Empty Mile

Matthew Stokoe · Chapitre 20 sur 35

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Empty Mile

Chapitre 20

 

 

Marla sortait de sa voiture au moment où j’arrivai. Elle portait une pleine brassée de cartons vides en prévision de son déménagement forcé. Nous entrâmes. Elle déposa sa moisson sur une autre pile dans un coin du salon, je lui demandai si elle avait déjà prospecté pour un nouveau logement. Elle secoua la tête.

« Je n’ai pas pu m’y résoudre.

— J’ai pensé à un truc.

— À propos de toi et moi ?

— Ouais.

— Pour qu’on habite ensemble ?

— Cette perspective me semble cohérente… Enfin si tu en as envie. »

Elle enfouit son visage dans ma poitrine, me serra dans ses bras.

« Merci, Johnny. Merci…

— Il subsiste malgré tout un problème. On a reçu un avis d’expulsion aujourd’hui.

— Alors vends le terrain. Il est à ton nom. Rembourse l’hypothèque et vivons tous les deux.

— Impossible.

— Pourquoi ? Tu accordes vraiment de l’importance à ce que Ray voulait ?

— Il avait une raison d’acheter cet endroit. Je ne peux pas m’en séparer avant de savoir laquelle.

— Écoute, j’ai dû faire des recherches sur l’histoire de la ruée vers l’or, quand j’ai commencé à travailler. Empty Mile est sur la Swallow River, et la Swallow River a été un gros filon. Ray était peut-être convaincu qu’il reste un gisement.

— Empty Mile porte bien son nom, pourtant.

— Je ne dis pas qu’il y a de l’or, mais que Ray en était sans doute persuadé. Il adhérait au Club de l’Éléphant. Ils sont gentils, mais ils sont tous obnubilés par l’idée de déterrer un million de dollars. J’ai été à pas mal de réunions pour mener l’enquête. Ray était là à chaque fois. Il était aussi obsédé que les autres. Il n’arrêtait pas de déblatérer à propos des pionniers qui n’avaient pas pu tout extraire. Dans ce contexte, il est facile de se faire des illusions sur un bout de terre à proximité de la rivière. »

Marla partit se changer dans sa chambre. Elle ressortit en consultant sa montre.

« On a encore le temps, si tu as des questions à poser sur Empty Mile.

— Pourquoi ?

— Le Club de l’Éléphant se réunit ce soir. Les adhérents pourront éventuellement te renseigner.

— On n’est pas membres.

— Ils s’en moquent. Et puis ils me connaissent déjà. »

 

Le Club de l’Éléphant tenait ses réunions au-dessus d’une rangée de magasins construite dans les années 20 au sein du faubourg. Le local n’était situé qu’à quelques pâtés de maisons de la mairie, de l’autre côté de la rue. La municipalité le louait à diverses associations. Nous gravîmes une volée de marches en bois pour déboucher sur une salle à haut plafond, style cathédrale, dont la longueur occupait les deux magasins du dessous. Des globes lumineux aux verres opaques, patinés d’un badigeon sinistre, pendaient en ligne au milieu de la pièce. La poussière qui s’élevait du parquet nu et rugueux conférait à l’atmosphère une certaine sécheresse, une sensation d’effritement sur la peau.

Une femme assise à l’entrée devant une table de jeux nous demanda d’émarger, j’imaginais que le registre portait les noms des adhérents déjà sur les lieux. À côté de la date tamponnée en haut de page, on pouvait lire en rouge : Les magnétomètres et leur rôle dans l’identification des dépôts. Prévenante, la femme expliqua : « La conférence de ce soir. »

Cinq rangées de chaises pliantes en métal étaient disposées en bout de salle. Certaines étaient occupées, mais il était encore tôt, et le gros du public – une dizaine de personnes environ – était rassemblé par groupes de deux ou trois pour discuter dans l’entrée. Je reconnus quelques personnes qui avaient participé au pique-nique.

Marla me conduisit jusqu’à une porte derrière les chaises. Elle chuchota : « Chris Reynolds est président. Il connaît un peu tout. On est en avance, tant mieux. Comme ça, on pourra lui parler et s’esquiver avant le début de la réunion.

— Et manquer la conférence ?

— La plupart d’entre elles ne méritent pas vraiment cette appellation. Un type se lève et pérore sur son sujet favori pendant une demi-heure. Un intervenant différent à chaque fois. Tel coin exploré, tel autre, des excusions sur sites dans le pays, les bons emplacements…

— La qualité n’est pas au rendez-vous ?

— Parfois si. Mais quand tu viens souvent, tu entends toujours les mêmes histoires. »

Le haut de la porte en chêne noir était en verre dépoli. Marla frappa et une voix à l’intérieur l’invita à entrer.

L’arrière-salle était exiguë, les murs eux aussi revêtus de chêne sur un mètre. Un vieux bureau en bois qui avait perdu son vernis occupait la majeure partie de l’espace disponible. Chris Reynolds y était attablé, plongé dans un livre de comptes. Son visage était fatigué, usé, le pourtour de ses yeux tavelé. Je n’avais pas reconnu le nom, mais je me souvenais de ces traits. Il possédait un magasin de matériel de prospection en ville appelé Au Chasseur de Pépites. Nous lui avions récemment livré plusieurs plantes. À l’instar de tous ceux qui lisaient la gazette d’Oakridge, il était au courant de la disparition de mon père.

Nous nous saluâmes. Marla et moi prîmes place sur des chaises en face du bureau. Elle lui raconta que je m’intéressais à l’histoire d’Empty Mile. Il parut ravi d’avoir l’opportunité de disserter sur son domaine de prédilection.

« Empty Mile. Que désirez-vous savoir ?

— Tout ce que vous pourrez me dire. Mon père a acquis un morceau de terrain par là-bas, sur les berges de la Swallow River. J’essaye de comprendre pourquoi.

— Votre présence m’indique que vous pensez à l’or, d’une façon ou d’une autre.

— L’endroit s’y rapporte. Je ne vois rien d’autre. »

Il rit. « On pourrait tenir des propos semblables pour toute la région. La rivière a été exploitée de fond en comble à l’époque de la ruée. Il ne reste pas une paillette, croyez-moi. En tout cas, pas du genre à pouvoir être extraite à la batée. Beaucoup de prospecteurs sont venus ici. Et beaucoup, ça signifie que tout le métal précieux a été trouvé. Même le nom du coin le proclame. Empty Mile. Vide, à sec. Ils sont venus, ils ont vu, et ils ont tout pris. Ils ont accompli un tel travail que tous ceux qui sont passés ensuite l’ont remarqué. Ils ont commencé à appeler cette portion de rivière… » Il arqua un sourcil.

« Empty Mile ?

— Voilà. Et votre père le savait aussi bien que tout le monde au club. L’hypothèse est tentante, mais je ne l’imagine pas acheter une parcelle en espérant y découvrir un filon. Il devait avoir une autre raison.

— L’appellation date de l’époque où ils ont tellement nettoyé la courbe qu’elle est devenue… célèbre ? Ou se pourrait-il qu’ils l’aient juste surnommée ainsi parce qu’il n’y avait pas d’or au départ ?

— La Swallow River a toujours été plutôt fertile jusqu’au niveau d’Oakridge. Il est peu probable qu’Empty Mile ait été stérile. Je connais les environs, les bancs de sable, le lit, le faible courant. Impossible qu’il n’y ait jamais eu d’or là-bas. En fait, il existe un compte rendu d’un chercheur qui se plaignait de la propreté de l’endroit. Ses déclarations inclineraient à penser qu’il y avait bien quelque chose à l’origine. »

Il se tortilla sur sa chaise pour ouvrir une armoire de classement derrière lui. Au bout d’une minute à fouiller dans les classeurs remplis à ras bord, il se retourna vers nous, une feuille à la main. La photocopie d’une note manuscrite. Les pliures ressortaient en gris foncé.

« La copie d’une lettre qu’un prospecteur a envoyée à sa femme. Issue du fonds que nous possédons à Berkeley. Il mentionne Empty Mile en toutes lettres. La plus ancienne référence jamais trouvée. »

Il me fit signe de la lire.

L’écriture était hachée, comme si l’auteur n’avait eu que ses genoux où s’appuyer. Aucune fioriture ni tournure poétique. Rien à voir avec le soin apporté au journal de Nathaniel Bletcher. Pourtant, cette missive avait dû être plus précieuse que tout l’or du monde pour la femme qui l’avait tenue entre les mains : des nouvelles de son mari, à des milliers de kilomètres de là. Peut-être la seule preuve qu’il était encore en vie. Je parcourus ses mots tendres, la description de son état de santé, ses espoirs de les voir, lui et elle, réunis avant qu’une nouvelle année s’achève. Je ne pouvais m’empêcher de ressentir la terrible solitude qui avait dû être la sienne, à l’identique de tant d’hommes partis en quête de fortune.

Je trouvai la référence dont m’avait parlé Reynolds au dernier tiers du récit. À peine quelques lignes à la fin d’un bref récapitulatif de sa progression.

 

Aujourd’hui, j’ai campé dans un endroit si bien nettoyé que les mineurs ont pris l’habitude de le surnommer Empty Mile. Il se murmure que les Chinois ont été les premiers sur les lieux.

 

La missive était datée du 29 mai 1849. Presque deux mois après le passage de Nathaniel Bletcher.

Son journal constituerait une trouvaille inestimable pour Reynolds. Mais je me refusais à partager cette source avec quiconque avant d’avoir résolu le mystère ou bradé la propriété. Je lui rendis le document.

« Des Chinois ?

— Ils étaient connus à l’époque pour reprendre des filons manifestement épuisés et abandonnés. Ils recyclaient les déchets. Tout ce qui n’avait pas été jeté en fin d’exploitation : terre, graviers, sable, et cetera. Malgré la pauvreté en minerai, ils parvenaient à en tirer un peu d’argent. Comme ils formaient des équipes plus importantes, ils pouvaient tamiser davantage en un temps donné. Mais ils se contentaient d’expédients plutôt que d’espérer un jackpot miraculeux. » Reynolds tapota le courrier. « Ce type sous-entend que si des Chinois sont arrivés à Empty Mile avant tout le monde, ils ont travaillé avec la même rigueur que pour le recyclage. De fait, la rivière sera lessivée plus soigneusement qu’avec n’importe qui.

— Vous croyez que c’est ce qui s’est passé ?

— Les Chinois ou d’autres, peu importe. Les chasseurs d’or sont arrivés trop tard. Ils étaient furieux. » Il regarda sa montre. « Vous savez. Ray m’a lui aussi interrogé sur Empty Mile. Il y a quatre ou cinq mois.

— Il vous a posé quelles questions ?

— La date de la première prospection connue. Il a insisté. On aurait dit qu’il désirait être absolument sûr du moment où les pionniers ont débarqué. Il est venu me voir un soir avec Gareth Rodgers.

— Vraiment ? Avec Gareth ?

— Je sais ce que vous pensez. Une union plutôt singulière. Votre père adhérait au club depuis des années alors que Gareth était un membre tout récent. Il me semble qu’il nous a rejoints il y a environ six mois. Il s’est montré de temps en temps, et puis on ne l’a plus vu. Il n’a pas dû remettre les pieds ici depuis au moins trois mois. Ray, lui, a continué comme avant, jusqu’à ce que… » Chris parut embarrassé d’évoquer la disparition. Il abrégea. « Ils avaient l’air de partager la même curiosité vis-à-vis d’Empty Mile. Après tout, la Swallow River est une gloire de la ruée vers l’or pour la ville d’Oakridge.

— Vous leur avez répondu quoi ?

— Je leur ai montré la lettre. » Il consulta de nouveau sa montre et se leva. « L’heure de la réunion. Vous restez ? »

Il était évident que Marla avait envie de partir, et je n’éprouvais pas moi-même un désir ardent de demeurer les fesses sur une chaise inconfortable, à écouter une bande d’excentriques deviser de la meilleure manière de dénicher de l’or. Je prétextai donc d’autres obligations pour nous éclipser. Une pointe de déception se lut sur le visage de Reynolds. Le Club de l’Éléphant manquait peut-être de membres. Il nourrissait sans doute le vague espoir que je m’y inscrive.

Tandis que Marla et moi nous préparions à nous en aller, il ouvrit un tiroir et en sortit un journal protégé par une couverture cartonnée bleue. Après l’avoir feuilleté quelques instants, Reynolds fit un petit bruit lorsqu’il mit le doigt sur le passage recherché.

« J’ignore si cela peut vous aider, mais je me souviens que Ray – et Gareth aussi – ont été particulièrement captivés par une conférence que nous avions donnée à l’époque. Nous réitérons l’expérience la semaine prochaine, au cas où vous seriez intéressés. “La reconstruction géologique à travers les bouleversements topographiques.” »

Je dus paraître perplexe, car Chris eut un petit sourire.

« Randolph Morris, notre tribun d’un soir, prend le sujet… très au sérieux. Il répète son discours tous les six mois. »

Je ne voyais pas comment une conférence, surtout avec un tel intitulé, pourrait me révéler quoi que ce soit sur Empty Mile, mais ce serait une manière élégante de décliner la proposition d’aujourd’hui. Je promis à Reynolds de venir. La nouvelle sembla le réjouir. Nous nous serrâmes la main.

Marla et moi quittâmes le club à huit heures passées. Le ciel n’était pas encore tout à fait débarrassé de sa teinte laiteuse et phosphorescente. L’atmosphère embaumait de la chaleur résiduelle des briques chauffées sur le bâtiment.

« Tu savais que mon père et Gareth étaient amis ?

— Partager un violon d’Ingres ne signifie pas que vous êtes amis. J’imagine mal Ray fréquenter Gareth.

— Gareth affirme le contraire. Il m’a raconté qu’ils avaient l’habitude d’aller tamiser ensemble. Mon père ne t’en a jamais parlé ?

— Non.

— Et les réunions auxquelles tu t’es rendue ? Tu les as vus ensemble ?

— J’y ai été un ou deux mois l’année dernière. D’après Chris, Gareth n’est inscrit que depuis un semestre.

— Mais tu y as rencontré mon père ?

— Ouais. Et il n’a jamais mentionné Empty Mile. »

 

Marla vint passer la nuit chez moi. J’avais espéré me changer les idées, mettre Stan au lit et grimper à l’étage avec elle, oublier pour quelques heures Empty Mile, la menace qui pesait sur la maison, et la faillite prochaine de Plantorotops. Mais lorsque nous rentrâmes, Stan était au beau milieu de la cuisine, torse nu, le tronc constellé de papillons. Il écartait les bras et fixait son reflet dans la vitre obscure de la salle à manger. Quand il nous entendit, il baissa ses bras avec un grognement de soulagement. De toute évidence, il tenait la pose depuis un bon moment.

Il s’était servi de bande adhésive pour coller les insectes sur son thorax, son abdomen et ses bras. J’en comptai seize. Un ou deux d’entre eux bougeaient encore une patte ou une aile aux endroits où le scotch n’avait pas pris, mais la plupart se tenaient immobiles. Les papillons morts avaient souillé la bande la plus large. Sous la lumière crue, les salissures faisaient ressortir la pâleur du corps de Stan. Il avait l’air hébété.

Marla s’assit, se contentant de l’observer. Je décollai un lépidoptère de sa poitrine.

« Il faut les enlever.

— Je rêvais que la vitre était une barrière, la limite du monde. J’essayais de faire traverser l’énergie. J’étais super intelligent, avant.

— Tu l’es toujours.

— Tu sens quelque chose, Johnny ? L’énergie de Plantorotops ?

— Allez, Stan, retire-les. »

Je tendis la main, mais il esquiva.

« Non, Johnny ! Je veux les garder. Je dois peut-être dormir pour que l’énergie arrive.

— Stan, on en a déjà discuté. Ces satanés papillons ne feront aucune différence pour Plantorotops.

— C’est ton avis, mais tu n’as pas toujours raison. »

Il me toisa, les mâchoires crispées pour prévenir le tremblement de ses lèvres. Le silence se prolongea. Je cherchais les mots adéquats. En vain.

« Tu es fatigué. Va te coucher. »

Il acquiesça au bout d’un moment, et sortit de la pièce sans ajouter quoi que ce soit. Il embrassa Marla au passage pour lui souhaiter bonne nuit. Je l’accompagnai à l’étage. Il s’allongea avec prudence sur le dos, un drap léger sur lui, les papillons toujours sur son torse. Il leva les yeux vers moi et dit : « N’aie pas peur, Johnny. Je ne suis pas fou. Je ne pense pas pareil que toi, voilà tout. »

Quand je regagnai ma chambre. Marla était déjà au lit. Je me déshabillai et me pressai contre elle. La couche à une place était un peu juste, mais je m’en moquais. Je voulais coller mon corps au sien, plonger mon visage dans ses cheveux, et feindre que rien n’existait hormis son parfum, sa chaleur, et la protection douillette des couvertures sur nous. Bien sûr, c’était impossible. Alors, je laissai mes bras autour d’elle et fixai l’obscurité. Je lui racontai la nouvelle entreprise de location de plantes installée en ville, la tentative de Bill Prentice pour nous évincer, et à quel point Stan était affecté par cette histoire.

« D’où les papillons ?

— Il est persuadé qu’ils le connectent avec un autre monde qui lui envoie de l’énergie.

— Elle serait bienvenue.

— Pour toi et moi.

— Chris Reynolds a éclairé ta lanterne ?

— Je ne sais pas. Je n’arrive pas encore à assembler les pièces du puzzle. Mais mon père était au courant d’un truc que tout le monde ignore. Chris a prétendu qu’Empty Mile a été baptisé ainsi parce qu’on est venu siphonner tout l’or avant que les pionniers débarquent. Quiconque fouillerait Empty Mile parviendrait à cette conclusion. Par contre, mon père a consulté un journal intime datant de la ruée. L’auteur précise que selon lui, au niveau d’Empty Mile, la rivière n’a jamais été sondée. Il est le premier sur les lieux, d’accord ? Avant tout le monde. Et pourtant, il fait chou blanc. Il tamise toute la courbe sans succès. Son journal a été rédigé deux mois avant le courrier de Chris.

— Et alors ? Empty Mile reste Empty Mile.

— Vrai. Sauf qu’à la différence de la croyance générale mon père était convaincu qu’il n’y avait jamais eu d’or là-bas. Empty Mile était stérile, point.

— Il a pourtant acheté ce terrain. Pourquoi ? »

J’aurais voulu lui offrir une grande révélation, une excuse en béton pour qu’elle m’encourage à garder la propriété, mais la stérilité supposée du lieu était davantage un argument en faveur de sa vente que de sa conservation. Je soupirai.

« Pas la moindre idée. »

De la même manière, j’ignorais ce qui unissait Gareth et mon père. Ils s’étaient rendus tous les deux chez Millicent, avaient lu le journal. Chris Reynolds avait remarqué qu’ils entretenaient un certain type de rapport. Gareth lui-même affirmait qu’ils étaient amis.

D’un autre côté, mon père, lorsqu’il s’était saoulé après la mort de Pat, m’avait prévenu de me méfier de lui. Pour couronner le tout, Gareth avait arrêté de participer aux réunions du club depuis trois mois, alors que mon père continuait à y aller. Je commençais à soupçonner un désaccord à un moment donné. Cette hypothèse me paraissait envisageable. Je ne voyais rien chez Gareth qu’un homme tel que mon père puisse admirer ou respecter. Je n’arrivais d’ailleurs pas à me figurer le motif originel de leur association.

Je demeurai longtemps allongé, à tenter d’imaginer des conversations entre eux. Puis je m’inquiétai de nouveau pour Stan. Et sombrai enfin dans le sommeil.

 

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