Correspondance - Tome III
À Aglaé Sabatier .............................................................. 44
Je n’ai reçu du sieur Amyot aucun papier.
Travaille ton plan au milieu des monts et pense à ceci que je livre à tes méditations. L’histoire vraie ne signifie rien. Change, raccourcis, allonge ! Et ne te préoccupe pas de re-produire exactement les faits ou les caractères. Et puis, mon vieux, prends garde : tu as déjà dans Daniel, un duel, un in-cendie, des tempêtes et une mort dans un tombeau. Tu vas avoir, dans Catherine, un enlèvement classique. Atténue-le d’avance. Autrement tu rentrerais dans la spécialité des grands effets, ce qui va un peu avec les pensées fortes ?
J’aurai dans une quinzaine fini mon Ve chapitre ; restent encore dix ! Et avant de passer au VIe je vais revenir sur le IVe qui décidément m’embête.
Adieu, vieux. Amuse-toi. Mes souvenirs affectueux à ton compagnon. Vous touchez-vous ?
À AGLAÉ SABATIER
[Juillet-août 1859 ?]
Chère Présidente,
Je n’entends jamais parler de votre belle personne. – Et j’y rêve souvent. La présente est donc pour vous demander de vos nouvelles et vous dire qu’on est toujours votre es-clave indigne.
Pendant l’hiver, je me précipite chez vous tous les di-manches. – Et puis je reste des mois sans savoir si vous vi-
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Pourquoi poser toujours et affecter une indifférence que l’on n’a pas ? Quand on vous connaît et qu’on vous a un peu fréquentée, on vous aime trop pour vous oublier ! Vos grâces, belle Présidente, sont comme des laisses à chien qui retiennent les gens. Nous sommes ainsi une bande de tou-tous. La suite de la comparaison me mènerait dans l’obscénité. J’arriverais bientôt au Portugal.
Donc, que devenez-vous ? Vous embêtez-vous ? Oui, n’est-ce pas ? Mais est-ce beaucoup, ou bien comme à l’ordinaire ?
Et Mac-Ha-Rouilh ? Restez-vous à Paris tout l’été ? Il fait chaud ces deux derniers mois. Et j’imagine que vous avez maintes fois plongé votre beau corps de femme dans les ondes de la Seine. La tribade, comme [elle] a dû jouir sous vous ! et que j’aurais voulu être à sa place ! Pardon, je crois que j’ai lâché un gros mot ! C’est un cri du cœur.
Quant à moi, belle Présidente, si vous tenez à savoir ce que je suis devenu, apprenez que j’ai vécu comme une huître. – Selon ma coutume. J’ai assez travaillé. Qu’est-ce que tout cela vaut ? Je n’en sais rien. Que c’est difficile d’écrire ! Ça vous assomme et vous amuse tout à [la] fois, car ainsi que l’a chanté notre immortel Casimir Delavigne (ce vieux mufle) :
L’étude après l’amour est le plus doux des maux.
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