Correspondance - Tome III
À Ernest Feydeau ............................................................ 55
Tes maux d’estomac viennent de tes cigarettes, fume donc des chibouks, foutu âne ! tes cigarettes m’agacent, ça manque complètement de galbe !
Procure-toi le numéro du 18 août de la Revue de l’instruction publique, journal du sieur Hachette ; il y a de-dans un article qui nous concerne : Arcades ambo.
J’ai envoyé une carte à Sainte-Beuve, l’a-t-il reçue ?
Adieu. Travaille bien.
À ERNEST FEYDEAU
[Croisset,] dimanche soir [11 septembre 1859 ?]
Mon pauvre Vieux,
Tu m’as l’air bien triste et bien désolé ! Nous sommes tous en grande inquiétude de ta pauvre femme ! Qu’a-t-elle donc ? Je croyais qu’elle allait mieux ? c’est peut-être le voyage qui l’a fatiguée ? et elle va se remettre ?
Bien que je n’aie pas écrit cette semaine, j’ai fort songé à toi. Mais je n’ai pas eu une minute pour t’envoyer un mot. – Sans compter que j’ai été malade moi-même pendant deux jours. – Par suite d’un accès de rage littéraire contre ma propre personne.
J’ai eu Bouilhet pendant dix jours (il est parti d’hier). Nous avons fortement travaillé, et j’ai eu les nerfs un peu ébranlés. Je ne deviens pas gai non plus, mon pauvre vieux,
– 55 – et il y a des jours où je me sens brisé comme si je sortais d’un engrenage.