capitulation volume 1 de la trilogie Surrender
Chapitre 5
5
Surpris, Rafe regarde la main qu’il vient de poser sur le bras mince d’Ari. Il a perdu son calme légendaire et il ne veut pas qu’elle s’en aille. Le plus surprenant, c’est que tout cela lui plaît. Entendre la jeune femme qui l’intrigue décliner son offre lui paraît extrêmement excitant.
Il le sait : il devrait lui souhaiter une bonne journée, terminer son déjeuner en silence et rentrer chez lui. Son assistante appellerait la candidate suivante sur la liste. C’était très simple et très facile. Alors, pourquoi sa main retient-elle le bras d’Ari ? Pourquoi ne s’est-il pas contenté de la laisser partir ? Sans doute est-ce parce qu’il n’a pas souvenir de la dernière fois où on lui a tenu tête – ni une femme, ni un homme d’ailleurs. Tout le monde s’incline devant lui.
Jusqu’à cet instant précis, il ne s’est jamais rendu compte à quel point tout cela l’ennuyait.
Il a le sentiment d’avoir tout accompli, se contentant désormais d’enchaîner les réussites avec un minimum d’efforts. Si le simple fait qu’une femme se refuse à lui suscite plus d’exaltation qu’une énième fusion d’entreprise à plusieurs milliards de dollars, c’est qu’il a vraiment besoin de nouveaux défis…
En même temps, il n’y a pas grand-chose à faire si elle refuse son offre. Jamais il ne forcera une femme et il n’a pas la moindre envie de prendre le temps de faire la cour à qui que ce soit.
Cependant, avec Arianna Harlow, les choses ne sont pas aussi simples. Il se verrait bien la jeter sur son épaule, l’emporter dans sa voiture et la ramener chez lui pour l’attacher au lit avant de la prendre jusqu’au petit matin.
À cette idée, un sourire vorace illumine lentement son visage. Que ne donnerait-il pas pour être un pirate, en cet instant précis ? Cependant, Rafe se dit qu’une nuit ne suffirait pas à étancher son désir – pas avec elle. Peut-être trop de temps s’est-il écoulé depuis sa dernière maîtresse ? L’attirance qu’exerce Arianna sur lui n’est sans doute que de la frustration sexuelle.
— Assise, ordonne-t-il, constatant qu’elle sursaute en entendant le ton glacial de sa voix. Parfait. Elle ne sait pas qui il est vraiment. Tout cela n’est qu’un jeu pour lui, rien de plus – un jeu auquel il ne peut perdre. L’échec n’est pas inscrit dans son ADN.
Il voit diverses émotions se succéder sur le visage de la jeune femme qui fixe sa main. Il sent un frisson parcourir son corps, il sait qu’il ne la laisse pas indifférente. Peut-être n’apprécie-t-elle pas les règles de ce jeu, mais elle le désire. Qu’est-il prêt à faire pour qu’elle l’admette enfin ?
Rien du tout !
Il ne va certainement pas lui courir après. Non. Il va se contenter de terminer son repas. Du moins, c’est ce qu’il se dit. Tout cela n’est qu’un jeu, qu’il doit gagner. Ce n’est pas comme s’il avait vraiment envie de sortir avec elle.
— J’imagine qu’un repas offert, ça ne peut pas faire de mal, déclare-t-elle pour briser le silence.
Puis elle tire sur son bras, pour lui faire remarquer qu’il la tient toujours. Il la lâche, observant la légère marque rouge que ses doigts ont laissée sur sa peau d’ivoire, si douce. Cela le fait frémir et un désir commence à poindre dans le bas de son ventre. Habituellement, il en faut un peu plus que la trace de ses doigts sur le bras d’une femme pour accélérer le battement de son pouls.
À chaque minute qui passe, elle l’intrigue davantage, sans qu’il puisse s’expliquer pourquoi. Certes, elle est belle, mais les jolies femmes ne manquent pas dans son monde. Des créatures sublimes, il en croise tous les jours.
Assise en face de lui, Ari, toujours méfiante, saisit sa cuillère avec laquelle elle se met à jouer, tout en regardant sa soupe. Elle a l’air exquise, mais…
Le serveur réapparaît, apportant le plat principal – des sushis, préparés comme autant d’œuvres d’art. Rafe réprime un sourire en voyant Ari froncer le nez devant les bouchées de riz, de poisson cru et d’algues.
— Euh, non merci, dit-elle au serveur qui, perdu, regarde en direction de Rafe, comme s’il n’avait pas moindre idée de ce qu’il convient de faire.
C’est sans aucun doute la première fois que ce jeune homme voit refuser un plat dans ce restaurant gastronomique.
— C’est parfait, laissez ça ici, lance Rafe au serveur qui quitte la pièce. Ne refusez pas avant d’avoir essayé ! Ce plat est une spécialité rare qui, dit-on, éveillerait le désir féminin. Vous avez déjà entendu parler du fugu ?
Voyant qu’elle secoue la tête, il poursuit :
— Le fugu est aussi appelé poisson-globe ou poisson-ballon. Si le chef commet la moindre erreur dans sa préparation… ce plat devient mortel, ce qui le rend extrêmement excitant à déguster.
— Et pourquoi irais-je goûter ce plat, si ça risque de me tuer ? demande-t-elle, exaspérée, en le fusillant du regard comme s’il avait perdu la tête.
Il glisse un morceau dans sa bouche, savourant la subtile explosion de saveurs sur sa langue. Il a l’habitude de la grande cuisine, mais la peur dans les yeux d’Ari, en le voyant avaler le sushi, donne une dimension presque érotique à cette dégustation.
— Nous sommes tous en quête de sensations fortes, Ari. Seuls quelques très rares chefs parviennent à laisser une infime trace de ce poison mortel sur le poisson, qui provoque un picotement sur les lèvres et la langue. Assez pour éveiller les sens, mais pas assez pour vous tuer. C’est cette part d’excitation qui attire les gens, qui leur donne envie d’essayer et de tenter le destin…
À chacun de ses mots, il voit les sourcils d’Ari se lever un peu plus et ses lèvres former une moue de plus en plus marquée. Observer son visage, si expressif, est un vrai bonheur. S’il est presque blasé par moments, il doit reconnaître que la jeune femme, d’apparence si innocente, le fascine. Il aime la manière dont elle porte ses sentiments à fleur de peau, ce qui permet de lire dans ses pensées.
De nouveau, elle refuse :
— Ne pas vivre dangereusement me va très bien. Je préfère me passer de picotements et être sûre de ne pas mourir.
Rafe déteste qu’on lui refuse quoi que ce soit. Et là, les refus se succèdent… Vraiment, il devrait mettre fin à ce petit jeu et s’en aller. Pourtant, il n’a pas envie de se déclarer vaincu. Pourquoi ? Peut-être à cause de cet éclat dans les yeux de la jeune femme, de la manière dont elle a frissonné lorsqu’il a saisi son bras, ou bien tout simplement parce qu’il a envie de la soumettre.
Il ignore la réponse à cette question, mais pour une obscure raison, il n’est pas prêt à la laisser partir. Ce petit jeu ne doit pas s’arrêter là. Pas avant qu’elle se soit soumise. Une fois qu’elle aura accepté de se plier à ses volontés, elle l’ennuiera, comme toutes les autres.
— Je ne renonce jamais, Ari. Les choses seraient beaucoup plus simples si vous acceptiez de goûter. Vous l’avez vu, j’en ai mangé et je suis toujours en vie.
L’expression sur le visage d’Ari semble indiquer que ça n’est pas forcément une bonne chose à ses yeux. Il réprime avec difficulté une envie de rire.
À l’aide d’une cuillère, il verse un peu de sauce sur la spécialité, puis il prend une petite bouchée sur une fourchette qu’il lui tend.
— La sauce met en valeur le parfum, ce qui rend la chair divine. Allez-y, goûtez… juste une bouchée, souffle-t-il d’une voix douce, pour la tenter.
Malgré le regard suspicieux qu’elle lui jette, il voit qu’elle commence à changer d’avis. Finalement, elle semble plus facile à convaincre qu’il ne l’a tout d’abord cru. Lui enseigner des choses pourrait se révéler exquis, pour elle et pour lui.
Avec une légère hésitation, elle entrouvre les lèvres, juste assez pour lui permettre d’y glisser la petite bouchée. Après avoir déposé la chair translucide sur la langue d’Ari, il regarde ses lèvres se refermer autour de la fourchette qu’il retire lentement. Son nez se fronce lorsqu’elle mâche, puis ses yeux s’éclairent en découvrant l’explosion de saveurs sur sa langue. Elle finit sa bouchée, puis prend une gorgée de vin.
— Bon, d’accord, ça n’était pas si terrible que ça, mais je ne suis pas certaine d’avoir envie de renouveler l’expérience. La peur enlève tout le plaisir, même si effectivement, la saveur était exquise. Je vais peut-être goûter d’autres sushis, moins dangereux. L’idée de manger du poisson cru m’a toujours effrayée, explique Ari en fronçant de nouveau le nez – une mimique adorable qui fait sourire Rafe.
— Eh bien, le fugu est le seul poisson sur cette assiette susceptible de vous tuer. Essayez le hamachi. C’est préparé avec de la sériole grillée et de la crevette, ça devrait vous plaire.
Avec un soupir, la jeune femme goûte le sushi raffiné, puis sourit. Elle poursuit sa dégustation jusqu’à la dernière bouchée, sans protester. Une fois son assiette vide, elle prend son verre de vin blanc, en se disant qu’il est bien agréable de déguster un nouveau vin avec chaque plat.
— C’est le meilleur vin que j’aie jamais goûté – non que j’aie une grande expérience de l’alcool. Ma mère m’a autorisée à boire un verre à la fête du lycée, quand j’ai passé mon bac, puis j’ai pris quelques verres à des dîners, mais je ne suis pas une connaisseuse. Après une expérience désastreuse, je préfère m’abstenir de boire de l’alcool, sauf circonstances exceptionnelles. Mais j’ai des amis qui sauraient reconnaître le millésime et le cru de chacun de ces vins. Ils sont indéniablement bien meilleurs que ce truc horrible que j’ai bu, la dernière fois que j’ai consommé de l’alcool.
Rafe se penche en arrière sur sa chaise, tandis qu’Arianna continue à bavarder nerveusement, pendant quelques minutes. Il aime bien le son de sa voix, même s’il n’écoute pas la moitié de ce qu’elle raconte. Pendant la demi-heure qui suit, ils discutent de tout et de rien, mais Rafe ne s’ennuie pas une seconde. Elle l’intéresse de plus en plus.
Le serveur leur apporte d’autres plats, les uns après les autres, et Rafe apprécie l’excitation qu’il lit dans les yeux d’Ari en découvrant chaque assiette. Elle a cessé de froncer le nez. Eh bien que certains ne soient pas à son goût, elle goûte tous les plats avec enthousiasme.
— Merci beaucoup, monsieur. Finalement, j’ai passé une bonne soirée. J’ai découvert des choses que je n’aurais jamais pensé avoir envie de goûter. Désolée d’avoir décliné la… proposition d’embauche, mais cela ne m’a pas empêché de passer un moment agréable. Cela m’a même permis d’oublier mes soucis un instant. Mais la vraie vie m’appelle et je dois y retourner.
Rafe ressent une légère irritation en constatant qu’elle refuse de l’appeler par son prénom, même après ce dîner en sa compagnie. Il s’efforce d’oublier cette contrariété et se lève pour l’aider à mettre sa veste.
Lorsque ses mains effleurent les épaules d’Ari, il ressent de nouveau ce frisson qui parcourt son corps. Il a envie d’explorer ses courbes cachées, de toucher sa peau douce, de découvrir si son goût est aussi exquis que son parfum.
— Moi aussi, j’ai passé une excellente soirée, Ari. Peutêtre accepterez-vous de reconsidérer mon offre d’emploi, murmure-t-il en se penchant en avant, afin qu’elle sente son souffle chaud sur la nuque. Il constate avec satisfaction que sa peau réagit – le corps d’Ari n’arrive pas à cacher le plaisir que lui procure son contact.
Rafe ne résiste pas à la tentation de se pencher en avant pour mordiller délicatement la peau douce de son cou avant d’y passer sa langue, ce qui incite Ari à s’appuyer un instant contre lui.
Sans lui laisser le temps de la prendre dans les bras et de plaquer son corps durci contre elle, la jeune femme se raidit et s’écarte de lui.
— N’y pensez pas. Merci encore pour le dîner, mais il faut vraiment que j’y aille, répond-elle en quittant la pièce.
Rafe jette plusieurs billets de cent dollars sur la table, puis emboîte le pas à son invitée qui est déjà sortie du restaurant. De ses longs pas mesurés, il la rejoint sur le trottoir.
— Et comment aviez-vous prévu de rentrer, Ari ? C’est mon assistant qui vous a amenée ici. De plus, je mets un point d’honneur à raccompagner mes invitées après un rendez-vous, insiste Rafe en la saisissant par le bras pour la retenir.
Avec satisfaction, il voit la surprise se peindre sur son visage.
– Cela ne sera pas nécessaire, monsieur Palazzo, dans la mesure où il ne s’agit pas d’un rendez-vous. Il y a un arrêt de bus plus bas, réplique-t-elle.
— Le quartier n’est pas sûr pour une femme, la nuit. Hors de question que vous preniez le bus.
— Cela fait un bout de temps que je vis dans cette ville et je me débrouille parfaitement toute seule. Je n’ai besoin de personne, raille-t-elle en tentant de dégager son bras.
— Je n’en doute pas, Arianna. Mais pourquoi refusez-vous qu’on s’occupe de vous ? Je suis extrêmement prévenant avec les femmes, répond-il en la plaquant contre le mur de briques du restaurant.
— Je fais ce que je veux. Maintenant, lâchez-moi, lance-t-elle.
Lorsque son regard tombe sur la bouche de Rafe, sa voix se met trembler. Même s’il s’est fixé pour règle absolue de ne plus jamais embrasser qui que ce soit – trop impliquant –, le jeune homme se surprend à avoir envie de dévorer sa bouche rose et naturellement charnue. À deux doigts de flancher, il se penche vers elle.
À l’instant où leurs lèvres s’apprêtent à se rejoindre, une bande d’adolescents éméchés passe à leur hauteur et l’un des garçons les bouscule, brisant la magie de l’instant. Ari en profite pour échapper à son étreinte et avancer sur le trottoir. Rafe la rattrape alors qu’elle se dirige vers l’arrêt de bus mal éclairé.
— Je commence à en avoir assez de te courir après, Arianna. Si je décrète qu’il n’est pas question que tu prennes le bus, tu ne le prendras pas, point final. Personnellement, ça ne me gêne pas de faire un esclandre, mais vu que tu chuchotes pour m’incendier, j’imagine que toi, ça te dérange. Par conséquent, soit tu me suis sagement, soit je te porte sur mon épaule pour te traîner jusqu’au restaurant. À toi de voir, dit-il sèchement.
À ces mots, Ari a un mouvement de recul.
— Vous ne feriez pas une chose pareille, souffle-t-elle en se tournant pour regarder autour d’elle.
Sur le trottoir, plusieurs personnes avancent dans leur direction. Au loin, Rafe voit le bus arriver. Il est hors de question qu’Ari prenne les transports en commun. Hors de question.
— Je ne vais pas me gêner. En plus, ça m’amuserait follement. Je compte jusqu’à trois. Un… deux…
— C’est bon, c’est bon, j’accepte de me laisser raccompagner, lâche-t-elle à contrecœur, au moment où Rafe tend les bras dans sa direction pour l’attraper.
Elle fait demi-tour vers le restaurant, en grommelant une phrase au sujet de ces hommes prétentieux qui feraient bien d’avoir un peu plus de maîtrise d’eux-mêmes.
Un sourire se dessine sur les lèvres de Rafe qui fait mine de ne rien avoir entendu. Elle n’a pas idée du self-control dont il fait preuve en sa présence ! Ce soir, il avait prévu de l’amener à l’appartement qu’il lui destine, de la prendre et de l’initier à son univers.
Pourtant, Rafe sait que les choses ne se passent pas toujours comme prévu. Il est rare qu’il soit contraint de changer ses projets. Visiblement, pour aller plus loin avec Ari, c’est ce qu’il va devoir faire – ce qui lui paraît tout à fait envisageable.
Dans la voiture, elle refuse de lui adresser la parole. Elle ne lui fournit pas la moindre indication sur l’itinéraire, et il ne lui en demande pas – il connaît son adresse, tous deux le savent.
Le trajet s’effectue en silence. Arrivé devant chez elle, Rafe se gare sur le parking mal éclairé. D’un bond, Arianna sort de la voiture, mais Rafe lui emboîte le pas. Hors de question qu’elle rejoigne son appartement toute seule. Il la voit farfouiller avec ses clés et se battre avec sa serrure, avant d’ouvrir la porte. Rafe attend d’avoir entendu la serrure se refermer pour partir. La nuit promet d’être longue et douloureuse…
Sur le trajet du retour, il ressent un mélange d’irritation et d’excitation. Ari ne ressemble pas aux autres femmes qu’il a fréquentées. À cet instant précis, il décide qu’elle ne lui échappera pas. Laisser tomber à ce stade le hanterait jusqu’à la fin de ses jours. Ensemble, ils pourraient faire des étincelles.
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