Corps flottants
Il y a quelques années…
Il y a quelques années, j’ai vu des danseurs de Butô. L’un d’entre eux a tourné sur lui, vite, corps droit, blanc comme un cocon de soie, bras collés au corps. Mouvement si rapide qu’il a été presque imperceptible. Un peu de la poudre blanche dont il était recouvert est restée en suspension dans l’air quelques secondes. Pareille à un fantôme, trace légère dont on pouvait douter comme du mouvement qui l’a fait naître. Nous aurions pu être les inventeurs de cette hallucination, égarés par le geste.
Il faudrait que les corps flottants soient cela, un doute sur l’existence de ce qui nous a animés, la survivance d’une danse, d’une joie, d’un sourire, de ce qui aussi a été là, sans retour possible, mais présent et fragile, nous laissant incertains.
De la matière non matière (une ombre ?) reste le flottement. On ne peut jamais voir les corps flottants, ils sont là, on déplace le regard vers eux et ils se déplacent tout pareil.
Accepter cette approximation et donc l’échec inéluctable de les écrire. Se demander comment rendre compte de l’intensité des choses disparues. Vacillation plus vraie que les certitudes, plus stable que les credo, plus fidèle à nos vies.
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