Correspondance - Tome III

Gustave Flaubert · Chapitre 23 sur 50

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Correspondance - Tome III

À Ernest Feydeau ............................................................ 46

Ah ! l’Amour ! autre impossibilité ! Comme tout cela est triste !

Vers la fin de novembre, enfin, j’espère vous revoir et derechef vous fatiguer de ma compagnie. En attendant, je vous baise les mains bien longuement. Amitiés aux amis, et à vous mille tendresses.

Croisset, près Rouen [dimanche].

 

À ERNEST FEYDEAU

[Croisset,] mercredi 3 [août 1859].

Ta sacrée queue te mènera au tombeau, mon bon-homme. Tu commences à avoir des infirmités de vieillard, résultat funeste de tes débauches précoces. Prends garde, jeune homme. Prends garde, tu es sur une pente ! La pros-tate s’affaiblit, ça va gagner la moelle épinière. D’ici à six mois tu pisseras dans ta culotte. Les érections vont devenir rares, horizontales d’abord, puis obliques. Bref, si tu ne mets pas d’eau dans ton vin ou pour parler plus clairement si tu ne te résignes pas à moins honorer Paphos, tu t’en trouveras mal, prochainement.

Et engueuler l’Être suprême ne sert à rien, ou de rien, parce que pour s’adresser aux gens il faut au préalable les connaître. Or comme on ne connaît pas l’Être suprême, tu ferais bien de le laisser tranquille et tu ferais beaucoup mieux d’engueuler le suprême cochon qui est Feydeau.

Mais, misérable, si tu répands ainsi toujours ton foutre, il ne t’en restera plus pour mettre dans ton encrier. C’est là (l’encrier) le vrai vagin des gens de lettres.

 

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