Corps flottants
C'est drôle…
C’est drôle, ma mère, déjà sénile et qui avait totalement perdu la tête et la mémoire, se souvenait parfaitement de séquences très anciennes de sa vie. Son enfance. Son chien, Mennis, que son frère (devenu fou bien avant elle et mort suicidé à l’hôpital psychiatrique) avait jeté dans une mare. Et j’ai le cœur serré, car, de ça, je me souviens, et donc, du chien de ma mère et de son chagrin, je me souviens, mais si peu de ma propre enfance. Peut-être n’a-t-on pas le même Alzheimer.
Ce qu’il ne faut pas faire, mais je le ferai. Fouiller Internet, vouloir retrouver, réparer en quelque sorte. Ce que j’ai entrepris en cherchant les photos de mon ancien lycée. Je doute de ce que je vois. Je ne doute pas de mon oubli, qui reste donc, finalement, un point stable dans le vertige permanent.
Je vais aller vers le Cambodge disparu par les chemins qui sont les miens selon une forme de persistance rétinienne, ce qui obstinément demeure et raye le champ du conscient.
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