Empty Mile

Matthew Stokoe · Chapitre 12 sur 35

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Empty Mile

Chapitre 12

 

 

Une semaine plus tard, lorsque nous lançâmes officiellement Plantorotops, je n’en avais toujours pas parlé à mon père. Stan et moi nous rendîmes au magasin de jardinage en milieu de matinée. Les lieux étaient remplis de gars en bleus de travail occupés à charger tout ce qu’il était possible de déplacer dans de grands camions à l’extérieur. Rachel nous montra les plantes que Bill offrait à Stan. Quarante arbrisseaux d’environ deux mètres en guise d’ornements centraux – dragonniers, ficus, kentias –, dix vastes plateaux de plantes subtropicales plus petites, et une palette de terreau.

Il nous fallut deux heures pour transbahuter l’ensemble dans l’entrepôt. Nous nous rendîmes ensuite dans une boîte à copies d’Oakridge. Plus tôt dans la matinée, nous avions conçu les prospectus qui constitueraient notre principale publicité. J’avais résumé les services offerts tandis que Stan avait dessiné, au-dessus, un brontosaure de dessin animé souriant, une grosse fleur dans la bouche. Nous avons peaufiné le design en compagnie de l’employé, puis commandé cinq cents flyers.

Enfin, nous nous mîmes en route pour Burton. Une entreprise de fabrication plastique possédait le genre de jardinières dont nous avions besoin pour exposer les plantes tel que Stan l’avait prévu.

Le voyage dura une heure. Il eut un parfum d’aventure : une journée radieuse, un but précis dans un monde qui poursuivait sans relâche le rêve de la libre entreprise. Stan trépignait d’excitation.

« Hé, Johnny, tu crois qu’on pourra peindre notre véhicule de livraison ?

— Avec un dinosaure ?

— Ouais, et le nom, pour que les gens nous reconnaissent tout de suite.

— Ce véhicule ?

— Il a l’air bien.

— On dessinera la fleur aussi ? »

Stan rit. « Tu sais quoi, Johnny ? Je suis remonté à bloc. »

Burton faisait deux fois la taille d’Oakridge. Il nous fallut un moment pour trouver l’usine. Nous achetâmes autant de jardinières qu’il était possible d’en transporter : de volumineux pots cylindriques et de longs récipients rectangulaires. Nous commandâmes la suite à un prix de gros pour le lendemain.

Nous revînmes à l’entrepôt en début d’après-midi. Les déménageurs étaient partis, le magasin fermé. L’abandon régnait déjà. Lorsque nous eûmes trimballé nos jardinières à l’intérieur, Stan m’expliqua comment les installer.

Je suivis ses instructions. La hauteur du terreau, quel type de plante utiliser, où les placer, comment les mettre en valeur, harmoniser l’éventail. Les pots étaient simples à préparer. Une couche de pierre ponce, plusieurs centimètres de terre, enlever le film plastique noir des racines d’un palmier d’intérieur ou d’un dragonnier, les disposer au centre, puis remplir à nouveau de terreau.

Après en avoir terminé quelques-uns, nous passâmes aux jardinières rectangulaires. Les senteurs sombres de l’humus, l’humidité verdoyante des plantes conféraient à notre tâche un aspect authentique, sain, bienfaiteur. Pendant les deux heures que dura notre labeur, les réflexions s’estompèrent.

Je ne parvenais pourtant pas à réfréner totalement certains moments de flottement désagréables. J’avais dû payer à Bill Prentice les trois premiers mois de loyer et, même s’il nous avait fait un bon prix, cette somme, ajoutée à celle que nous avions déboursée pour les jardinières, avait déjà entamé plus de la moitié de mes économies. Il restait toujours l’argent de Stan, mais il nous fallait encore du terreau, d’autres plantes. Sans compter les charges, l’assurance, l’entretien du pick-up…

En début de soirée, nous étions toujours en train de travailler quand j’entendis une voiture se garer. Peu après, je perçus des bruits de pas autour du magasin. Faibles, étouffés par les cloisons. Je supposai qu’il s’agissait d’un client de l’enseigne ; il partirait dès qu’il s’apercevrait que l’endroit était fermé. Mais les sons persistaient encore au bout de cinq minutes. Stan et moi sortîmes voir.

Un type se tenait à mi-chemin entre le magasin et notre entrepôt. Il examinait avec attention le terrain alentour. Il n’avait pas pu manquer de remarquer notre présence. Pourtant, il semblait y être indifférent. Son regard continuait à errer sur les bâtiments, l’air de procéder à un inventaire. Une Jaguar rouge Type E était garée derrière lui, sur le parking. Le soleil se reflétait sur la carrosserie de la décapotable.

Il termina finalement son inspection et vint vers nous. Ses yeux croisèrent les miens. J’y vis, l’espace d’un instant, une expression haineuse qui s’effaça presque aussitôt pour laisser place à un sourire. Il tendit la main.

« Jeremy Tripp. Tu es Johnny Richardson. Et voici Stan. »

Mon frère eut un hoquet de surprise.

« Comment vous nous connaissez ? »

Notre interlocuteur balaya la question d’un geste négligé. « Quand on s’installe dans une nouvelle ville, on se renseigne. » Il étudia les arbres le long de la route. « Superbe emplacement. »

Deux bancs en bois, censés ajouter une touche rustique à l’austérité métallique de l’édifice, étaient disposés à l’avant de l’entrepôt. Jeremy Tripp s’installa confortablement sur l’un d’entre eux, et nous observa. Il avait la quarantaine bien tassée, était un peu plus petit que la moyenne. Sa chevelure brune avait été éclaircie et, même s’il échappait au surpoids, son corps était plus enrobé de graisse que de muscles. Il ressemblait à un homme habitué à négocier. Il désigna l’autre banc.

« Prenez place. C’est une belle journée. »

Son sans-gêne m’agaçait, mais nous débutions à peine. Il me sembla préférable de ménager les susceptibilités. Nous nous assîmes et je me forçai à faire la conversation :

« Alors vous êtes nouveau ici ?

— Oui. Je suis arrivé hier. J’habite sur les Flancs.

— Qu’est-ce qui vous amène à Oakridge ? »

Il soutint mon regard et mit un certain temps à répondre.

« Je songe à bâtir un petit hôtel dans la région.

— Ah bon ? Où ça ?

— Je ne sais pas encore. J’ai une ou deux idées.

— Vous êtes dans la construction ?

— Je dirige une entreprise de télécommunication. Je suis en congé. Je m’encroûtais. Les défis ne sont pas si nombreux en ce monde. Les conseils d’administration sont tellement rébarbatifs. Seule l’authenticité m’intéresse. Nous sommes des enfants, John, d’éternels enfants. Nous devons sans cesse repousser les limites de nos aires de jeux. Pas grand-chose d’autre à faire, sinon.

— Je suppose.

— Tu n’as pas l’air de très bien te connaître. Tu devrais y remédier. L’esprit est notre bien le plus précieux. Un gros type baraqué peut rosser son prochain. Mais un type malin peut détruire sa vie entière.

— Pour peu qu’il le veuille.

— Si le châtiment est mérité, il peut s’en contenter, tu n’es pas d’accord ? Il est en droit de manœuvrer pour parvenir à ses fins. »

Malgré les règles de civisme élémentaires, j’envisageai de me lever et de le laisser pontifier tout seul. Il se mit à rire en secouant la tête.

« Ne fais pas attention. Je parle parfois sans réfléchir. Les mots ont dépassé ma pensée. Tu fais quoi dans la vie, John ? »

Stan saisit la balle au bond avant que je puisse répliquer.

« On monte une entreprise.

— Tiens donc, Stanley ? Dis-m’en plus, je suis tout ouïe.

— On va mettre des plantes dans les magasins et les maisons des gens.

— Je connais.

— Hé, vous pourriez être notre premier client. Vous avez une grande maison ?

— Oh oui.

— Je parie qu’elle serait plus belle avec des plantes dedans.

— Possible. Comment êtes-vous structurés ? Un capital de départ et un budget de fonctionnement mensuel ? »

Stan me regarda nerveusement. Je feignis d’avoir au moins une vague notion de ce que je faisais et répondis un « oui » ferme à Jeremy.

Stan l’emmena visiter l’entrepôt, lui montra ses produits. Lorsqu’il ressortit, Tripp nous indiqua combien de jardinières il désirait, puis serra la main de Stan avant de se rasseoir.

« Marché conclu. »

Mon frère rayonnait.

« Bon sang, incroyable ! Hé, monsieur Tripp, est-ce que je peux voir votre voiture ?

— Ce n’est pas une voiture, c’est une Jaguar V12 de Type E. Oui, tu peux y jeter un coup d’œil.

— Oh là là, merci ! »

Stan bondit en direction du parking. Jeremy Tripp le regarda s’éloigner.

« Vous semblez proches.

— Nous le sommes.

— Ton frère paraît s’investir à fond dans cette affaire.

— Oui.

— Et pour l’argent ? Parce qu’il ne semble pas très versé dans le domaine. Il est aidé, dis-moi ?

— Il a eu un accident dans sa jeunesse.

— Et cette entreprise lui offre l’opportunité d’être comme tout le monde ?

— Je ne sais pas. »

Tripp sourit d’un air entendu. « Tu as fait une étude de marché ?

— Quel marché ? Personne n’occupe cette branche à Oakridge.

— Pourtant, je serais étonné que la demande soit suffisante dans une ville de cette taille. Vous dénicherez des clients, bien sûr, mais en aurez-vous assez ? Il faudra payer les stocks, couvrir les frais courants, et générer un profit substantiel pour que l’opération soit viable. Entre les dépenses et les rentrées d’argent, l’affaire risque d’être coton. J’en sais quelque chose.

— Eh bien, nous allons nous faire une place.

— Comment crois-tu que ton frère réagira si cette place ne se libère pas ?

— J’imagine qu’il se résignera.

— Vraiment ? »

Stan revint du parking.

« Super voiture. Je veux dire, super Jaguar. »

Le visage de Tripp s’illumina.

« L’homme qui tombe à pic ! Comment tu te sentirais si ton entreprise ne marchait pas, Stan ? »

Désarçonné, mon frère me lança un coup d’œil avant de s’adresser à Tripp, les lèvres tremblantes.

« Vous ne voulez plus des plantes ?

— Oh si, ne t’inquiète pas. Mais en admettant que personne d’autre ne soit intéressé, qu’on ne vous achète rien ?

— Eh bien je… je… »

Stan ne parvenait pas à s’exprimer. Ses yeux s’emplirent de larmes.

Je claquai des mains et me redressai dans un effort désespéré pour ressembler au type optimiste, pressé de se remettre à l’ouvrage.

« Désolé, mais nous avons beaucoup de travail. Nous pouvons passer vous livrer demain, si cela vous convient. »

Jeremy resta assis un moment, sourire en coin. Puis il se leva.

« Merveilleux. »

Il se pencha vers moi et chuchota :

« Je n’ai pas l’impression que ton frère ait l’intention de se résigner. »

Dès qu’il fut parti, Stan me regarda, la mine renfrognée :

« Il est bizarre, Johnny.

— Entièrement d’accord. Mais devine quoi ? Nous tenons notre premier client. »

Il mima un superhéros, le poing en l’air.

« Ouais, vive Plantorotops ! »

L’événement était certes marquant. Je lui en claquai cinq, et fis un peu l’imbécile avec lui. Toutefois, je continuais à me demander comment diable Jeremy Tripp savait nos noms et où nous trouver. Je m’interrogeais aussi sur ses motivations, car à l’évidence, il se moquait totalement de nos plantes.

Ce soir-là, mon père rentra avec des cadeaux. Ses choix à l’occasion des fêtes avaient toujours été un sujet de plaisanterie dans la famille. Il n’avait jamais oublié aucun anniversaire ni aucun Noël, mais rapportait chaque fois des objets qui paraissaient issus de quelque vide-grenier, sans aucune notion du bénéficiaire.

À l’âge adulte, j’avais tenté de comprendre les raisons de cette incompétence apparente. Il était intelligent, et possédait donc l’aptitude à offrir des présents appropriés. Il manquait d’argent, mais pas au point de ne pouvoir effectuer un achat raisonnable. J’avais commencé à suspecter que la quête de l’objet idoine, la joie du récipiendaire devant le temps et l’énergie dépensés constituaient pour lui un investissement affectif excessif. Il avait donc opté pour des cadeaux exempts de signification, des babioles qui lui permettaient de maintenir la distance qu’il jugeait indispensable. Ce soir-là, pourtant, lorsqu’il se gara devant la maison avec une Ford Taurus de location, sa générosité fut d’une tout autre nature.

Nous nous assîmes autour de la table de la cuisine. La porte de derrière était ouverte, ainsi que les fenêtres. Les fragrances du jardin nous parvenaient avec une telle légèreté qu’on les aurait crues distillées pour nous susurrer les infinies possibilités de l’été. Le soleil était bas sur les cimes du bassin d’Oakridge, et le ciel, au-dessus des arbres, avait rosi dans la poussière chaude du soir.

Mon père était pâle sous sa peau jaunâtre. Il semblait fatigué. Mais cette fatigue paraissait avoir émoussé sa réserve coutumière car il nous parla avec aisance. Ses mouvements étaient amples, naturels. Un instant magique. L’un des rares au cours de mon existence où il délaissa son armure paternelle pour devenir l’égal de sa progéniture.

Nous discutâmes de tout et de rien pendant un moment. Il nous gratifia des inévitables anecdotes en circulation dans toutes les familles, des souvenirs de catastrophes domestiques qui prennent, avec le temps, un tour comique. Certains nous concernaient, Stan et moi, d’autres mon père. Nous rîmes de concert, nous moquant les uns des autres. Une personne extérieure se serait ennuyée. Pas nous. La saveur de ces récits ne résidait pas tant dans leur contenu que dans leur faculté à ranimer l’image enfuie d’un père, d’un fils, d’un frère.

Profitant d’une pause, mon père s’éclaircit la gorge. L’air gêné, il sortit deux paquets de sa poche et les posa devant nous.

« Heu, je voulais vous donner ça. »

Stan applaudit, puis fronça les sourcils.

« Il n’y a pas d’anniversaire aujourd’hui, papa.

— Je sais. Mais je voulais que vous compreniez combien vous êtes importants pour moi. » Son débit était rapide. Je pouvais presque sentir son estomac se nouer. « J’ai été un père… un peu spécial, et je n’ai sans doute pas toujours dit ou fait ce qu’il fallait. Alors je voulais vous offrir une preuve, au cas où… Au cas où vous douteriez encore de mon affection. »

Nous le contemplions, incapables de prononcer un mot, abasourdis. D’une certaine façon, nous étions presque effrayés. Ce genre de discours présageait en général un désastre : un tremblement de terre imminent, peut-être, ou un diagnostic mortel.

Nous ouvrîmes les emballages. Mon cadeau était une montre Tag Heuer, au dos gravé de l’inscription : Pour John, de Papa. Cet accessoire était de loin le plus onéreux qu’il m’ait jamais acheté. Son choix avait été de surcroît mûrement réfléchi. De l’autre côté de la table, Stan extirpait une chaîne en or du papier froissé. Il la brandit dans la lumière.

« Elle est très belle, papa. Regarde, Johnny. » Il attacha le collier autour de son cou et le tapota. « J’adore. »

Mon père eut un rire embarrassé.

« Content qu’il te plaise, Stan. Et ta montre, John ?

— Fantastique, papa, merci.

— Elle devrait te durer toute la vie.

— Tu as dû la payer cher.

— Pas de souci. J’avais juste envie que tu aies quelque chose qui te rappelle, malgré mon attitude parfois trompeuse, à quel point je t’apprécie. »

Nos regards évitèrent de se croiser. J’éprouvai soudain une tristesse froide. Il ressentait vraiment ce qu’il exprimait, son émotion n’avait rien de factice, mais elle demeurait trop superficielle. De cette nuit féerique émergeait une horrible conviction : dans la plus stricte intimité, alors qu’il essayait de tout son être de me témoigner un quelconque attachement, il ne parvenait pas à faire tomber la dernière barrière qui lui interdisait de dire « aimer » plutôt qu’« apprécier ». Il n’abdiquait pas cette part de lui-même qui me tenait pour responsable de l’accident de mon frère.

Malgré cette réserve affective persistante, j’estimai qu’il était temps de lui parler de Plantorotops.

« Heu, papa, tu sais que le magasin de jardinage a fermé et que Stan a perdu son travail ?

— Oui, quel dommage.

— Eh bien, nous pensions monter une entreprise ensemble. En fait, nous avons déjà commencé.

— Ah bon ? »

Stan et moi lui exposâmes les détails de Plantorotops, nos projets, les étapes à franchir. À la fin, au lieu de l’avalanche de critiques que je m’attendais à recevoir, au lieu d’être chapitré sur mon inconscience, mon irresponsabilité d’entraîner Stan dans une création d’entreprise, il se contenta d’approuver doucement : « Eh bien, cette idée me paraît fameuse. Vivez vos rêves, les enfants. J’espère que le succès sera au rendez-vous. »

Plutôt que de regarder la télévision, Stan resta avec nous après dîner. Il continua à vanter les mérites du statut d’entrepreneur. Plus tard, quand il fut fatigué, il nous embrassa avant de monter au lit. Il tendait la chaîne sur sa poitrine et essayait de l’admirer tout en marchant.

Mon père sortit alors une liasse de papiers de son portefeuille, et l’étala à la manière d’un homme d’affaires sur la table.

« J’ai vu mon comptable, aujourd’hui. Nous avons discuté entre autres d’Empty Mile. Il m’a conseillé de mettre la propriété au nom d’un membre de la famille. On doit payer une espèce de taxe supplémentaire lorsqu’on possède des parcelles ou une résidence secondaire. Une histoire d’impôt sur les plus-values. Je n’ai pas tout suivi, mais il m’a affirmé que je ferais un paquet d’économies. Alors, je me suis demandé si tu accepterais.

— De devenir propriétaire du terrain ?

— Et du cabanon. Tout. Je ne dois plus rien, tu n’as aucun encours. C’est juste de la paperasse.

— Tu veux vraiment inscrire mon nom ?

— Je ne vois personne d’autre en qui j’aie assez confiance. Il te suffit de signer au bas d’un formulaire, point. Je m’occuperai du reste. Le notaire m’a donné ce document. Un transfert de titres standard. »

Mon père feuilleta la liasse. Mon patronyme était déjà imprimé au-dessus des espaces dévolus à la signature. Je tombais des nues, mais cette requête était une telle preuve de confiance que je ne voulais pas le décevoir. Et s’il pouvait payer moins d’impôts, il m’était difficile de refuser.

« D’accord, papa. »

Il me tendit son stylo à plume, mais hésita un instant.

« Tu dois juste me promettre une chose, John. Une chose très, très importante. Au cas où je serais absent pour une raison ou pour une autre et où la question du terrain se poserait, il n’est pas à vendre. Compris ? Si jamais je ne suis pas là pour prendre la décision, tu dois t’y conformer coûte que coûte. Tu saisis ?

— Bien entendu, papa. Je ne vendrai pas, promis.

— Tu es un bon garçon. »

Je paraphai donc les documents, de même que mon père. Il m’intima de garder une des deux copies en lieu sûr. Il déposerait l’autre chez le notaire.

 

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