Correspondance - Tome III
À Madame Jules Sandeau ............................................. 60
Je ne retournerai pas à Paris avant Noël. Ma mère me précédera de six semaines probablement.
Adieu, mon cher vieux.
Je t’embrasse tendrement.
À MADAME JULES SANDEAU
[Croisset,] samedi 30 septembre [1er octobre 1859].
Je suis tout étourdi et ébloui par les deux nouveaux vo-lumes d’Hugo, d’où je sors à l’instant. J’ai des soleils qui me tournent devant les yeux et des rugissements dans les oreilles. Quel homme ! – Mais parlons de vous.
Comme c’est aimable de m’avoir écrit ! de vous être souvenue de moi ! Cette ingrate de fièvre est-elle passée ? L’eau est un peu froide pour la mener aux bains. Voici l’hiver qui vient, et tantôt, la Seine déferlait au pied de mon mur avec des airs d’océan. Il paraît que c’est l’équinoxe et que les marées doivent être ainsi ? Pourquoi doit-on crier contre l’hiver ? Quant à moi, je vois revenir avec plaisir la saison des grands feux et des longues heures sous la lampe. C’est d’ailleurs le temps où je sors de mon antre – où je retourne à Paris – où je pourrai vous revoir. Comme j’espère bavarder chez vous dans deux mois.
J’ai eu, ces dernières semaines (et j’ai encore), des in-quiétudes et des tracas domestiques assez graves. On a beau vouloir s’écarter de toutes les affaires et affections hu-maines, on tient toujours à la terre ; et on n’a pas fait trois pas qu’on se déchire à toutes les épines ou qu’on barbote
– 60 – dans des fanges. Votre charmant souvenir m’a fait grand bien, je vous assure.