Correspondance - Tome III
À Ernest Feydeau ............................................................ 43
Tu as oublié dans mon gîte : 1° une boîte d’allumettes ; 2° un mouchoir de poche ; 3° ton filtre à café.
Adieu, je t’embrasse.
À ERNEST FEYDEAU
[Croisset,] lundi 18 [juillet 1859].
Eh bien ! vieux lubrique, vieux Valmont, vieux Cardo-ville, infect Noirceul et père Jérôme, souilles-tu suffisam-ment le département de la Haute-Garonne ? Emplis-tu les ravines des éjaculations de ton indomptable broquette ? Combien de chèvres as-tu déshonorées, combien de camé-ristes séduites, de pâtres violés et de tables d’hôte éblouies ? Tu dois être bien là-bas, parlant javanais, avec tes grandes guêtres et ton costume espagnol ?
Terrifies-tu les bourgeois ? Soutiens-tu un peu les prin-cipes ?
J’éclate de curiosité relativement à cette chose forte que tu as faite avant ton départ de Paris. Et je te ferai, à ce pro-pos, observer, mon bichon, que tu m’as écrit un mot qui ne l’était pas (fort) : « Cela ne s’écrit pas. » Mais tonnerre de Dieu, tout s’écrit ! au contraire ! Plus une chose est forte, plus on doit l’écrire. Et le style, qu’est-ce que nous en fai-sons ? Feydeau, tu faiblis ! tu n’es qu’un homme !
Et à moi aussi la pine me brûle ! bien que je n’aie pas eu de chaude-pisse. Par ces chaleurs atroces, mon cher Mon-sieur, lorsque je vais pour expectorer mes urines le canal me
– 43 – cuit d’une façon outrageante ! c’est peut-être le désir qu’a mon vi d’avoir quelque rafraîchissement !