Correspondance - Tome III
À Jules Duplan .................................................................. 58
Ma besogne va un peu mieux. Je suis en plein dans une bataille d’éléphants et je te prie de croire que je tue les hommes comme les mouches. Je verse le sang à flots.
Je voulais t’écrire une longue lettre, mon pauvre vieux, sur tous les ennuis que tu as et qui ne me paraissent pas lé-gers, mais franchement il est temps que j’aille me coucher. Voilà 4 heures du matin dans quelques minutes.
Le père Hugo m’a mis la boule à l’envers.
J’ai moi-même depuis quelque temps des ennuis et des inquiétudes qui ne sont pas minces. Enfin, Allah kerim !
Tu me parais en bon train. Tu as raison. Ton livre, ne sortant pas (comme lieu de scènes) de la Belgique, aura une couleur et une unité très franches. Mais songe sérieusement, après celui-là, à ton ouvrage sur la Bourse dont le besoin se fait sentir.
À JULES DUPLAN
[Croisset, vers le 1er octobre 1859.]
Mon cher Duplan,
Je voulais savoir quel était de nous deux le plus ignoble personnage ? Mais à toi le pompon, mon bonhomme. « Vin-cis forma, vincis magnitudine », comme dit Me Lhomond. Tu l’emportes par l’oubli.
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Oui, je sais bien, tu vas gueuler : « Mon commerce ! Ma boutique ! mes registres ! le grand-livre ! mes commis ! ces messieurs ! ces dames ! les commettants, dito, report, font 72 F 75 c. » N’importe ! j’ai à te dire que tu es un sale co-chon, voilà tout. Narcisse lui-même en pleure ; il s’ennuie de ne pas avoir de tes nouvelles. Tu révoltes et attendris jusqu’à la livrée.
Ça va-t-il, au moins ? es-tu content ? gagnes-tu des mo-nacos pour subvenir à tes débauches dans ta vieillesse ? Fi-loutes-tu assez pour acheter une provision suffisante de mar-tinets ? Auras-tu de quoi faire construire des machines ?
La mienne est loin d’être finie. Depuis près de cinq mois que nous ne nous sommes vus, j’ai eu assez d’emmerdements. Au milieu du mois dernier j’en ai été phy-siquement malade. Ça remonte un peu. N’importe ! ce polis-son de livre-là sera raté, j’en ai peur. Je marche sur un ter-rain trop peu solide ! c’est un dédale de difficultés enchevê-trées les unes dans les autres à rendre fou ! J’ai écrit à peu près six chapitres. J’espère au Jour de l’An en avoir fait en-core un, ce qui sera la moitié du livre. J’aurai donc, mon cher Monsieur, quatre chapitres à te dire, car tu dois n’en connaître que trois ?
Je t’ai attendu tout l’été. De dimanche en dimanche j’espérais ta gentille personne. – Mais pas de Cardoville ! – J’ai été indigné, et puis, ma foi, je n’y ai plus tenu. Ç’a été plus fort que moi !
As-tu lu La Légende des siècles du père Hugo ? Je trouve cela tout bonnement énorme. Ce bouquin m’a fortement ca-lotté. Quel immense bonhomme ! on n’a jamais fait de vers comme ceux des Lions !
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