devant elle. En découvrant qu’elles n’appartiennent à nul autre que Rafe Palazzo, Ari sent tout son corps se figer. Mais que fait-il dans cet hôpital ? L’aurait-il suivie ? Lorsqu’elle croise son regard, la mine inquiète du jeune homme lui fait oublier la douleur dans son coccyx.
— Mais que faites-vous là ? souffle-t-elle.
— Je pourrais vous retourner la question, répond-il avant de se pencher en avant pour passer la main sur ses jambes. Arrivez-vous à vous relever ?
Pas si vous continuez à me tripoter les jambes, manque-telle de répondre. Tout va bien.
— Vous en êtes certaine ? Vous avez fait une mauvaise chute. Il serait préférable de passer une radio, affirme Rafe, suscitant en elle un agacement qui lui fait oublier sa surprise de le voir.
— Je viens de vous dire que tout va bien ! Contentez-vous de vous pousser pour me permettre de me relever, aboie-t-elle.
La bouche de Rafe se pince tandis qu’il se redresse et lui tend la main. Un instant, elle a envie d’ignorer cette main, mais son coccyx lui fait vraiment mal. À contrecœur, elle pose la main dans la sienne.
— Monsieur Palazzo, tout va bien ? demande un homme en costume qui vient de s’arrêter net devant eux.
Ari ressent une furieuse envie d’asséner à ce grossier personnage : « Je vous remercie, je vais très bien ! », mais elle réussit à tenir sa langue. Ce n’est pas Rafe qui vient de percuter un torse imposant et de tomber par terre. Comme il est agréable de voir que le personnel se préoccupe d’elle ! Sans doute les choses se passent-elles toujours ainsi en présence de Rafaëlle Palazzo – tout le monde devient invisible, sauf lui.
— Ce n’est pas moi qui viens de tomber. Demandez plutôt à mademoiselle Harlow si elle va bien, répond Rafe d’un ton glacial.
Ari voit son irritation décroître légèrement. Au moins est-il suffisamment humain pour se préoccuper de son sort. En se relevant, elle le regarde du coin de l’œil et remarque qu’il faut bien lui laisser ça : il est extrêmement séduisant. D’ailleurs, elle préférerait qu’il soit moins beau.
— Bien entendu. Comment allez-vous, mademoiselle Harlow ? Il serait préférable de vérifier que vous ne vous êtes rien fracturé en tombant, dit l’homme en se tournant vers elle, affichant une expression de compassion feinte.
Ari fait un effort pour ne pas lever les yeux au ciel.
— Tout va bien, je vous remercie. C’est de ma faute, je ne regardais pas devant moi. Maintenant, excusez-moi, je dois y aller, dit-elle en s’apprêtant à tourner les talons.
— Vous n’irez nulle part, Arianna. Que cela vous plaise ou non, vous allez passer une radio. Vous boitez, vous avez dû vous blesser, affirme Rafe avant de se tourner vers le petit homme à ses côtés, pour lui demander d’aller chercher un fauteuil roulant.
Avant d’avoir le temps de dire ouf, Ari se retrouve installée dans le fauteuil et roule dans les couloirs de l’hôpital. Elle n’aime pas du tout qu’on décide ainsi à sa place. C’est sûr, il s’agit d’un gros hématome, rien de plus, qui va virer au bleu sur ses fesses dans les jours à venir.
— Monsieur Palazzo, la cérémonie va commencer d’un instant à l’autre. Je peux m’occuper de cela à votre place.
Surprise, Ari tourne la tête en direction de Rafe, qui pousse le fauteuil roulant. Puis elle regarde l’autre homme, qui transpire à grosses gouttes.
— Eh bien, la cérémonie va devoir se dérouler sans moi, rétorque Rafe sur un ton sans appel.
— Mais… vous êtes l’invité d’honneur ! Impossible de démarrer la cérémonie d’inauguration en l’absence du donateur, objecte le petit homme, horrifié.
— Dans ce cas, prenez votre mal en patience. Je vais d’abord m’occuper de mademoiselle Harlow. Maintenant, laissez-nous, ordonne Rafe en faisant entrer Ari dans une pièce avant de refermer la porte au nez de l’homme.
Pour un peu, Ari aurait pitié de lui, même si c’est un grossier personnage.
— C’est quoi, cette histoire de donation ? demande Ari, curieuse.
— Oh, c’est trois fois rien, répond-il sèchement.
— Dans ce cas, pourquoi ne répondez-vous pas à ma question ? lance-t-elle, lassée de ses manières autoritaires.
— Est-ce qu’il vous arrive d’accepter qu’on ne fasse pas exactement ce que vous voulez ? demande-t-il, en écartant les bras d’un geste exaspéré.
— Dois-je vous rappeler que vous venez quasiment de me kidnapper ? Moi, je m’efforce simplement d’être polie et de faire la conversation.
Ari n’a qu’une envie : échapper à cet homme, qui est redevenu glacial. Toute trace de sollicitude a disparu de son visage.
— Croyez bien, mademoiselle Harlow, que si je vous enlevais, ça ne serait pas pour vous faire passer des radios.
Il s’arrête et se penche en avant, pour plonger ses yeux dans les siens. Ari sent quasiment sa chaleur l’envelopper. Contrariée, elle constate qu’il ne la laisse pas indifférente. Pour un peu, elle aurait envie de réduire la distance qui les sépare, afin de découvrir la saveur de sa belle bouche.
— Si vous continuez à me regarder comme ça, je vais me mettre en quête d’une chambre individuelle pour vous préciser ma pensée.
Est-ce une menace ou une promesse ? Arianna se le demande. Oubliant de respirer, elle plonge son regard dans ces yeux bleus nuit, dans lesquels elle ne tarde pas à se perdre. Avec un grondement – est-ce de l’irritation ou de la frustration, elle se le demande – il quitte la pièce.
— Mademoiselle Harlow, désolée de cet incident. Assuronsnous que tout va bien.
Ari se retourne et découvre une pétillante jeune femme qui vient d’entrer. Une fois la porte fermée, elle se sent soulagée. Il est parti, elle ne le reverra plus.
Le médecin lui explique qu’il n’y a rien de grave – les radios montrent de simples contusions au coccyx, qui rendront la position assise inconfortable pendant une semaine. Ari décide de rentrer chez elle pour se reposer, au lieu d’aller rendre visite à sa mère, comme prévu.
Il n’y a rien de grave, Ari le sait. Mais sans doute était-il plus prudent de réaliser les examens nécessaires… Elle ne peut en vouloir à monsieur Palazzo ni au personnel de l’hôpital d’avoir préféré en avoir le cœur net, pour éviter qu’elle ne poursuive l’hôpital – chose que, bien évidemment, elle n’aurait jamais faite. Cependant, eux ne le savent pas.
Une fois le médecin reparti, Ari se rhabille lentement, en espérant que Rafe ne sera plus là lorsqu’elle sortira. Difficile de rester distante avec lui. D’ailleurs, elle aurait bien envie de le découvrir davantage – si seulement il n’était pas aussi tordu.
Devant la salle de consultation, Rafe attend. Presque amusé, il se dit qu’il est en train de faire les cent pas dans un couloir d’hôpital, en s’inquiétant pour une femme. Fouillant dans sa mémoire, il tente de se souvenir de la dernière fois où il a attendu quelqu’un.
En une fraction de seconde, il passe d’une furieuse envie d’étrangler Arianna Harlow au désir de sauter dans le lit le plus proche avec elle pour découvrir si cette tension sexuelle entre eux est uniquement le fruit de son imagination. Le désir inhabituel qu’elle éveille en lui est sans doute dû à une période de célibat prolongée, se dit-il. De plus, la résistance qu’elle lui oppose booste indéniablement sa libido. Il n’avait pas prévu de la percuter dans ce couloir d’hôpital, mais le hasard fait parfois bien les choses.
En réalité, il devrait envisager Ari comme une proie à conquérir, et rien d’autre. Comme elle l’a envoyé balader, il veut éveiller son désir, afin de pouvoir lui faire subir le même sort – histoire de reprendre le contrôle de la situation.
Heureusement, ses sœurs ne sont pas là. Car les membres de sa famille sont les seules personnes au monde qui le rendent humain, qui le poussent à se comporter comme quelqu’un de bien. Or là, il n’a pas la moindre envie de cela. Il ne souhaite qu’une chose : se glisser profondément en mademoiselle Harlow, jusqu’à ce qu’elle hurle son nom.
Alors qu’il s’apprête à repartir dans le long couloir pour faire les cent pas, la porte de la salle de consultation s’ouvre et Ari en sort. En l’apercevant, la surprise et l’appréhension se peignent sur le visage de la jeune femme. Parfait, se dit-il. Il faut qu’elle soit sur le qui-vive, inquiète, en sa présence. Ce qu’il veut, c’est une maîtresse qui le respecte, pas une petite amie qui l’aime.
— Tout va bien ? demande-t-il en s’arrêtant à un mètre d’elle.
— Je vais très bien. Ça n’était pas la peine de m’attendre, vraiment.
— Je n’allais quand même pas repartir ! C’est ma faute si vous êtes blessée. Vous êtes certaine que tout va bien ? Ou vous avez répondu ça pour vous débarrasser de moi ?
— J’ai un hématome au coccyx. À part ça, tout va bien. Bon, je dois y aller maintenant, lance-t-elle sèchement.
— Vos yeux si expressifs et leur couleur magnifique sont bien mieux mis en valeur sans ces immenses lunettes ridicules. Surtout, ne les remettez pas.
Rafe est le premier surpris d’avoir dit cela, mais il s’en félicite en constatant qu’Ari pique un fard avant de baisser les yeux. Plaçant sa main sous le menton d’Ari, il lui relève la tête pour la regarder.
— Je vous imagine allongée sous moi, pendant que je vous fais hurler de plaisir. Vous savez que ça arrivera bientôt, n’est-ce pas ?
Voyant qu’elle tarde à répondre, Rafe sent l’excitation monter en lui. Va-t-elle accepter sa proposition ? En réalité, il ne sait pas s’il en a envie. Car si elle acceptait, ce petit jeu prendrait fin prématurément. Or il n’a pas la moindre envie que cela s’arrête si vite.
Elle finit par lui adresser un authentique sourire, un sourire éclatant qui l’incite presque à faire un pas en arrière. Cette fille possède une beauté naturelle qui irradie l’innocence. Et c’est la première fois qu’il voit son visage rayonner ainsi.
— Eh bien non. Figurez-vous qu’hier, on m’a proposé un job fabuleux, dans une entreprise formidable.
Elle ponctue cette phrase d’une tape sur la poitrine. Sidéré par cette assurance qu’il ne lui connaît pas, il ne bouge pas.
— Alors votre job de prostituée, vous pouvez vous le garder et vous le mettre dans le…
— Ça suffit ! l’interrompt Rafe en lui attrapant la main pour la contraindre à reculer de plusieurs pas.
D’une voix maîtrisée, à peine plus forte qu’un murmure, il poursuit :
— J’aime beaucoup la flamme qui brûle en vous, Ari, mais ne prenez pas mon intérêt ni ma curiosité pour de la faiblesse. Le jour où j’aurai vraiment envie de vous posséder, si j’en ai envie, eh bien vous serez à moi. Que les choses soient bien claires. Savourez donc votre petite victoire, mais faites très attention à ce que vous dites. J’adore les défis. Vous voulez jouer ? Sachez que vous allez perdre.
Sur ces mots, il tourne les talons et s’en va, laissant Ari bouche bée dans le couloir. Il vient de réduire à néant la victoire qu’elle pensait avoir remportée.
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