Empty Mile
Chapitre 4
Stan m’attendait devant le magasin de jardinage. Il sauta dans le pick-up.
« Salut, Johnny. J’ai pensé à un truc, aujourd’hui. J’ai eu une idée pour monter une entreprise.
— Je t’écoute.
— Un type est entré et nous a acheté tout un tas de plantes d’intérieur. Ficus, dragonniers, yuccas. Il les voulait pour son bureau, mais ne savait pas comment s’en occuper. Il n’y connaissait rien. Alors, je me suis dit : pourquoi on ne louerait pas des plantes aux boutiques, aux cabinets, des endroits comme ça ? Ensuite, on pourrait les entretenir ?
— Ton idée est fantastique, mais des entreprises de ce genre existent déjà. On en avait, quand je travaillais en Angleterre.
— Ouais, mais pas à Oakridge. J’ai demandé à Bill.
— Tu es sûr ?
— Tout à fait. Il le saurait. Il est un peu le roi de la région.
— Eh bien, réfléchis-y, alors.
— Ouais, ouais, j’y compte bien. Je vais cogiter là-dessus parce que je crois, Johnny, que ce serait génial d’être un homme d’affaires. Je ferais de nouveau partie du monde. »
Je démarrai le pick-up, en route pour la ville. J’arrivai à me taire pendant un moment, mais la visite au lac eut finalement raison de mon silence.
« Tu montes souvent à Tunney Lake, Stan ?
— Je ne peux pas nager. Je préfère les bois à côté de chez nous.
— Tu as peur d’aller là-bas ?
— Tu ne devrais pas penser au lac, Johnny.
— Et toi ?
— Parfois.
— Moi, j’y songe beaucoup.
— Tu sais de quoi je me souviens ? J’étais sur le sable, et je me suis réveillé. Je me rappelle comment le soleil brillait, à quel point j’aimais regarder le ciel. J’avais l’impression de tout sentir autour de moi. Et puis j’ai eu tes mains sur ma poitrine. Je pouvais te voir, et aussi le soleil et le ciel. J’étais bien, Johnny. Voilà à quoi je pense parfois. Je me sentais bien. Et les fois où j’ai été mal après, quand je n’arrivais pas à comprendre quelque chose ou que les gosses m’embêtaient, je me souvenais du soleil et de tout ce qui vivait autour de moi. »
La leçon de danse se tenait dans une salle communale accolée à une église au cœur d’une allée résidentielle du faubourg. Un parking en béton, rempli au deux tiers de petites citadines, était aménagé à l’entrée. Plusieurs vieux trottinaient en direction de la porte à double battant grande ouverte.
Stan voulait que je l’accompagne pour le regarder, mais mon excursion en haut du sentier avait réveillé trop d’images douloureuses, et j’avais d’autres projets. Il bouda un peu, jusqu’à ce que je promette de revenir avant la fin de son cours.
Channon était situé au sud-est, vers la Swallow River, aussi loin que possible de la Vieille Ville sans pour autant sortir d’Oakridge. Un quartier où la forêt, peu profonde, était parsemée de petites villas espacées. Un endroit assez isolé, aux loyers modestes.
La maison de Marla était un bungalow en bois de trois pièces, accessible en quelques minutes de voiture. Une haie la dissimulait à partir de la route, et des arbres, sur une vingtaine de mètres, la séparaient de son plus proche voisin. Je passai lentement devant. Une allée serpentait à gauche et, de là où j’étais, je pouvais voir à travers l’issue dégagée. J’avais l’impression que les lieux étaient déserts. Pas de voiture, les fenêtres opaques et sombres.
Je me garai une centaine de mètres plus loin, et revins à pied, la main crispée sur un jeu de clefs dans ma poche. Ces clefs qui ne m’avaient pas quitté pendant tout mon séjour à Londres : deux pour chez mon père, une pour le bungalow duquel j’approchais maintenant.
L’avant de la maison n’avait pas changé. Lorsque Marla et moi avions dégoté ce logement, l’encadrement des fenêtres, ainsi que la porte d’entrée avec ses carreaux mouchetés étaient blancs. Deux jours après avoir emménagé, nous les avions repeints en rouge, histoire de signifier la joie que nous éprouvions d’avoir enfin un foyer. J’avais vingt et un ans, et Marla venait de rompre avec Gareth : un copain de parti, une nana dans son lit.
J’ignorais si elle habitait encore ici. Je lui avais écrit, après avoir fui Oakridge. Elle avait d’abord répondu – des lettres tristes, pleines de rancœur –, puis avait cessé de correspondre. Ensuite, les seules nouvelles que j’avais eues d’elle provenaient des rares courriers et e-mails échangés avec mon père. Même la missive dans laquelle je lui annonçais mon retour était demeurée sans réponse. Quoi qu’il en soit, il me paraissait peu probable qu’elle ait déménagé sans que je le sache. J’étais soulagé de voir que les encadrements et la porte étaient toujours rouges.
Je longeai discrètement le flanc de la maison, jetai un coup d’œil par la fenêtre de notre ancienne chambre, et sus immédiatement que je ne me trompais pas : Marla vivait toujours là. Le lit était identique, la coiffeuse aussi. La pièce était toujours une chambre. Sur la coiffeuse, un cliché de Marla et moi, en pique-nique au bord de la Swallow River.
Je retournai à l’entrée, frappai au battant, puis répétai l’opération au bout d’un certain temps. Rien. Je regardai autour de moi. L’avant de la maison était invisible aux yeux des autres résidents. Je sortis donc la clef de ma poche, l’introduisis dans la serrure, et actionnai le loquet. La porte s’ouvrit. Je restai une bonne minute sur le seuil, à l’écoute, puis avançai et fermai en douceur derrière moi.
Les souvenirs me heurtèrent de plein fouet – le plancher ciré de l’entrée, les deux chambres sur la gauche, le salon à droite, la cuisine et la salle de bains au fond ; la moindre fragrance portait encore la signature de ma présence en ces murs – le bois, l’air réchauffé à travers les vitres. Cette maison et ce que nous y avions vécu avaient été une des raisons de mon départ d’Oakridge.
Le passé me sautait à la figure dans chaque pièce. Les rayonnages que j’avais construits et fixés aux cloisons, les crochets que j’avais mis au dos des portes, le gond stupidement cloué… Cette maison ne constituait toutefois pas un mausolée. Mon fantôme y était présent, mais il était enterré par huit années de vie indépendante, et ne se dévoilait que par bribes, comme si la patine du temps avait été effacée çà et là par le présent.
J’essayai de deviner à quoi avait ressemblé son existence en mon absence. À l’évidence, elle ne s’était pas enrichie, même un peu. Aucune accumulation matérielle ne suggérait une quelconque stabilité financière. S’était-elle remise avec quelqu’un ? Je cherchai des indices. À mon grand soulagement, je n’en trouvai pas. Je sentais pourtant un changement impossible à identifier.
La seconde chambre avait toujours servi de débarras. Nous n’y pénétrions qu’à l’occasion. Elle était à présent exempte d’objets entreposés, et comportait un lit à deux places orné de draps bleu marine et d’un édredon. Je songeai tout d’abord que Marla avait pris un pensionnaire, puis me rendis compte que la pièce était trop dénudée pour une fréquentation permanente. En dehors du lit, je distinguais juste une petite commode et une glace murale. J’avais néanmoins l’impression diffuse que la pièce était occupée, le lit utilisé, le miroir contemplé.
J’ôtai les couvertures. Elles n’avaient pas été lavées récemment. J’y sentis une odeur de foutre. Des taches crasseuses et sèches ressortaient sur le tissu sombre. J’ouvris les tiroirs de la commode. Celui du haut contenait un ensemble de sous-vêtements féminins noirs en dentelle et une bouteille de lubrifiant. Les deux autres étaient vides.
Je refermais les tiroirs lorsque j’entendis une voiture se garer devant. S’il s’agissait de Marla, je ne voulais pas que nos retrouvailles aient lieu dans ces conditions. Et si c’était quelqu’un d’autre, je refusais qu’on me découvre ici. Je jaillis de la chambre, traversai le couloir vers la cuisine. La porte de derrière donnait sur un jardinet. Je la déverrouillai, et attendis, prêt à prendre mes jambes à mon cou pour m’enfuir sans être vu. La taille de la maison exigeait que le visiteur, quel qu’il soit, pénètre d’abord dans le vestibule. Ensuite, je pourrais piquer un sprint sur le côté, et gagner la route. J’espérais que personne ne regarderait par la fenêtre.
Une minute passa. Je n’entendais aucun bruit de pas sur le porche, aucune clef dans la serrure. J’envisageai la possibilité que le conducteur ait juste emprunté l’allée de Marla pour faire demi-tour.
Je refermai la porte, maudissant mon intrusion stupide. Une fois hors de la cuisine, je longeai le couloir sur la pointe des pieds pour me rendre au salon. Dieu merci, les rideaux étaient à moitié fermés. Si je restais collé au mur, je pouvais aller jusqu’à la fenêtre.
L’angle de vue me permettrait d’examiner la plus grande partie de l’extérieur sans m’exposer.
Le bruit que j’avais entendu n’était pas celui d’une voiture qui manœuvre. Assise dans sa Mercedes couleur olive, la femme que j’avais rencontrée ce matin au magasin fumait une cigarette. Patricia Prentice, la très nerveuse et très malheureuse épouse du patron de Stan. Un second véhicule vint se garer dans le jardin.
Ma mère était morte dans un accident de la circulation lorsque j’avais seize ans. Et depuis son décès, je n’avais jamais connu à mon père d’autre femme. Il avait aimé ma mère à sa manière, distante et fermée. J’avais toujours pensé que son sens des convenances l’avait empêché de lui chercher une remplaçante. Apparemment, huit années supplémentaires de célibat avaient un peu érodé ses résolutions, car la seconde voiture était la sienne. Il se tenait debout, à présent, et enlaçait Patricia, une main sur ses seins, l’autre sur ses fesses.
J’étais choqué de le voir toucher une autre personne avec un tel manque de pudeur. Ce comportement était si éloigné de l’image que je m’étais faite de lui. En assistant à cette scène, j’eus le sentiment de lui voler une part d’intimité.
Cependant, cet instant ne dura pas assez pour que j’en éprouve un réel inconfort. Ils arrêtèrent de s’embrasser et de se peloter pour se diriger vers le porche. Je retournai dans la cuisine et demeurai près de la porte jusqu’à entendre la clef dans la serrure, puis les pas dans le vestibule. Je me mis à courir courbé, contournai la maison, puis marquai un temps d’arrêt avant le jardin. J’étudiai l’endroit où les voitures étaient stationnées. Rien de suspect. Mon père et Patricia étaient dans la maison, la porte fermée derrière eux. Je marchai d’un pas rapide jusqu’à la route, et regagnai mon véhicule.
Sur le chemin du retour, je réalisai, troublé, que la croûte de sperme découverte sur les draps devait appartenir à mon père.
La salle où Stan dansait était plutôt spartiate : un plancher nu, une scène sans rideau au bout, un piano et un lot de chaises orange en plastique empilées dans un coin. Presque tous les adhérents étaient sexagénaires ou septuagénaires. Je ne pouvais m’empêcher de me demander si ce rassemblement était un cours ou bien une sorte de programme public destiné à favoriser la vie sociale des participants.
Je restai à l’entrée et assistai à la dernière leçon de l’après-midi. Une stéréo portable, posée sur le piano, jouait un air latino enlevé. Je supposai qu’ils étaient en train d’apprendre le cha-cha-cha. Pour la plupart d’entre eux, exercice était le mot clé. Leurs pas étaient incertains. Ils interrompaient souvent leur mouvement pour discuter du suivant. Stan et sa partenaire évoluaient dans une tout autre catégorie.
Il dansait avec une fille de son âge vêtue d’une robe d’un rose délavé et d’une paire de vieilles baskets. Elle était brune. Ses cheveux, lisses jusqu’aux épaules, paraissaient ternes, mal lavés. Elle gardait les yeux fixés sur la piste.
Ils étaient de loin les plus jeunes, mais bougeaient avec assurance.
Je ne connaissais pas cet aspect de Stan. Mon frère remuant, toujours dans la précipitation, devenait soudain gracieux. J’avais l’impression que, dans ce monde composé de mouvements codifiés, il reprenait confiance en lui, en ses possibilités. Il récupérait un peu de ce qu’il avait perdu au lac.
Lorsque le cours se termina, Stan et moi sortîmes sur le parking. Sa cavalière nous avait devancés et patientait à côté d’une vieille Datsun orange. Sa clef à la main, elle n’avait pas ouvert la voiture. Stan lui fit signe. Elle évita son regard, mais lui rendit son salut avec un sourire.
Tandis que nous déboîtions sur la chaussée, Stan se tourna pour continuer à la voir. Puis il se redressa en soupirant.
« Tu en penses quoi, Johnny ?
— Tu as été super. Trop doué pour le reste des participants. J’ignorais que tu dansais aussi bien.
— Et Rosie ?
— La fille avec qui tu étais ? Elle était douée aussi.
— J’aime m’entraîner avec elle.
— Espèce d’obsédé. »
Stan rit, à la fois gêné et flatté par cette réflexion virile.
« Tu l’as déjà invitée quelque part ?
— Non.
— Tu comptes le faire ?
— Elle pourrait refuser.
— Qu’est-ce que tu racontes ? »
Stan haussa les épaules et regarda par la fenêtre.
« Je ne sais pas…
— J’ai l’impression qu’elle t’apprécie. »
Stan se tourna vers moi. Il souriait.
« Ouais. »
Le silence s’installa pendant un moment. Comme nous passions par la Vieille Ville, il reprit la parole :
« Johnny, tu as réfléchi à mon idée ?
— Le coup des plantes d’intérieur ?
— Ouais. J’ai trouvé un nom. Plantorotops. T’en dis quoi ?
— Comme un dinosaure ?
— Voilà.
— Un dinosaure herbivore ?
— T’as pas compris, hein ? Plantor-o-tops. Planteurs au top. Planteurs au top ! On serait les Godzilla de l’industrie végétale. » Il pointa son doigt vers l’extérieur. « Regarde tous ces magasins. Il y en a tellement qui voudraient des plantes, j’en suis sûr. Tu crois que l’affaire marcherait ?
— Beaucoup d’enseignes ont déjà une décoration végétale.
— Pas la bonne. Pas disposée comme il faut ni entretenue. Les gens ignorent tout, Johnny. Ils n’ont pas le temps. On pourrait les livrer, leur installer les pots, et revenir chaque semaine pour arroser, nettoyer, remplacer. Les riches pourraient même en avoir dans leurs maisons.
— Donc, on doit acheter un camion, les plantes, trouver un fournisseur, faire de la pub, et dénicher un bureau où travailler. »
J’avais établi cette liste sur le ton de la plaisanterie, histoire d’éclairer son projet sous un angle pragmatique, mais avant même d’avoir fini, je regrettai d’ironiser avec tant de cynisme. À ma grande surprise, il ne sembla nullement déstabilisé.
« Ouais, et il nous faudra aussi un lieu de stockage pour nos plantes. Un entrepôt, ce genre de truc.
— Tu es sérieux ?
— Aussi sérieux qu’un infarctus. Tu ne penses pas que c’est un bon plan ?
— Je pense qu’on doit vraiment calculer notre coup. Tu ne peux pas te lancer là-dedans sans préparation.
— Pourquoi pas ?
— Tu dois organiser, planifier. Te pencher sur les moindres détails.
— On n’a qu’à se lancer, Johnny.
— Stan…
— On conduit quoi ?
— Une voiture.
— Un pick-up. Donc, pas besoin de van. J’ai entendu parler d’un fournisseur à Burton, je demanderai à Bill. Inutile d’avoir un bureau, et pour entreposer les végétaux, Bill a ce deuxième entrepôt, dont il ne se sert pas. Il nous le laissera, j’en mettrais ma main à couper.
— Il nous le louera, tu veux dire. »
Stan roula des yeux, comme si j’ergotais.
« Non, Stan, c’est important. On devra payer pour tout. Rien n’est gratuit, tu sais.
— Je suis au courant, Johnny. J’ai économisé toute ma paye. Papa me l’a conseillé. J’ai presque neuf mille dollars.
— Arrête tes conneries.
— J’ai cette somme.
— Je ne sais pas si ce sera assez pour monter une entreprise.
— Toi aussi, tu as de l’argent, non ?
— Ouais, quelques milliers de dollars.
— Alors, on pourrait les mettre en commun. Devenir hommes d’affaires. Allez, Johnny, s’il te plaît. Je veux être quelqu’un qu’on salue dans la rue. Je t’en prie, Johnny. Si je suis un chef d’entreprise, les gens arrêteront de me prendre pour un débile.
— Tu n’es pas débile, ne raconte pas ça.
— Johnny !
— D’accord, d’accord… Laisse-moi y réfléchir. Ta proposition est tentante, mais je veux encore l’étudier. »
Stan sourit et donna un coup de poing en l’air.
« Yes ! »
Ce soir-là, dans mon lit, je retournai le problème. Il me paraissait impossible d’y aller bille en tête, à la manière de Stan. Avoir son propre commerce impliquait une certaine préparation, des études de marché, des levées de fonds, de l’anticipation et des stratégies spécifiques…
Cependant, cette entreprise n’était pas un but en soi. Stan était convaincu qu’en se lançant dans les affaires il compenserait une partie de ses déficiences mentales, qu’il serait traité sur un pied d’égalité avec le reste de la société. Si ce projet, si naïf qu’il soit, pouvait le rendre plus heureux, suffire à son épanouissement, je devais faire mon possible pour qu’il se concrétise.
Toutes nos économies y passeraient, et notre manque d’expérience nous vouerait sans doute à l’échec dès le départ, mais j’étais responsable de ce qu’il était devenu. Je devais saisir ma chance de rembourser ma dette envers le passé.
Plus tard dans la nuit, j’étais encore éveillé lorsque la porte de ma chambre s’ouvrit. Stan passa la tête par l’entrebâillement.
« Tu t’es décidé ? Je n’arrive pas à dormir, je suis trop excité. Tu as réfléchi à Plantorotops ?
— Ouais. Je suis avec toi, mon pote. »
Stan hoqueta de surprise. L’espace d’une minute, il fut pétrifié, puis commença à réaliser, les mains tremblantes.
« Vrai, Johnny ? Vrai de vrai ?
— Mais je ne veux pas en parler à papa pour l’instant, O.K. ? On doit d’abord vérifier certaines choses. Et, avant tout, voir cette histoire d’entrepôt avec Bill.
— Tu m’étonnes, Johnny. Oh bon Dieu, j’en ai la tête qui tourne ! »
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