Correspondance - Tome III
À Jules Duplan .................................................................. 72
Ma mère me charge de te dire combien elle te plaint ; elle a si profondément passé par là !
Adieu, mon pauvre vieux, bon courage.
Je t’embrasse.
À JULES DUPLAN
[Croisset, 17 ? octobre 1859.]
Homme aimable !
Je t’attends aux fêtes de la Toussaint. Tu es spéciale-ment convié par ma nièce à embellir de ta présence notre modeste asile. – Nous ferons des horreurs à la fête des morts. Quelle excitation ne puise-t-on pas dans les pompes du ca-tholicisme ! « Ô mes amis, c’est à l’abri des autels, etc. » Je te ferai lire un autre ouvrage, et dans lequel il n’y a que des principes, puisque tu les aimes.
J’aurai fini cette semaine mon VIe chapitre. Il m’en reste encore huit ! Agréable perspective ! Sais-tu ce que je cherche par-dessus tout ? – Des supplices. Le bourgeois aura le tem-pérament robuste s’il avale tout ce que tu lui verses de sang,
– 72 – de tripes, de lèpre, de bêtes féroces, et de religion. « c’est un livre d’un dessin farouche et extravagant. »
J’ai vu aujourd’hui le jeune Crépet. Toujours le même ! Excellent môme. Mais quel incroyable bonhomme ! quel crâne !
L’engueulade du Figaro sur About et Suttières ne m’a pas plus satisfait que la réponse dudit About à M. d’Orléans. Ce n’était pas cela qu’il fallait dire . Sont-ils bons, les évêques ! À ce qu’il paraît que le père Gide devient colossal d’impiété. Tout cela est bien farce.
Je vois avec plaisir, mon cher Monsieur, que tu fais des progrès dans les arts. Tu es pénétré des bons auteurs. Tu as tout à fait le style du maître, mêmes coupes, mêmes épi-thètes, par-ci par-là une pensée forte, de la philosophie, du coloris , de l’élégance, et de la délicatesse. Très bien, jeune homme !
Ah ! tu viens dans quinze jours, mon pauvre vieux. Ça me fera du bien ! Nous taillerons une soignée bavette ! Écris-moi l’heure de ton arrivée pour que j’aille te chercher à la gare.
Adieu, je t’embrasse, et ne manque pas, sacré bougre !
À toi.
La petite farce sur les fils de Berquin est charmante. – Ce Pollet, n’est-ce pas le graveur ?
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