capitulation volume 1 de la trilogie Surrender

Melody Anne · Chapitre 18 sur 42

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capitulation volume 1 de la trilogie Surrender

Chapitre 17

17

 

 

— Nous avons décidé de rester une semaine ou deux ici. Ta mère et moi n’avons pas passé suffisamment de temps en Californie ces dernières années et tes sœurs meurent d’envie de faire de nouveau un tour sur ton bateau.

Aussitôt, Rafe se fige, suspicieux. La veille, ils ont passé toute la soirée à le questionner au sujet d’Ari, voulant tout savoir : qui elle était, depuis combien de temps il la connaissait, s’il avait déjà rencontré sa famille. Un véritable interrogatoire. Mal à l’aise, Rafe se demande si la décision de prolonger leur séjour n’est pas davantage due à Ari qu’à leur intérêt pour son nouveau bateau.

Peu importe. S’ils ont envie de prolonger leur séjour, cela lui convient parfaitement. Simplement, il va devoir faire preuve de vigilance et veiller à ne pas se montrer trop bavard.

Sa semaine de travail, très chargée, ne lui laissera beaucoup de temps à leur consacrer. Il va prévenir son équipage que son bateau restera à la disposition de sa famille, comme le sont quasiment tous ses autres biens – d’ailleurs, son personnel en a l’habitude.

— Ça sera sympa de vous avoir ici. Mais j’ai énormément de travail cette semaine. Nous préparons une fusion importante et j’aurai sans doute des journées de boulot de quatorze heures, annonce-t-il en espérant les décourager.

— Aucun problème, fiston. Moi aussi, j’ai connu ça, autrefois. Maintenant, je peux passer mes journées en compagnie de votre sublime mère, heureusement. Après la Californie, nous partirons en Irlande. Cela fait une éternité que je n’y suis pas allé et cette époque de l’année est idéale pour faire du tourisme. J’ai hâte de boire de bonnes bières !

— Vous êtes ici chez vous. Ma maison est à votre disposition, et mes voitures aussi. Maintenant, je file au bureau. Si vous avez besoin de me joindre, appelez mon assistante. Simplement, cette fois-ci, évitez de lui annoncer qu’il s’agit d’une urgence simplement parce que vous n’arrivez pas à trouver la bouteille de vin que vous cherchez ! prévient Rafe.

— Ça n’est arrivé qu’une fois, Rafe – et c’était pour notre anniversaire de mariage. Depuis vingt ans, nous buvions le même vin ce jour-là. À mes yeux, c’est ce qu’on appelle une urgence, répond son père avec le plus grand sérieux.

— Tu as raison ! Je ne vous verrai peut-être pas ce soir, mais j’essaierai de rentrer un peu plus tôt demain.

Sur ces mots, Rafe quitte la pièce puis monte dans sa voiture, en respirant profondément. Sa famille est formidable, mais un peu envahissante. Il lui tarde de retourner au bureau, dans un environnement où il maîtrise tout.

 

— Quelle galère pour retrouver cette fille ! gronde Lia.

— Calme-toi, sœurette ! L’essentiel, c’est que nous l’ayons identifiée. Visiblement, Rafe est dingue d’elle et je veux savoir pourquoi. J’ai quasiment été obligée de grimper sur les genoux de Shane pour obtenir l’info. D’ailleurs, c’était amusant de le voir transpirer à grosses gouttes – surtout quand tu es arrivée alors que j’étais en train de l’asticoter. Je n’avais encore jamais vu Shane rougir, c’était trop drôle ! lance Rachel en gloussant.

— Mais il n’y a rien entre Shane et moi. De toute façon, même s’il me plaisait, ce qui n’est pas le cas, Rafe ne permettrait jamais qu’il se passe quoi que ce soit. Il me traite toujours comme si j’avais cinq ans – j’en ai vingt-six ! maugrée Lia.

— Moi, je pense que tu devrais te glisser dans la chambre de Shane, un de ces jours, pour te jeter sur lui. Ça saute aux yeux que tu es amoureuse de lui depuis que tu as quinze ans.

— Revenons-en à notre affaire. Il faut aller à la plage pour coincer cette Ari. Ses collègues m’ont assuré qu’elles l’emmèneraient là-bas aujourd’hui. D’ailleurs, je n’ai eu aucun mal à les convaincre. Elles disent qu’elle a vraiment besoin de se faire sauter ! Intéressant, non, que notre frérot ne la garde pas enchaînée à son lit, s’il est aussi dingue d’elle ?

— Peut-être qu’il est dingue d’elle, mais que ça n’est pas réciproque ? suggère Lia avant d’éclater de rire en même temps que sa sœur.

— Sérieusement, s’il existe une femme assez intelligente pour tenir tête à Rafe et résister à son charme, elle a tout compris. J’espère vraiment que c’est le cas. Allez, au boulot, on a une enquête à mener !

— J’adore les mystères !

Les deux jeunes femmes s’engouffrent dans la Mercedes décapotable de Rafe, dont elles rabattent le toit. C’est une journée magnifique. Elles ont hâte d’arriver à Stinson Beach, et encore plus hâte de rencontrer celle qui visiblement empêche leur grand frère de dormir.

De toutes les maîtresses qu’elles ont connues, elles n’en ont aimé aucune. Et elles détestaient cordialement son ex. Le fait qu’il cherche à leur cacher une femme attise leur curiosité. L’après-midi promet d’être palpitante.

— Comment allons-nous nous y prendre ? demande Rachel lorsque la voiture s’arrête à un feu rouge.

Pendant le trajet, le bruit du vent rend quasiment toute discussion impossible.

— Aucune idée. Nous avons franchi la première étape, retrouver cette fille. Une fois à la plage, il va falloir improviser.

— Un vrai défi ! J’ai toujours adoré ça !

— Oui, parce que tu aimes fourrer ton nez partout, Rachel !

— Dis donc, on se calme ! Tu as passé une mauvaise nuit ? À moins que tu ne sois furax parce que je me suis installée sur les genoux de ton homme ? Tu sais bien que Shane ne m’intéresse pas. J’ai su qu’il était pour toi le jour où il est venu à la maison pour la première fois !

— Mais enfin, je ne suis pas amoureuse de Shane !

— Oh arrête, Lia. On ne me la fait pas ! Je suis au courant de ce qui s’est passé à l’hôtel, affirme Rachel avec un sourire malicieux.

— Comment sais-tu cela ?

— Tu n’es pas la seule à savoir obtenir des infos ! Il suffit de faire savoir parler le personnel. D’ailleurs, j’ai aussi appris des choses au sujet de notre frère. Si tu déballes au sujet de Shane et toi, je te raconterai peut-être ! jubile Rachel.

Lia dévisage sa sœur un instant avant de fixer la route. Le reste du trajet jusqu’à la plage se passe dans le silence. Rachel sourit largement, tandis que Lia boude.

 

— Comment avez-vous réussi à me convaincre de venir ? J’avais tellement de choses à faire ce week-end. Et depuis l’incident au bar, il y a quelques semaines, je ne devrais plus vous faire confiance pour vous suivre où que ce soit, marmonne Ari en descendant du monospace d’Amber.

— Quel rabat-joie ! Il fait un temps magnifique. Tu as vraiment besoin de prendre des couleurs, tu es toute pâle. Et on a toutes envie de s’amuser, répond Shelly.

— Il va bien falloir nous pardonner un jour, Ari. Comment aurions-nous pu savoir que ce serveur allait te droguer ? On pensait simplement que tu lui plaisais. S’il y a bien quelqu’un qui a besoin de passer une nuit torride, c’est toi. Tu es la personne la plus coincée que je connaisse, approuve Miley.

— D’accord, d’accord, ne parlons plus jamais de ce cinglé. Je n’arrive pas à croire qu’il n’ait passé que quelques jours en prison. Désormais, c’est sûr, je ferai attention à ce que je bois, murmure Ari en sentant son visage devenir cramoisi.

Ses amies n’ont pas la moindre idée de son aventure avec Rafe – une aventure des plus excitantes. Le simple fait de repenser à ses mains sur son corps suffit à lui donner la chair de poule. Depuis, elle se sent tendue, comme si Rafe avait ouvert les vannes d’un flot d’hormones qui la submergent, alors qu’elle n’ose pas se mettre en quête d’un homme pour assouvir ses désirs.

Elle meurt d’envie de connaître de nouveau ce qu’elle a vécu avec Rafe. Mais pas avec lui – enfin, si. Mais elle est suffisamment intelligente pour ne pas commettre une erreur pareille.

— Oh, il est midi. Allons regarder les gens qui jouent au beach-volley, dit Amber, les yeux exorbités.

Ses trois amies se tournent d’un même mouvement, avant de rester bouche bée. Sur la plage, des garçons carrément sexy jouent au volley, simplement vêtus de petits shorts de plage, les corps moites.

— Il y a une place là-bas, pas loin du filet. Nous aurons une excellente vue, lance Shelly en se dirigeant rapidement vers un emplacement libre sur le sable.

Après une courte hésitation, les trois jeunes femmes lui emboîtent le pas.

— Ne fais pas ta prude, Ari. Enlève-moi ce gilet et montre un peu ces nichons d’enfer. Tu as envie que ces gars te remarquent, non ? demande Miley en tirant sur le vêtement dans le dos d’Ari.

Avant d’avoir le temps de réagir, Ari se retrouve installée sur sa serviette, vêtue seulement du haut de bikini qu’Amber lui a prêté et d’un minuscule short. Se sentant totalement nue, elle regarde autour d’elle, convaincue que tout le monde va la fixer, pétrifié d’horreur.

— Je vais te passer un peu de crème solaire avant que tu te transformes en homard. Tu as besoin de prendre des couleurs, pas un coup de soleil, annonce Shelly en versant un peu de liquide glacé sur la nuque d’Ari, ce qui la fait aussitôt frissonner.

— Sympa, merci beaucoup d’avoir attendu que la crème se soit réchauffée ! râle Ari, tandis que son amie lui étale la lotion sur le dos.

— Je suis en train de t’épargner des jours et des jours de souffrance !

— Ce qui aurait été inutile si tu ne m’avais pas enlevé mon gilet. J’étais bien couverte en sortant de chez moi !

— Tu as raison, il faut toujours sortir couvert, plaisante Miley avec un sourire malicieux.

— Vous êtes incroyables. Je n’arrive pas à croire que vos maris vous laissent sortir seules !

— Nos maris savent que nous les adorons, pour des raisons inexplicables. Ils nous laissent nous rincer l’œil, du moment que nous ne touchons pas à la marchandise. Crois-moi, ma chérie, nos hommes ne ratent pas une occasion de mater une belle paire de fesses quand il y en a une qui leur passe sous le nez, répond Amber en s’allongeant avant de fermer les yeux.

— Mais tu es en train de rater tout le spectacle, proteste Miley en donnant un coup de coude à Amber.

— Je sais, mais Sean était malade cette nuit et je n’ai presque pas fermé l’œil. Reluquer des beaux gosses, je peux faire ça tous les jours. M’octroyer une petite sieste, c’est un plaisir beaucoup plus rare.

— Alors ça, c’est bien vu, répond Shelly en s’allongeant à côté de son amie.

Bientôt, Ari est la seule à lézarder au soleil sans somnoler. Après une semaine entière assise au bureau, elle a de l’énergie à revendre. Et la perspective de se prélasser toute la journée immobile sur le sable ne lui dit rien.

Et même si les hommes qui passent sont tous plus séduisants les uns que les autres, l’idée de gaspiller la journée à les regarder ne l’enchante pas. Pourquoi n’irait-elle pas nager ? L’eau est froide, c’est sûr, mais une fois habituée à la température, elle pourrait faire un peu d’exercice.

Elle se lève pour se diriger vers la mer.

 

En chemin, deux jeunes femmes l’interpellent.

— On cherche quelqu’un pour faire une partie de volley. Ça vous tente ?

Ari s’apprête à refuser poliment, mais l’une des femmes la prend par la main et la tire en direction du terrain de volley, désormais vide.

— Moi, c’est Lia et voilà ma sœur Rachel. Merci de venir jouer avec nous !

— Euh… je ne suis pas très bonne au volley, répond Ari en essayant de dégager sa main.

— Pas de problème. Inutile d’être une pro, on veut simplement compléter l’équipe. Vous vous appelez comment ?

— Arianna.

— Joli prénom ! On a de la chance, non ? Quel temps magnifique !

— Oui. J’avais envie d’aller nager pour faire un peu d’exercice, après une semaine entière au bureau, dit Ari, s’efforçant de repartir sans froisser les deux jeunes femmes.

— Oh, l’eau est glacée… Et vous verrez, le beach-volley, c’est physique. À la fin de la partie, vous ne sentirez plus vos cuisses.

— Entendu, je veux bien essayer. Mais une fois que vous aurez vu mon niveau, vous irez chercher une autre partenaire, prévient Ari.

La jeune femme est à mille lieues de se douter qu’elle discute avec les sœurs de Rafe et que celles-ci se moquent éperdument de son niveau en beach-volley. Ce que veulent les deux jeunes femmes, c’est en apprendre le plus possible sur elle.

— Ça y est, nous avons trouvé une autre joueuse. Nous sommes prêtes, annonce Lia en avançant sur le terrain.

— Parfait. Prêtes à prendre une raclée, les filles ?

— Ah non, je ne crois pas ! Vous allez voir ce que vous allez voir, répond Rachel en se mettant en position devant le filet.

Ils sont six au total sur le terrain, et Ari se sent soulagée en découvrant les bikinis des autres joueuses. En comparaison, son haut de maillot et son short paraissent presque austères. L’une des femmes, en particulier, a une poitrine très généreuse que son minuscule maillot a bien du mal à contenir. Ari se dit que pendant le match, ses gros seins vont déborder du maillot, c’est sûr !

— C’est parti !

Ari s’écarte, mais pas suffisamment vite pour éviter la balle qui vient la frapper sur le front. Elle s’écroule à terre en gémissant, avant de voir une paire de mollets musclés entrer dans son champ de vision.

— Désolé. Tout va bien ?

— Ça va. À part que je suis humiliée !

— Je vais vous aider à vous relever.

Sans lui laisser le temps de refuser, l’homme glisse ses mains sous les bras d’Ari et la soulève, faisant glisser le corps de la jeune femme contre le sien.

— Faites attention la prochaine fois, prévient-il avec un clin d’œil.

Ari reste bouche bée : il est en train de la draguer ! Elle ne sait que répondre. Il est vraiment beau gosse, il porte un petit maillot moulant et il a les cheveux blonds, décolorés par le soleil. Et pourtant, elle n’a pas de coup de cœur.

Et alors ? se dit-elle.

Elle qui a tant envie de faire l’amour, voilà qu’un homme sexy au corps chaud vient se coller contre elle. Mais avant qu’elle ait eu le temps de décider si elle allait répondre à ses avances ou non, Rachel arrive en courant.

— Oh, Ari. Tu vas bien ?

— Oui, ça va.

— Parfait. Reprenons le match alors !

Rachel lui prend la main pour l’éloigner du jeune homme trop bronzé, qu’Ari ne tarde pas à oublier.

 

Une demi-heure plus tard, Ari est aux anges. Elle se dépense et rit tellement qu’elle en a mal au ventre. Lia et Rachel avaient raison – ses cuisses commencent à la brûler.

— Faisons une pause, lance Rachel en attrapant le ballon, avant de se diriger une fontaine à eau en courant. Ari lui emboîte le pas.

— Tu vois, c’est sympa, non ? demande Lia en tendant un verre d’eau fraîche à Ari.

— Oui, tu as raison. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas autant amusée. Je reviendrai peut-être le week-end prochain, répond-elle avec un grand sourire.

— Retrouvons-nous ici, alors. Tu joues beaucoup mieux que tu ne l’avais annoncé, intervient Rachel.

— Je pensais vraiment être nulle, reconnaît Ari.

 

— Allez, la pause est terminée, mesdames. Sauf si vous avez envie d’un petit massage ?

Surprise, Ari tourne la tête et découvre l’un des autres joueurs, qui la regarde droit dans les yeux. Lorsqu’il lui adresse un petit signe de tête, elle n’en revient pas. Que se passet-il ? Peut-être est-ce son haut de maillot de bain rouge vif qui donne une fausse image d’elle ? Sans lui laisser le temps de répondre, Lia lui attrape la main.

— Ça va, John. N’essaie pas de nous déconcentrer avec tes tentatives de drague ! Nous ne sommes pas naïves à ce point, réplique-t-elle en tirant Ari par la main pour la ramener sur le terrain.

Ari est mortifiée. Est-ce uniquement pour la déconcentrer qu’ils la draguaient ? Cela paraîtrait logique – car elle ne se considère pas vraiment comme une bombe sexuelle.

— Pas du tout, je suis très sérieux. J’aimerais beaucoup vous inviter à prendre un verre après le match, propose-t-il, ce qui rassure Ari.

— Non, désolée. Nous sommes prises ce soir, mais merci quand même ! répond Rachel.

Elle s’adresse ensuite à Ari.

— Tu devrais venir avec nous, ce soir. Nous allons dîner sur le nouveau yacht de mon frère. Il y a même un petit spa à bord, où tu pourrais te faire masser. Tes cuisses vont en avoir besoin.

Ari ne sait que répondre. Elle ne connaît pas ces deux jeunes femmes. Mieux vaudrait décliner l’invitation poliment et retourner auprès de ses amies, où elle est en sécurité. Cependant, elle hésite. Elle n’a jamais mis les pieds sur un yacht et cette perspective la tente terriblement.

Depuis qu’elle a quitté l’université pour travailler, elle a découvert qu’en général, les gens sont bien plus bienveillants qu’elle ne le pensait. De plus, elle a son téléphone portable, au cas où. Et il y a peu de risques que ces deux filles soient des tueuses en série.

— Promis, nous n’allons pas te découper en morceaux avant de te jeter à la mer. Nous ne venons pas souvent à San Francisco et nous aimerions rencontrer des gens ici, explique Rachel en posant sa main sur son cœur.

Ari se dit que si c’était une mauvaise idée d’accepter cette invitation, elle aurait forcément un mauvais pressentiment, non ? Et puis elle est lasse de jouer la carte de la sécurité, en permanence.

— D’où venez-vous, si vous n’êtes pas d’ici ?

— Nous avons passé notre enfance entre les États-Unis et l’Italie. Notre père est américain, notre mère italienne. Ils ont décidé de vivre six mois de l’année en Italie, les six mois restants aux États-Unis. Mais ces dernières années, nous avons passé plus de temps en Italie. Je viens de terminer mes études là-bas, alors à moi la liberté ! Mes parents vont sans doute nous installer chez notre frère, pour pouvoir voyager.

Ari est surprise. Elles semblent avoir une vingtaine d’années. En tout cas, elles sont majeures, c’est sûr. Alors, pourquoi leur faut-il quelqu’un pour s’occuper d’elles ? Ont-elles un problème – peut-être une maladie ? Impossible d’en savoir davantage sans paraître indiscrète.

— Tu as l’air perplexe, Ari, ça se voit. Quand tu auras rencontré notre père, tu comprendras mieux. J’ai 26 ans, Rachel en a 23, mais pour notre père, nous avons encore 12 ans. Et pour notre grand frère, c’est un peu pareil. J’ai vécu seule, à plusieurs reprises, mais mon père a chargé des officiers de sécurité de veiller sur moi, ou bien ma mère et lui décidaient de venir passer leurs vacances là où je vivais. Sans compter que mon frère a fait fuir tous les garçons avec qui j’aurais pu envisager de sortir. Si je n’adorais pas autant ma famille, je la détesterais sans doute un peu ! En réalité, si je voulais vraiment changer de vie, mes parents me laisseraient faire. Ça ne leur plairait peut-être pas, mais je sais qu’ils m’aiment assez pour me laisser voler de mes propres ailes – après avoir glissé une balise de géolocalisation dans mes affaires ! lance-t-elle en éclatant de rire.

— Eh bien ! Moi qui pensais que ma mère était hyperprotectrice…

— Oh Ari ! L’hyperprotection, dans notre famille, c’est une véritable science. Mais je les adore, ils sont formidables. Viens dîner avec nous, tu feras la connaissance de notre mère. Quand elle s’énerve, elle se met à jurer en italien. Tu verras, c’est trop drôle !

Ari sent qu’elle commence à se prendre d’affection pour ces deux filles pleines de vie. Comment pourrait-on ne pas aimer ces charmantes pipelettes, si souriantes ? C’est sûr, elle peut accepter leur invitation à dîner sans craindre pour sa sécurité.

— Entendu, je viens dîner avec vous. On va passer un bon moment. Une fois le match terminé, j’irai prévenir mes amies, dit Ari.

Elles continuent à jouer au volley pendant une heure. Ari se dit qu’elle irait bien piquer une tête dans la mer. Elle meurt de chaud. Et sa protection solaire a dû s’en aller. Pire, elle sent une douleur dans les épaules. Sans doute va-t-elle payer toute la semaine pour sa visite improvisée à la plage. Mais elle s’en moque – elle s’amuse comme une folle.

Après avoir présenté les deux sœurs à ses amies et avoir expliqué exactement à celles-ci où elle part, Ari monte en voiture avec les deux jeunes femmes. Sur le trajet qui les mène au port, elle sent la sensation exquise du vent dans ses cheveux.

 

Lorsqu’elles arrivent à la marina et s’approchent du bateau, Ari est stupéfaite. Certes, elle s’attendait à voir un grand bateau, car les filles avaient parlé d’une salle de massage, mais elle ne s’attendait pas à cela. Le yacht semble occuper tout le quai.

— Dépêchons-nous, nous sommes vraiment en retard. Mon frère ne supporte pas qu’on le fasse attendre, dit Lia.

— Cela ne dérangera pas que vous ayez invité quelqu’un qu’il ne connaît pas ? demande Ari, soudain inquiète.

Elle n’a pas l’habitude de fréquenter des gens aussi fortunés, pouvant s’offrir un bateau tel que celui-ci.

— Mais non, cela ne le gênera absolument pas ! répond Rachel, riant intérieurement de sa plaisanterie.

Les trois jeunes femmes montent à bord, puis regardent l’équipage rentrer la passerelle. Le bateau part aussitôt.

— Aïe, nous étions vraiment les dernières. Rafe va nous tuer ! constate Rachel, qui toutefois ne semble pas inquiète le moins du monde.

Ari se retourne vers sa nouvelle amie en sursautant puis elle se fige, tandis que le bateau s’éloigne du quai. En se jetant à l’eau maintenant, elle pourrait facilement rejoindre le bord à la nage.

— Comment s’appelle votre frère ? demande-t-elle, sa voix couvrant à grand-peine le bruit du moteur.

— Rafe Palazzo. Tu le connais ?

 

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