Corps flottants

Jane Sautière · Chapitre 30 sur 40

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Corps flottants

Très longtemps après…

Très longtemps après (j’ai cinquante et un ans), dans une vie apaisée, je demande le divorce. Une femme, la maire, nous avait mariés, une autre, la juge, nous sépare.

L’attente longue au tribunal de grande instance de Lyon où je vivais à cette époque. Je regarde ses chaussettes. Tout à coup me revient toute cette intimité qu’il y avait entre nous, nos corps-à-corps, les poils de ses jambes me piquaient la nuit, la persistance de son corps contre le mien, comme une empreinte.

La phrase de la juge : « Votre divorce est prononcé », mais était-ce cela ? Prononcé, oui je crois, la déclaration par une autorité, recouverte par la phrase initiale qui est aussi une déclaration et qui est restée inoubliable : « Je vous déclare unis par les liens du mariage. » Les deux fois, ces phrases solennelles qui s’incarnent et fondent nos vies symboliques.

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