capitulation volume 1 de la trilogie Surrender
Chapitre 26
26
— Si vous n’allez pas chercher un fauteuil roulant sur-lechamp pour m’emmener voir ma fille, je vous jure que je vais trouver un objet tranchant, que je planterai dans l’œil de la première personne qui me touchera !
— Entendu, Sandra. Je vais vous conduire auprès d’Ari.
Rafe ne peut réprimer un sourire amusé en voyant Sandra, si frêle, menacer l’aide-infirmier de cent kilos. Le plus drôle, c’est que celui-ci semble intimidé.
— Ah, voilà enfin une personne raisonnable, lance-t-elle en faisant glisser ses jambes sur le bord du lit.
— Laissez-moi vous aider. Ainsi, vous garderez toute votre énergie pour la visite. Ari a elle aussi menacé le personnel de l’hôpital ces derniers jours. Je vois de qui elle tient son caractère.
— Je suis contente que vous m’emmeniez voir ma fille, mais ne me cherchez pas trop ! J’ai mal partout, mon Ari chérie a été blessée par balle et ces idiots de médecins me répètent que je dois rester au lit, pour mon bien. Je ne suis pas d’humeur à supporter des plaisanteries. Ce que je veux, c’est voir ma fille, et tout de suite ! cingle-t-elle en soutenant le regard de Rafe.
Il admire Sandra – et ça, c’est un problème. Il n’en doute pas une seconde, elle mettra sa menace à exécution si elle n’obtient pas gain de cause, tout comme sa propre mère couperait en deux quiconque oserait s’interposer entre elle et ses enfants. Ces deux femmes se ressemblent étrangement…
— Vous avez des origines italiennes, madame Harlow ? demande-t-il en l’aidant à s’installer dans le fauteuil roulant.
— Je n’en sais rien. Pourquoi ?
— Vous êtes une passionnée. Ça témoigne de racines fortes, répond-il en poussant le fauteuil roulant dans le couloir.
Il le sait, personne n’osera s’opposer à son initiative, même si les médecins jugent préférable que Sandra attende un jour de plus pour se lever. Quand Rafe décrète qu’une chose est possible, alors dans cet hôpital cela devient possible.
— Ah, Rafe, nous avons tous de la passion en nous, même si nous ressentons rarement le besoin de l’exprimer. En règle générale, je suis plutôt calme et sereine. Mais le personnel devrait savoir qu’il ne faut jamais séparer une mère de son enfant. Ari a grandi dans mon ventre, j’ai protégé son petit corps fragile, puis j’ai mis au monde un bébé parfait. Je ne serai pas toujours là pour veiller sur elle, mais je déconseille à quiconque de lui faire du mal en ma présence. Cancer ou pas, ma fille passe avant tout le reste. Un peu d’inconfort ne va pas me tuer. D’ailleurs, je commence à croire que rien ne pourra m’anéantir.
— Je suis d’accord avec vous ! Vous avez traversé plus d’épreuves que la plupart des gens ne pourraient en supporter et vous restez une battante. Ne baissez jamais les bras, conseille-t-il, tandis qu’ils arrivent à l’étage d’Ari.
— Vous savez, Rafe, je prends plaisir à nos petites discussions. La plupart du temps, vous vous cachez derrière un masque impassible, mais je discerne une flamme sous la surface. Vous ne le savez peut-être pas, mais vous êtes quelqu’un de bien.
Rafe manque s’arrêter net en entendant ces mots. Si elle découvrait ses projets concernant sa fille, elle ne parlerait pas ainsi. Les mères comme elles ont tendance à vouloir tenir les hommes comme lui à l’écart de leurs filles. C’est pour cela qu’il ne recrute jamais des femmes dont les mères ressemblent à celle-ci. Elles dispensent une éducation qui peut faire naître chez leurs filles des idées idiotes, idéalistes, sur l’amour.
Un sourire ironique illumine son visage lorsqu’ils entrent dans la chambre d’Ari. Celle-ci se raidit, puis se détend en apercevant sa mère, esquissant son premier sourire depuis la fusillade. Peut-être est-il inutile de s’inquiéter qu’Ari tombe amoureuse de lui ? Elle se montre aussi hostile en sa présence qu’elle l’était à leur rencontre.
Par conséquent, il n’a pas à se sentir coupable de quoi que ce soit. Lorsqu’elle a accepté de se donner à lui, elle ne se faisait aucune illusion sur le genre d’homme qu’il est.
Il approche le fauteuil roulant de Sandra du lit, puis quitte discrètement la chambre. La mère et la fille ont besoin de passer du temps toutes les deux, et il n’a aucune envie de s’immiscer dans leurs retrouvailles. Il doit endurcir son cœur pour se préparer au bras de fer qui va l’opposer à Ari.
— Je suis contente de te voir, maman. Je me suis fait tellement de soucis pour toi.
— Et moi donc ! Comment te sens-tu ?
— Ça va beaucoup mieux. Ma poitrine me fait toujours mal, mais c’est supportable. L’important, c’est comment toi, tu vas. Le médecin m’a dit que l’intervention s’est bien passée, mais ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment tu te sens, sans tous les détails techniques dont il m’a abreuvée.
— Il n’y a pas grand-chose à dire. L’infection a été maîtrisée et les médecins n’ont pas découvert de nouveau cancer. Je serai peut-être encore un peu faible pendant un mois environ, mais les médecins m’assurent que je vais pouvoir rentrer rapidement à la maison. Tu n’imagines même pas à quel point j’ai hâte de retrouver mon lit. Toutes les plantes ont dû dépérir, mais j’en replanterai, ça m’occupera en attendant de pouvoir retourner travailler à la boutique de fleurs.
À ces mots, le cœur d’Ari s’accélère. Le moment est venu d’avouer que la maison et le magasin de fleurs ont été vendus. Depuis que sa mère est sortie du coma, elle s’efforce de la préserver, mais n’est-il pas pire de lui donner de faux espoirs ? Ari ouvre la bouche, mais aucun son n’en sort. Non, il lui est impossible de briser le cœur de sa mère maintenant.
— Je suis contente que tu sois aussi positive, maman, chuchote-t-elle enfin, la gorge nouée par l’émotion.
— Oh, pardon ma chérie. Je suis là, en train de jacasser et de te parler de mes projets, alors que tu vas si mal. Je suis une mauvaise mère, dit-elle en passant la main dans les cheveux de sa fille pour les rabattre en arrière, comme elle le fait depuis toujours.
Ce geste fait monter les larmes aux yeux d’Ari.
— Non, maman. J’adore t’entendre faire des projets. J’avais si peur que nous n’en ayons pas, et c’était la pire perspective au monde. Jamais je n’y arriverai sans toi, sanglote-t-elle.
— Arianna Lynn Harlow, je ne veux plus jamais t’entendre dire des choses pareilles. Tu es le plus précieux des cadeaux que la vie m’a confiés, ma raison d’être. Le monde pourrait s’écrouler autour de nous, voire m’emporter, peu importe, du moment que je sais que tu vas bien. Les parents ne devraient pas survivre à leurs enfants, ce n’est pas dans l’ordre des choses. Quand mon heure viendra, promets-moi que tu continueras à croquer la vie à pleines dents, dit Sandra.
— Impossible, maman.
— Bien sûr que tu y arriveras. Je t’ai élevée pour faire de toi une battante. Quelles que soient les épreuves de la vie, nous les surmontons et nous retombons sur nos pieds. Quand j’ai appris qu’un forcené t’avais tiré dessus, cela a été la pire frayeur de ma vie. Je n’arrive pas à croire que quelqu’un ait osé te faire du mal. Tu es toute ma vie. Chaque jour depuis que j’ai appris que j’étais enceinte, j’ai remercié le Ciel de t’avoir auprès de moi.
— Maman, si tu continues à dire ce genre de choses, je n’arrêterai jamais de pleurer. Moi aussi je t’aime, plus que tu ne peux l’imaginer. Cette année a été vraiment difficile, mais tout est en train de s’arranger.
Le moment serait bien choisi pour lui annoncer la vente de la maison et du magasin. Sa mère serait triste, c’est certain, mais elle comprendrait qu’Ari n’a pas eu le choix. Une fois de plus, les mots refusent de sortir de sa bouche. On frappe à la porte.
— Bonjour, j’espère que nous ne vous dérangeons pas ?
Ari et Sandra tournent la tête vers la porte, où elles découvrent Rosabella, Lia et Rachel, les bras chargés de fleurs et d’une immense boîte de chocolats.
— Quiconque apporte du chocolat est le bienvenu dans ma chambre, de jour ou de nuit, répond Ari avec un sourire baigné de larmes.
— Voilà une réponse qui me plaît ! Comment vous sentez-vous ? demande Rosabella en posant les chocolats sur la table d’Ari.
— Beaucoup mieux. Le médecin dit que mon niveau de fer est trop bas et que ma tension doit remonter, mais je le soupçonne de chercher la petite bête. La solution, c’est une bonne dose de chocolat, répond-elle en ouvrant la boîte.
Elle choisit un chocolat, le glisse dans sa bouche puis pousse un soupir de satisfaction en sentant la confiserie onctueuse fondre sur sa langue.
— Désolée, je manque à tous mes devoirs. Quand je vois du chocolat, j’oublie tout ! Maman, je te présente Rosabella, Rachel et Lia, la famille de Rafe. Je vous présente ma mère, Sandra, dit Ari d’un air penaud en finissant de mâcher et en avalant son chocolat.
— Ravie de faire votre connaissance. Merci d’être aussi gentilles avec ma fille.
— Moi aussi, je suis enchantée de vous rencontrer. Vous avez une fille extraordinaire, répond Rosabella en secouant la main de Sandra.
La conversation s’engage, puis Sandra se tourne vers Ari en souriant et se penche vers la table.
— Dis donc, tu pourrais partager tes chocolats, propose Sandra en écartant la main d’Ari pour prendre elle-même un chocolat.
Après avoir croqué dans la confiserie, elle affiche la même mine ravie que sa fille.
— Nous avons choisi une très grande boîte pour que tu puisses en proposer à tout le monde, décrète Rachel en s’installant sur le lit avant de se servir.
— Rachel, ces chocolats ne sont pas pour toi, voyons, lance Rosabella à sa fille d’un ton de reproche.
— Si je termine tout ça, intervient Ari, il va falloir me trouver un plus grand lit. Merci de cet adorable cadeau. Je vous en prie, dégustons-les ensemble.
— Allons-y alors ! dit Lia en s’asseyant au pied du lit, avant de se pencher en avant pour se servir. Tu as bien meilleure mine aujourd’hui. Je parie que tu vas bientôt pouvoir rentrer chez toi.
— Je l’espère. Je me demande si votre frère ne soudoie pas le personnel pour me garder ici contre ma volonté, afin de me punir de ne pas lui obéir, déclare Ari sans réfléchir.
— Ne pas lui obéir ? Et que veut-il donc t’obliger à faire ? demande Rachel avec un sourire.
— Oh, un truc cochon, j’imagine, enchérit Lia en éclatant de rire.
— Les filles, vous êtes insupportables, gronde Rosabella.
Le visage d’Ari devient écarlate, tandis qu’elle prend conscience de sa gaffe. Impossible de leur dévoiler quoi que ce soit.
— On ne reçoit pas beaucoup de chaînes dans cet hôpital. Si l’une de vous suit la série Supernatural, racontez-moi les dernières péripéties de Sam et Dean. J’adorerais me transformer en vampire, juste pour affronter ces deux beaux gosses.
La stratégie d’Ari fonctionne à merveille. Cette remarque qui lui ressemble si peu surprend tout le monde, faisant oublier ce qu’elle a dit au sujet de Rafe.
— Eh bien, Dean s’est encore mis dans le pétrin…
Ari se penche en arrière pour écouter Lia lui raconter les aventures des garçons de Winchester. Fan de cette série, elle a un faible pour ces deux frères sexy. Qui pourrait lui en tenir rigueur ?
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