capitulation volume 1 de la trilogie Surrender
Chapitre 25
25
En sortant de la chambre d’Ari, Rafe, accompagné de sa famille, reste silencieux. Pour une fois, même ses sœurs ne disent pas un mot. La situation a complètement dérapé, passant de la case « hors de contrôle » à « catastrophe nucléaire ».
Simple question de fierté ou obsession, Rafe n’en sait rien. Mais il est déterminé à ne pas renoncer à Ari maintenant, quelles que soient les difficultés qu’elle représente pour lui et sa vie réglée comme du papier à musique. Il va devoir convaincre sa famille de rentrer chez elle, pour reprendre les choses en main.
— Allons dîner quelque part ! propose Rafe en arrivant sur le parking.
— Excellente idée, mon fils, répond son père sur un ton grave. Ainsi, tu pourras nous expliquer pourquoi tu ne nous as pas appelés aussitôt après la fusillade. Et puis j’aimerais aussi savoir ce qui se passe réellement entre toi et cette Ari, qui semble tant te plaire.
Rafe serre les dents pour ne pas lancer la réplique qui lui vient à l’esprit. Jamais il n’a manqué de respect à ses parents et il n’a pas l’intention de commencer aujourd’hui.
— Mais enfin, papa, c’est évident… Rafe est amoureux ! affirme Rachel d’un ton taquin.
— Pour une fois dans ta vie, Rachel, tais-toi. Ari est… c’est juste une employée potentielle.
— Ah ! lance Lia.
Rafe dévisage ses deux sœurs.
— Tiens, tiens, voilà l’homme providentiel – le héros de San Francisco, qui s’interpose et neutralise un forcené pour sauver sa princesse d’une mort certaine.
Tournant la tête, Rafe voit son meilleur ami s’avancer vers eux, un sourire amusé aux lèvres. Il se dit que la soirée risque d’être encore plus longue que prévu – il adore Shane, mais ce garçon ne peut s’empêcher de le cuisiner dès qu’il le soupçonne de lui cacher des choses.
— Je te croyais à l’étranger, Shane.
— Dès que j’ai appris ce qui s’était passé, j’ai sauté dans le premier avion. Merci de m’avoir appelé, au passage !
— Il n’y a pas de quoi en faire toute une histoire. Je vais très bien, crois-moi. Retourne donc en Amérique du Sud ou là où tu étais pour sauver la planète !
— Rafaëlle, tu es insupportable, lance Rosabella sur un ton de reproche, avant de s’avancer vers Shane pour le serrer dans ses bras.
— Oui, vraiment insupportable, renchérit Shane avec un air de chien battu. Toutefois, il adresse un clin d’œil à Rafe lorsque Rosabella desserre son étreinte. Son ami sait parfaitement mettre Rafe mal à l’aise et il adore ça.
— Tu viens dîner avec nous ? Nous allions partir, demande Martin.
— Avec plaisir ! Cela fait plus de six mois que je n’ai pas vu ma famille préférée. Comment vas-tu, beauté ? plaisante-t-il en caressant la tête de Rachel.
— Je n’ai plus dix ans, Shane. Arrête de faire ça ! aboie-t-elle.
— Désolé, petite. À mes yeux, tu auras toujours douze ans !
— Et Lia ? Elle aussi, elle restera toujours une petite fille ? demande Rachel sur un ton moqueur, mettant sa sœur et Shane terriblement mal à l’aise.
Rafe fronce les sourcils en découvrant la tension entre son meilleur ami et sa sœur. Que se passe-t-il ?
— Shane ? interroge-t-il.
Rafe sent que quelque chose ne va pas : depuis son arrivée, son ami n’a pas regardé Lia dans les yeux. Et maintenant, il évite carrément son regard. C’est sûr, il va devoir avoir une explication avec son ami, aujourd’hui même.
— Alors ? Je croyais qu’on allait manger ? Je viens de traverser la moitié de la planète en avion et je meurs de faim, décrète Shane en riant.
— Oui, avec toutes ces émotions, je n’ai rien pu avaler de la journée. Maintenant que je te sais sain et sauf, l’appétit revient. Allons dans un restaurant avec une belle vue, propose Rosabella, tandis que le groupe approche de la voiture qui les attend.
La famille s’installe à l’arrière de la limousine. Rafe remarque que Lia se glisse à une extrémité du véhicule, tandis que Shane prend place à l’autre bout, le plus loin possible. Il espère réussir à garder son calme jusqu’au moment où il se retrouvera entre quatre yeux avec Shane.
— Alors, où étais-tu ? Et qu’as-tu fait ces derniers temps ? demande Rosabella.
— Oh, rien de spécial. J’ai passé un peu de temps en Amérique du Sud, répond-il, mal à l’aise.
— Rien de spécial ? Tu construis des logements pour des familles qui seraient hébergées sous des tentes, voire qui seraient à la rue sans toi, et tu le fais avec tes fonds personnels, en plus. Et pour couronner le tout, tu as mobilisé un groupe d’investisseurs, qui donnent de l’argent, et aussi de leur temps. Ça n’est pas « rien de spécial » ! déclare Lia.
— Comment se fait-il que mon fils et toi, vous soyez aussi sûrs de vous en affaires et aussi mal à l’aise pour parler de vos activités caritatives et de toutes ces belles réalisations ? Vous devriez le crier sur tous les toits !
— Pour commencer, ça n’est vraiment pas grand-chose. Quand j’étais plus jeune, j’étais égoïste. Je prenais, sans penser à donner en retour. Et puis, s’engager dans des activités caritatives pour recueillir des louanges est absurde. Donner de son temps ou son argent n’a aucun sens si on le fait pour être vu ou félicité. Si j’aime faire du bénévolat à l’étranger, c’est parce que là-bas, les médias ne s’intéressent pas à moi. Quand personne ne sait où je suis, ça me permet de respirer. Ton fils a travaillé avec moi sur plusieurs projets. Il prétend que c’est pour se changer les idées, mais sur le terrain, il travaille comme un forcené, répond Shane, en faisant un signe de tête en direction de Rafe pour lui signifier son admiration.
— En parlant de mon cachottier de fils, sais-tu ce qui se passe entre lui et cette adorable Ari ?
Tournant la tête, Shane croise enfin le regard de son ami, qui lui adresse un signe de tête imperceptible, pour lui demander de ne pas le questionner devant ses parents. En voyant le regard de Shane s’illuminer, Rafe comprend qu’il est cuit.
— Eh bien, je n’ai encore jamais entendu parler d’elle, ce qui signifie sans doute qu’elle plaît à Rafe.
— S’il ne t’a pas parlé d’elle, ça n’est sans doute pas du sérieux entre eux, intervient Martin, un peu perdu.
— C’est là que tu te trompes. Tu vois, Rafe et moi n’avons pas de secrets l’un pour l’autre. Je suis au courant de ses aventures dans les jours qui suivent la rencontre. S’il me cache des choses, c’est qu’il ne sait pas où il en est. Une situation extrêmement rare. On dirait qu’il a enfin rencontré quelqu’un capable de bousculer sa vie parfaitement planifiée, explique Shane avec un grand sourire.
Trop, c’est trop ! Rafe décide de se défendre.
— Si je ne t’ai jamais parlé d’Ari, c’est parce que nous nous connaissons à peine. Oui, je sors avec elle, ou du moins j’aimerais bien. Elle est peu docile, contrairement aux femmes qui me plaisent habituellement, mais elle a beaucoup de qualités, répond Rafe, avant d’entendre sa mère s’étouffer devant la teneur de ses propos.
— Quoi qu’il en soit, ma vie privée ne te regarde pas, Shane. Quant à toi, Maman, si ça devenait du sérieux avec une femme, je t’en parlerais. Le fait est qu’aucune fille ne m’a intéressé depuis bien longtemps – même pas Ari, conclut-il.
— C’est terrible de dire une chose pareille, Rafe, lance Rosabella sur un ton de reproche.
— Parlons d’autre chose. Ce qui m’intéresse davantage, c’est de découvrir pourquoi Shane et Lia s’évitent soigneusement du regard.
Tous les regards se tournent d’abord vers Lia, écarlate, puis en direction de Shane, qui transpire à grosses gouttes.
— Mais non, il n’y a aucun problème, affirme Shane tout en tripotant nerveusement les manchettes de sa chemise.
— Rien du tout ? Et la nuit que vous avez passée ensemble, il y a quelques mois, ça ne compte pas ? intervient Rachel avec un sourire malicieux.
— Quoi ? s’exclame Rafe en regardant son meilleur ami.
— Avant que tu m’étripes, laisse-moi t’expliquer. Nous n’avons pas vraiment passé la nuit ensemble…, commence-t-il.
— Tu as très précisément cinq secondes pour m’expliquer ce qui s’est passé, avant que je t’éjecte d’un véhicule en mouvement et que je demande au chauffeur de te passer sur le corps.
— Écoute… Il y a quelques mois, Lia et moi sommes allés à un gala de charité. Nous avons dîné ensemble, puis pris quelques verres. Nous avons un peu trop bu de ce vin délicieux, avant de prendre encore quelques verres dans ma chambre. Et nous nous sommes endormis. Point final, il ne s’est rien passé.
Un silence de mort emplit la voiture. Puis Shane ajoute :
— Je le jure !
— Papa, ouvre la portière – je vais balancer Shane dehors ! gronde Rafe.
— Quel hypocrite ! Je n’ai pas touché ta sœur et je ne lui ai pas manqué de respect. J’aime beaucoup trop ta famille pour abuser de Lia. Toi, par contre, tu traites les femmes comme des moins que rien. Qui es-tu pour me juger, Rafe ? Je t’adore, mais en matière de femmes, tu te comportes vraiment en salaud, déclare Shane en lançant un regard furieux à son ami.
— Ça te va bien de dire des choses pareilles. Quand as-tu passé pour la dernière fois deux nuits de suite avec la même femme ? Moi, je suis responsable. Je reste avec la même personne pendant trois mois au minimum, rétorque Rafe.
— Tu penses qu’aborder tes relations avec les femmes comme des fusions d’entreprises fait de toi un saint ?
— Il n’y a rien de mal à fixer les règles du jeu.
— Mieux vaut arrêter ici cette discussion, Rafe.
— Tu as sans doute raison. Nous pourrions dire des choses que nous regretterions par la suite.
Rafe regarde autour de lui – un instant, il en a oublié la présence de ses parents. Il n’aime ni le regard réprobateur que lui lance sa mère, ni l’expression pensive sur les visages de ses sœurs.
Pendant le reste du trajet, Rafe reste silencieux. Les choses deviennent de plus en plus compliquées avec Ari et il aimerait être seul pour réfléchir à tout cela. Est-il en train de tomber amoureux ? Certainement pas.
Lorsque la limousine s’arrête, Rafe pousse presque un soupir de soulagement. Dans la voiture, la tension est palpable. De plus, ce qui n’arrange rien, ses sœurs semblent communiquer sans échanger un mot. Depuis qu’elles sont petites, elles ont cette faculté et souvent, cela débouche sur des problèmes.
Une fois tout le monde installé, Rafe remarque que la tension persiste entre Shane et Lia. Vraiment, il faut qu’il prenne son ami à part pour découvrir ce qui se passe. Shane et lui se ressemblent – en matière de femmes, ils font n’importe quoi. Et Rafe n’a pas la moindre envie que Lia se retrouve impliquée là-dedans. De plus, son amitié avec Shane n’y résisterait sans doute pas.
— Tu vas continuer encore longtemps à m’éviter ?
Coincé contre la porte des toilettes pour hommes, Shane reste immobile. Il ne pensait pas que Lia le suivrait jusque-là. Rafe est encore plus suspicieux qu’avant, et va sûrement lui demander des explications.
Si Rafe savait que je fais des rêves mouvementés au sujet de sa sœur, je serais un homme mort…
Après plusieurs secondes de silence gêné, Shane regarde enfin Lia dans les yeux. L’expression qu’elle arbore et sa posture défensive n’augurent rien de bon.
— Lia, ça a été une erreur. Jamais je n’aurais dû t’embrasser ce soir-là – Rafe est mon meilleur ami. Je ne sais pas comment ça a pu arriver.
— Je ne suis plus une gamine, Shane. J’embrasse les garçons que je veux sans l’autorisation de mon grand frère. Si j’en ai envie, je peux même coucher avec qui je veux, lance-t-elle sur un ton de défi.
À ces mots, Shane a envie de se taper la tête contre le mur. La dernière chose qu’il ait envie d’imaginer, c’est Lia en train de coucher avec quelqu’un – à moins que le quelqu’un en question ne soit lui, bien sûr.
— Si tu cherches à me faire sortir de mes gonds, tu es sur la bonne voie – mais je ne suis pas sûr que tu apprécies le résultat, menace-t-il.
— Sortir de tes gonds ? Mais il est impossible de susciter une réaction chez toi ! Tout ce dont le grand Shane est capable, c’est d’afficher une attitude guindée et de l’indifférence. Tu sais quoi ? Je m’en moque éperdument. Je vais aller au bar pour draguer quelqu’un qui osera me regarder dans les yeux, affirme Lia avant de tourner les talons.
Le sang de Shane ne fait qu’un tour et la frustration lui fait oublier toutes ses bonnes résolutions. Il attrape Lia par le bras pour la ramener face à lui. La surprise dans les yeux de la jeune femme cède rapidement la place au désir lorsqu’il l’attire contre lui. C’est une erreur, Shane le sait, mais il ne peut s’en empêcher. Il prend la tête de Lia entre ses mains et l’embrasse sur la bouche.
En découvrant le goût de miel de son baiser, il cesse totalement de réfléchir. Loin d’explorer lentement sa bouche, il a le sentiment d’être un homme affamé qui vient enfin de trouver à manger. Plaquant Lia contre le mur, il presse son corps contre le sien. Sa main descend le long de la nuque de Lia, puis caresse son chemisier, pendant qu’il dévore sa bouche.
Lorsque la main de Shane passe sur ses seins, Lia pousse un gémissement qui provoque aussitôt une érection chez Shane. Il plaque son membre durci contre elle.
Elle répond voluptueusement à ses caresses, l’encourageant à la prendre sur-le-champ. La main de Shane plonge sous le chemisier, où il cherche le soutien-gorge. Il veut sentir sa peau nue.
— Tiens tiens, comme c’est intéressant. C’est sûr, il ne se passe absolument rien entre vous.
En entendant la voix de Rachel, Shane se fige. Il s’écarte d’une Lia écarlate, horrifié en découvrant qu’il a failli lui faire l’amour dans les toilettes pour hommes d’un restaurant.
— Je suis désolé, dit-il avant de tourner les talons et de s’éclipser rapidement par l’arrière du restaurant.
— Ça, c’était une envie pressante !
C’est la dernière chose qu’il entend Rachel dire avant de sortir du restaurant. Il décide d’appeler Rafe plus tard, en inventant une excuse pour son départ précipité. S’il croisait le regard de son ami maintenant, celui-ci comprendrait instantanément ce qui vient de se passer.
Dévoré de culpabilité, il hèle un taxi puis prend la fuite. Lorsque son téléphone se met à sonner, cinq minutes plus tard, il ignore l’appel. Il devra faire face un jour ou l’autre. Mais pour l’instant, il n’est pas prêt. Rafe est son meilleur ami, sa famille. S’il perdait cette amitié, il ne sait pas ce qu’il deviendrait.
Sa situation est désespérée. Même fuir au bout du monde, dans un pays en développement, ne lui a pas permis d’oublier Lia. La jeune femme lui plaît terriblement, mais tout projet avec elle est impossible. Sur le long terme, il sait qu’il lui ferait du mal, car il est incapable de s’engager. Quant à avoir une aventure avec elle, cela n’en vaut pas la peine : il la blesserait, en perdant au passage son meilleur ami. Si seulement il pouvait en convaincre certaines parties de son anatomie, tout irait pour le mieux.
OceanofPDF.com