Correspondance - Tome III

Gustave Flaubert · Chapitre 8 sur 50

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Correspondance - Tome III

À Ernest Feydeau ............................................................ 17

J’ai commencé hier au soir mon quatrième chapitre. La fin du troisième n’a pas été commode et je n’en suis pas en-core enchanté. Ma parole d’honneur, c’est à en devenir fou ! Quel bouquin !

J’espère dans un mois être à Paris.

Adieu, cher vieux, je t’embrasse très fort.

 

Tiens-moi au courant des cancans de la Revue contempo-raine. Ça m’amuse.

Et dis-moi ce qu’on dit de Daniel. Franchement, je crois que tes collaborateurs universitaires doivent rager.

 

À ERNEST FEYDEAU

[Croisset, début de février 1859.]

Ça va bien ! très bien ! jeune homme ! La deuxième par-tie marche comme sur des roulettes. Je ne suis plus inquiet du reste ; c’est celle-là que je redoutais.

Quant aux taches, ce n’est pas grand-chose. Note tout de suite la page 252, où le mot et revient sans cesse au commencement des phrases ; c’est un vieux chic biblique qui est agaçant.

Il y a peut-être un peu de lenteur dans les deux ou trois premières pages.

Ce qu’il y a évidemment de moins amusant, ce sont les pages 291, 2, 3 ; quant au reste, le papier vous brûle les

 

– 17 – mains, pour moi du moins. J’ai poussé, tout seul, des bravo ! très bien ! plusieurs fois.

Je te prédis que la plage de Trouville et le portrait de Cabâss seront remarqués, tu verras.

Il y a des choses charmantes, exquises, pages 281, 285 ; ça donne envie d’archif… l’héroïne.

Ne pleure pas sur tes suppressions, elles étaient indis-pensables. Je m’y connais, n’aie pas peur. Si je voyais aussi bien dans mes œuvres que dans celles des autres, je serais un bien grand homme ; mais hélas !

Oh ! que Carthage, par moments, me scie le trou du c… !

Tu es beau, et héroïque, quant aux retranchements ; mais j’ai la conviction qu’une ligne oiseuse d’ôtée vous donne dix lecteurs de plus.

Tu me dis que tu as besoin d’argent, misérable ! et moi !… N’importe ! Périssent les États-Unis plutôt qu’un principe ! On me verra cocher de fiacre avant de me voir écrire pour de l’argent. Quant à cela, je le jure solennellement et sans le moindre effort.

Fais-moi le plaisir de prendre des informations sur le gars A. Claveau, qui, dans ce même numéro de la Revue con-temporaine, a fait le compte rendu de Richard Darlington. Ce drôle a, l’autre été, écrit sur ton oncle une diatribe dans un journal nommé, je crois, le Courrier franco-italien ; il m’engueulait comme disciple de Champfleury, etc. Bref, une ordure méchante, et c’est un des premiers articles qui aient paru. – N.B. Se rappeler Claveau.

C’est à la fin du mois, dans trois semaines, que je te ser-rerai dans mes bras. J’aurai fait, dans mon hiver, à peu près

– 18 – deux chapitres !!! Si j’en fais un et demi d’ici à la fin de mai, ce sera bien beau. Total : cinq, et il m’en restera encore dix !