capitulation volume 1 de la trilogie Surrender
Chapitre 30
30
— Qu’est-ce que tu fous là, Sharron ?
— Eh bien, en voilà une manière de parler à sa femme.
— Tu n’es plus ma femme, depuis plusieurs années. Pars immédiatement d’ici, avant que j’appelle la police.
— Oh, chéri, tu me manques tellement.
Elle laisse tomber son manteau par terre, dévoilant pour tout vêtement un body rouge très peu couvrant. Sans laisser à Rafe le temps de lui claquer la porte au nez, elle se jette à son cou.
Aussitôt, Rafe l’attrape par les bras et la repousse, dégoûté.
Voyant que sa tentative de séduction ne fonctionne pas, elle change de registre.
— Oh, Rafe, j’ai besoin de toi. Je pensais vouloir changer de vie, mais je n’y arrive pas sans toi. Ne sois pas aussi cruel, sanglote-t-elle en se jetant de nouveau dans ses bras.
— Alors comme ça, ces trois dernières années, tu n’as fait que pleurer sur l’échec de notre couple ? C’était avant ou après que tu te fasses jeter par mon meilleur ami ? lance-t-il, moqueur.
— Non, bien sûr que non. J’ai essayé de vivre ma vie, de sortir, de sourire, pour faire bonne figure. Quand on a vécu avec quelqu’un comme toi, on ne peut pas tourner la page. J’ai besoin de toi, Rafe. Je t’en prie. Tu m’aimais tant, je sais que tu m’aimes encore, supplie-t-elle.
Quel talent ! Elle a vraiment raté sa vocation de comédienne. Est-ce parce qu’il a envie d’en découdre avec elle ou simplement parce qu’il a passé une rude journée ? Il ne le sait pas. Toujours est-il que Rafe ouvre grand la porte pour la laisser entrer.
— Oh merci, chéri. Je le savais, je t’ai manqué, dit-elle en se jetant une nouvelle fois à son cou. Il la repousse avant de s’engager dans le couloir.
— Suis-moi.
Les talons de douze centimètres de Sharron claquent sur le parquet tandis qu’elle court quasiment pour rester à sa hauteur. Rafe se dit que ses seins doivent déborder de sa lingerie fine. Rien dans son corps retouché ne l’émeut. Lorsqu’il l’a rencontrée, elle était une vraie femme, pas une poupée siliconée.
Il aurait dû y voir plus clair dans son jeu. En réalité, elle n’a même pas cherché à cacher son intérêt pour son argent, se dit Rafe. Mais il disait qu’elle appréciait les belles choses – rien de mal à cela – sans voir que tout ce qu’elle aimait chez lui, c’était qu’il lui permettait d’assouvir son goût du luxe.
— Assieds-toi, ordonne-t-il.
Elle s’installe dans le canapé du bureau, en adoptant la pose la plus avantageuse. Il la regarde, pour voir si elle éveille quoi que ce soit en lui. Après tout, il est horriblement frustré sur le plan sexuel.
Son regard passe de son visage savamment maquillé à ses seins, puis à ses cuisses – mais il ne ressent rien, pas le moindre début d’excitation.
Intéressant.
— Pourquoi ne viendrais-tu pas t’asseoir à côté de moi, Rafe ? Ou mieux encore, amène-moi dans la chambre. J’ai appris deux ou trois trucs qui devraient te plaire, promet-elle.
— J’ai une bien meilleure idée, dit-il en attrapant un dossier sur son bureau avant de s’avancer lentement vers elle. Une lueur de triomphe illumine le regard de Sharron en voyant qu’il se penche vers elle. Elle a vraiment cru qu’il était tombé dans le panneau.
— Qu’est-ce que c’est, mon chéri ?
— Et si on parlait un peu de toi ? dit-il sur un ton impénétrable.
— Mmmn, qu’est-ce que tu veux savoir ? Je n’ai pas de secrets pour toi, répond-elle sur un ton enjôleur.
— Eh bien…
Il marque une pause, pour mieux savourer l’expression consternée qui ne va pas tarder à s’afficher sur son visage.
— On pourrait parler du fait que tu es fauchée, que tu seras bientôt à la rue et que tu as été bannie de tous les cercles de la haute société, d’ici à New York ?
Après une fraction de seconde, Sharron se fige. Son sourire satisfait s’envole et cède la place à une lueur de haine dans ses yeux. Aussitôt, elle se ressaisit pour prendre un air effondré.
Pourtant, Rafe ne ressent pas le sentiment de victoire escompté. À sa surprise, il a presque pitié d’elle – presque. Elle ne fait que récolter ce qu’elle a semé. Ce petit jeu commence à le lasser. Il se dirige vers le téléphone qu’il décroche pour appeler la sécurité. C’est le moment qu’elle choisit pour bondir du canapé et se jeter sur lui.
— Qu’est-ce que tu fais ? Non, je t’en supplie. Laisse-moi t’expliquer. Lorsque tu m’as mise à la porte, j’ai essayé de refaire ma vie. J’avais perdu toute joie de vivre. Et puis j’ai fait la connaissance d’Antonio, que j’ai pris pour quelqu’un de bien. Au début, il était si gentil. C’est pour lui que je me suis fait refaire les seins et le nez – pour lui plaire. Mais c’était un vrai salaud. Je pensais qu’il s’occuperait de moi, ce qui explique que je ne me suis pas vraiment intéressée au jugement de divorce. Et puis du jour au lendemain, il m’a virée de chez lui, en reprenant même les bijoux qu’il m’avait offerts. Je n’ai pas mérité ça. Maintenant, je n’ai plus rien – pas d’argent, pas de logement, rien. Tu ne peux pas me laisser comme ça, Rafe. Parce que tu m’aimes.
Rafe l’écoute, sans la moindre émotion.
— Selon mes informations, il t’a virée après t’avoir retrouvée au lit avec le type qui assurait l’entretien de la piscine. C’est vraiment caricatural, non ? Le gars qui s’occupe de la piscine – franchement.
— C’est faux. Jamais je n’aurais fait une chose pareille.
— Va raconter ça à ceux que ça intéresse. Moi, sincèrement, je m’en moque. Tu vois, je pensais que ça me ferait plaisir de te voir dans cette situation, mais tu me laisses tellement indifférent que cette conversation commence déjà à m’ennuyer.
— Tu n’étais pas aussi froid, avant. Qu’est-ce qu’il t’est arrivé ? hurle-t-elle.
— Je suis tel que j’aurais toujours dû être.
— Mais qu’est-ce que je suis censée faire ? gémit-elle.
— Ça, c’est à toi de voir. Je veux que tu partes, Sharron. Et que tu ne remettes jamais les pieds ici.
Sur ces mots, Rafe décroche le téléphone pour appeler la sécurité. Quelques secondes plus tard, les vigiles arrivent et emmènent Sharron, qui ne cesse de hurler. Si elle osait revenir, il n’hésiterait pas à la faire arrêter.
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