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Matthew Stokoe · Chapitre 3 sur 35

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Chapitre 3

 

Gareth était un roux élancé. Son teint pâle suggérait qu’une couche de poussière, sous la peau, essayait d’atteindre la surface. Il avait l’habitude de mettre ses mains sur ses hanches et de se pavaner tel un coq.

Nous nous étions rencontrés dans un bar quand j’avais dix-huit ans. Il en avait dix-neuf, arrivait de Sacramento et venait de s’installer à Oakridge, dernière étape d’une série de déménagements débutée à douze ans, lorsque sa mère s’était enfuie avec un autre homme. Son père, mécano, avait acheté un petit garage en ville, qu’ils géraient seuls tous les deux.

J’aimais bien traîner avec lui au début. Nous adorions les voitures, aimions la même musique, nous saoulions à la bière. Néanmoins, quand je le connus mieux, je m’aperçus de certains aspects dangereux de sa personnalité.

L’abandon maternel et les échecs de son père à leur assurer un minimum de sécurité financière l’avaient imprégné d’un sentiment persistant d’inutilité. Il ne se croyait pas inférieur aux autres, simplement, il était persuadé que son existence ne signifiait rien aux yeux du monde. Cette tendance l’incitait à traiter les gens comme des reflets rassurants. Une perception d’autrui qui rendait sa fréquentation monotone et épuisante. Une fois au moins, cette inclination dégénéra en une spectaculaire explosion de violence.

Nous avions coutume de jouer au billard dans un petit bar du faubourg, un quartier populaire. Une nuit, je m’exerçais en solo en attendant Gareth : nous devions aller voir jouer un groupe à Burton. Deux mecs en vacances, venus de la côte, trouvèrent malpoli que j’utilise une table pour m’entraîner au lieu de faire une vraie partie. Les choses s’envenimèrent et je jugeai finalement préférable de céder la place. Je partis retrouver Gareth chez lui. Mais ils n’étaient pas satisfaits. Ils me suivirent au moment où je quittais l’établissement.

Ma voiture était garée à plusieurs centaines de mètres, dans une sorte de no man’s land entre le quartier populaire et le centre commercial d’Oakridge. Il y faisait noir. La chaussée était bordée de terrains envahis de mauvaises herbes, destinés à combler l’expansion rampante du faubourg. Les deux types décidèrent que les lieux étaient parfaits pour rosser un autochtone arrogant.

Ils étaient ivres et balaises. Après m’avoir frappé deux ou trois fois, l’action et la gnôle combinées portèrent leur colère à ébullition. L’un d’eux me tint tandis que l’autre sortait un cran d’arrêt dans le but de graver ses initiales sur ma poitrine. L’endroit où nous nous trouvions tourna cependant à leur désavantage. La rue était l’un des chemins que Gareth empruntait pour se rendre au bar.

Tout d’abord, ils ne s’aperçurent pas de sa présence, car il ne cria pas, ne leur demanda nullement de s’arrêter. Il se contenta d’arriver, armé d’une manivelle, et de frapper le gars au couteau. Un coup à la tempe, assez puissant pour l’étaler aussitôt. Celui qui me tenait me jeta sur le côté et avança. Il faisait la même taille que Gareth, mais pesait vingt-cinq kilos de plus. Sa masse musculaire ne fit pas grande différence. Gareth lui éclata la tronche d’un revers de manivelle avant de le rouer de coups de pied aux côtes, jusqu’à ce qu’on entende craquer dans sa poitrine.

Ce fut cette nuit que je pris conscience de la dangerosité potentielle de mon ami. Et même s’il m’avait sauvé la vie, je ne fus plus jamais vraiment à l’aise avec lui, ce qui m’épargna bien des soucis deux ou trois années plus tard.

 

Gareth avait rencontré Marla lorsqu’elle avait amené sa voiture au garage de son père. Marla était une orpheline de dix-sept ans qui avait atterri à Oakridge quand sa troisième famille d’accueil était venue travailler en tant que gardiens dans un campement. Après une enfance et une adolescence à la dure sur le bitume de Los Angeles, globalement malheureuses et peu aimantes, Marla avait trouvé en Oakridge une véritable oasis, un havre de paix qui la préservait de son passé et qu’elle n’avait aucune intention de quitter. Et lorsque ses parents adoptifs décidèrent, deux ans plus tard, de retourner en ville, elle resta seule, occupant divers postes de serveuse dans plusieurs cafés et restaurants d’Oakridge. Elle subsistait ainsi depuis trois ans au moment où elle et Gareth avaient commencé à se voir.

Pour Marla, il constituait un rempart contre le déracinement. Gareth, quant à lui, pensait que la présence de n’importe quelle femme séduisante à ses côtés était utile : elle prouverait son existence au monde. Cependant, Marla représenta davantage. D’une manière étrange, pour un type si obsédé par lui-même, il découvrit l’amour.

Ils habitèrent ensemble un petit appartement au-dessus du garage paternel. Lorsque nous étions seuls tous les deux, il parlait sans cesse d’elle. Cette idylle aurait pu conduire à un mariage, une vie commune, des enfants… sauf que je tombai moi aussi amoureux de Marla. Et qu’elle éprouva des sentiments similaires à mon égard.

Quand notre histoire naquit et que je la ravis à Gareth, notre amitié n’y survécut pas. Il rompit tout contact avec moi, refusa même de regarder dans ma direction les fois où nous nous croisions dans la rue. Sa colère, son hostilité d’amant bafoué n’avaient pas diminué d’un iota quand je quittai Oakridge un an plus tard. De le retrouver maintenant, à m’attendre sur le parking du magasin de jardinage, suscita tout de suite ma méfiance.

Il décolla son dos de la Jeep et tendit la main vers moi.

« Mon petit Johnny. Ça fait un bail, mon pote.

— Gareth. »

Nous nous saluâmes. On aurait presque pu croire à deux vieux amis contents de se revoir. Cependant, Gareth dut sentir ma réticence. Il s’éclaircit la voix et plongea les mains dans ses poches.

« Quelle coïncidence hallucinante, Johnny. Quand j’ai appris que tu étais revenu, j’ai espéré de tout mon cœur te rencontrer. Et voilà. J’attends cet instant depuis une éternité, mec.

— Vraiment ?

— Ce qui s’est passé entre nous, c’était n’importe quoi. La perte de Marla a été un sacré choc, je ne vais pas prétendre le contraire, mais après ton départ, on ne s’est pas remis ensemble comme par magie. J’ai compris qu’il fallait l’accepter. Je me suis senti con, tu sais ? On était potes. Ce qui est arrivé avec elle n’aurait pas dû influer sur notre amitié.

— Eh bien, c’est de l’histoire ancienne.

— Ouais. Mais je me suis promis que, si l’occasion se présentait, je me rattraperais. »

J’avais assez de préoccupations avec Oakridge sans en plus m’impliquer avec Gareth et son sens spécial de la camaraderie. Pourtant, il se tenait en face de moi, une branche d’olivier à la main. Je n’avais pas beaucoup le choix, semblait-il. Pour couronner le tout, je ne pouvais m’ôter de l’idée qu’il m’avait sauvé la vie.

« D’accord.

— Super, mec. Super ! Tu m’enlèves un putain de poids. »

Nous échangeâmes des politesses un moment, puis je sortis mes clefs et fis mine de regagner mon pick-up. Gareth parut tout à coup horrifié.

« Mon pote, où tu vas ?

— À la maison.

— Je pensais… Écoute, tu ignores tout de ma vie, maintenant. Pourquoi tu ne viendrais pas chez moi ? On n’a plus le garage. Tu vas adorer, promis.

— Je ne sais pas…

— Allez, mon petit Johnny ! Suis-moi en voiture. Une heure de ton temps. Bon Dieu, mec, ce jour est mémorable ! »

 

Nous quittâmes le magasin et prîmes à droite au niveau de la boucle, le long de la large courbe du bassin d’Oakridge, au nord-est. La campagne environnante était constituée de forêts peu épaisses, ponctuées de chemins menant aux jardins de vastes demeures style fermes restaurées. J’avais les vitres baissées. L’air chaud dégageait une odeur d’aiguilles de pin et de goudron brûlant. Nous fîmes un bout de route en parallèle à la Swallow River. Les arbres sur le bas-côté brisaient ses reflets métalliques pour produire un motif de feuillages en contre-jour et d’éclaboussures argentées.

Lorsque les maisons éparpillées disparurent, la végétation devint plus dense. Je commençais à me douter de notre destination. Bien entendu, j’aurais pu faire demi-tour, tracer à l’opposé, vers la ville rassurante. Mais je savais que mon séjour à Oakridge m’obligerait tôt ou tard à revenir ici, et qu’il me serait impossible de me réconcilier avec le passé autrement.

Je suivis donc Gareth quand il tourna sur un chemin de terre constellé d’ornières. Le sentier avait été creusé à flanc de coteau par l’Office des Forêts à l’époque de la Grande Dépression. Il nous fallut grimper cinq minutes de raidillon avant le plat qui aboutissait à un endroit connu de tout Oakridge. Pour moi, il représentait une marque au fer rouge sur l’épiderme tendre des souvenirs. Je n’y étais pas revenu depuis l’âge de dix-huit ans.

Tunney Lake, quatre cents mètres sur cent cinquante, était de forme ovale. Son côté le plus long était bordé d’une plage de sable rugueux, délimitée à droite par une forêt touffue, et à gauche par une aire déboisée. L’extrémité du plan d’eau était exempte de rivage. Uniquement une falaise. Deux cents mètres de rochers grêlés à pic dans les flots. Les arbres continuaient à pousser au sommet, ce qui lui donnait l’apparence d’un bac à savon géant taillé dans la colline.

Quelques groupes de baigneurs épars prenaient le soleil sur la plage ou s’ébattaient dans l’eau noire. Mais la majeure partie des lieux demeurait déserte. Un jour de semaine, en fin de matinée, la population locale était au travail. Et les touristes, ignorant la récompense que leur offrirait la beauté du site, étaient presque systématiquement découragés par l’état de la route.

Le layon que nous parcourions faisait la quasi-totalité de la plage. Il se terminait par un parking sale équipé d’un petit cabinet de toilette dans un coin. Un bungalow muni d’un hangar, ainsi qu’une rangée de cabanes en planches délabrées, se dressaient au-delà du terrain jouxtant la grève. Un embarcadère en bois avançait sur l’eau. On pouvait distinguer une barque à rames retournée en début d’appontement. La peinture blanche de la coque s’écaillait au soleil.

Nous nous garâmes sur l’aire de stationnement et sortîmes de nos véhicules. Gareth effectua quelques pas vers le bungalow avant de se retourner, bras écartés.

« Et voilà, Johnny, notre nouvelle et vaillante entreprise. »

Le bungalow et les cabanes avaient eux aussi été bâtis par l’Office des Forêts dans les années 30. Ils s’en servaient comme baraquements à l’époque où ils défrichaient des chemins de randonnée un peu partout sur les collines d’Oakridge. Lorsqu’ils avaient édifié ces constructions, elles n’étaient censées durer que deux ou trois ans, mais les cloisons et les fondations s’étaient révélées de bonne facture. Les bâtiments persistaient depuis plus de soixante-dix ans. La plupart des revêtements n’étaient toutefois pas d’origine. Les toits n’étaient plus qu’un assemblage disparate de tôles de remplacement.

D’aussi loin que je me souvienne, l’endroit avait toujours fait office d’hôtel bas de gamme à destination des rares touristes assez courageux pour braver la route, ou des habitants de la région parfois trop saouls pour redescendre la colline après leur barbecue. Les propriétaires s’étaient succédé. La dernière fois que j’étais venu, le site appartenait à Bill Prentice. Un investissement périphérique assez pauvre, comparé au succès rencontré par son magasin de jardinage.

La fenêtre à l’avant du bungalow était ornée d’un néon Réception rouge et blanc. On avait transformé la pièce face au lac en bureau. Je ne parvenais pas à voir clairement à travers les rideaux noirs de crasse, mais j’avais l’impression que personne n’attendait de client.

Gareth me fit entrer. L’accueil était composé d’un comptoir en Formica où s’empilaient des morceaux de papier et des tasses vides. Une porte, derrière, donnait accès au reste de la maison. Nous la franchîmes, puis empruntâmes un couloir. Nous passâmes devant des pièces sombres. Je sentais une odeur d’huile de friture usagée et des relents d’urine.

Nous parvînmes enfin à un grand salon-cuisine. Une énorme porte vitrée sur le mur du fond permettait d’apercevoir une partie du hangar et de la forêt. Le sol était recouvert d’un tapis poussiéreux, usé jusqu’à la trame, sur lequel on avait disposé à la va-vite un canapé élimé. L’âtre de la cheminée était rempli de cendres froides. Il voisinait avec une table rayée jonchée de pièces mécaniques.

« Comme tu le vois, on a fait le grand saut.

— Tu gères les cabanes ? »

Un type en chaise roulante poussa la porte de derrière et vint vers nous. Il avait entendu notre conversation et grogna :

« Quand quelqu’un arrive à monter cette putain de route. »

Je le connaissais, mais il avait beaucoup changé depuis la dernière fois. En ce temps-là, David, le père de Gareth, était un dur à cuire de taille moyenne qui vous expliquait, si vous le lui demandiez, qu’il se défonçait au boulot trois cent soixante-cinq jours par an. À présent, ses jambes étaient atrophiées, son visage creux, parcheminé, et une cicatrice lui barrait la gorge. Sans compter qu’il était en fauteuil roulant.

Il vint jusqu’à moi et m’adressa un regard sec.

« Ce qui ne se produit presque jamais. Je me souviens de toi. »

Il tendit la main, je la lui serrai, et il repartit en direction de la table. Il parla par-dessus son épaule : « Tu sais ce que c’est ? Un putain de grille-pain, en théorie. Ces connards de Japs les fabriquent avec des pièces si fragiles qu’après douze mois ce ne sont plus des toasters. Juste un joli assemblage compact de bouts de métal. »

Gareth l’observa tristement.

« Tu as besoin de quelque chose, papa ?

— Une paire de guiboles et un bon filon. »

Gareth essaya de sourire, en vain. Il se rendit à la cuisine, prit deux bières dans le frigo, et me fit signe de le rejoindre par la porte de derrière, jusqu’à un carré de pelouse. Nous nous installâmes au soleil sur deux chaises de jardin en plastique.

« Qu’est-il arrivé à ton père ?

— Cet endroit. Pour l’acheter, il a revendu son garage voilà cinq ans. Il était persuadé d’avoir dégoté une affaire.

— Sans déconner ?

— Maintenant, cette histoire paraît débile. Mais à l’époque, les choses étaient différentes. L’emplacement serait une véritable mine d’or, s’il n’y avait pas la route. Trop cabossée pour les touristes. À la manière dont on a présenté le marché au vieux, le chemin allait être rénové. Et qui lui a cédé la propriété ?

— Elle appartenait à Bill quand j’habitais là.

— Tout à fait. Un an avant que mon père se mette sur le coup, Prentice était passé adjoint à l’urbanisme. Il décidait quel pont allait être construit, où disposer les feux de signalisation, et cetera. Et, bien sûr, quelles routes méritaient d’être refaites. Le conseil municipal devait certes voter, mais il avait beaucoup de poids. S’il appuyait une résolution, il avait de bonnes chances d’être suivi. Quoi qu’il en soit, le temps passe et Bill est confronté à un problème de liquidités. Il vend les cabanes. Sa femme est dix fois plus riche que lui. Elle aurait pu le renflouer, seulement, elle préfère à l’évidence séparer ses actifs des entreprises de son mari. Alors Bill a besoin d’un acheteur. Ce trou est complètement perdu et personne ne mord à l’hameçon. Sauf papa. Pourquoi a-t-il été plus bête que les autres ? Bill a laissé filtrer, l’air de rien, une information selon laquelle la municipalité se préparait à mettre en chantier un accès digne de ce nom au lac. Bingo. Des tonnes de touristes, de l’argent à ne plus savoir qu’en faire. Papa était ferré.

— Si le projet était sûr, pourquoi Prentice se retirait-il ?

— Oh, il avait une réponse toute trouvée. Devine quoi ? Le conseil refuserait de valider la construction si l’un des édiles était susceptible d’en bénéficier. Pas mal, hein ?

— Et les travaux n’ont jamais eu lieu.

— La municipalité a changé d’avis. La période n’était pas propice à ce genre de dépenses ou une connerie du même acabit. Bill a juré ses grands dieux qu’il croyait l’affaire conclue. Il était vraiment désolé. Bien entendu, il refusait de racheter les cabanes. On s’est retrouvés bloqués avec une propriété qui ne rembourse même pas les frais courants.

— Et le fauteuil roulant ?

— Après deux ou trois ans à s’échiner, papa a commencé à souffrir de dépression. Ils l’ont mis sous traitement. Sans succès. Il avait juste besoin d’un paquet de fric. En plus de la dépression, il n’arrivait plus à dormir. Je n’étais pas au courant, à ce moment-là, mais certains dépressifs développent des tendances suicidaires lorsqu’on leur prescrit des somnifères. Alors les toubibs ont décidé de ne plus rien lui donner. Mon père a donc appelé un motard dont il avait réparé la Harley, quand il possédait le garage. Il s’est retrouvé avec une cargaison de benzos. Environ un mois plus tard, il a sauté du hangar, la corde au cou. Il serait mort si la poutre à laquelle il avait attaché la corde n’avait pas été pourrie. Il est tombé les pieds en avant, s’est brisé le dos.

— D’où le pneu de la voiture de Prentice, aujourd’hui ?

— Mesquin, je sais. Mais je ne peux pas m’en empêcher. »

Les cabanes étaient situées un peu plus loin que le bungalow, en retrait du lac. De nos chaises, nous distinguions l’avant de la rangée. Elles semblaient en majeure partie inoccupées. Pourtant, à l’instant où Gareth cessa de parler, deux filles, la petite vingtaine, maillots serrés et lunettes de soleil démesurées, passèrent par le sentier du parking pour rejoindre la dernière baraque. Elles déverrouillèrent la porte et y entrèrent. Je haussai les sourcils.

« Tu as des clients, alors ?

— Elles représentent ce qu’on appelle une source de revenu alternatif.

— Hein ?

— Des putes, mon petit Johnny. Nous entretenons une relation d’intérêt commun. J’organise les passes et leur offre un logis, elles me donnent trente pour cent.

— Tu plaisantes ?

— Non. Oakridge a changé en ton absence. Tous ces riches, en hauteur sur les Flancs, ont l’habitude de s’offrir ce qu’ils veulent. Et certains ont envie de sexe. Voilà toute la différence entre une entreprise qui coule et une autre qui surnage.

— Ils viennent jusqu’ici ?

— Jamais de la vie. À domicile uniquement. Un type qui claque trois cents dollars pour une fille ne va pas risquer sa Porsche sur le sentier. Ce marché est une niche, mais elle est florissante, crois-moi. »

Gareth se tut un moment. Je pouvais voir une lueur calculatrice dans ses yeux. Lorsqu’il reprit la parole, il adopta pourtant un ton sincère.

« Peut-être que tu pourrais me donner un coup de main. Tu n’as pas de travail, hein ?

— Non.

— J’ai besoin d’un chauffeur de temps en temps. Quelqu’un pour emmener les filles au boulot et les raccompagner.

— Comme un mac ?

— Comme un chauffeur. Le mac, c’est moi.

— Je ne suis pas chaud pour être mêlé à ce genre de magouille. »

Gareth m’étudia. On aurait dit qu’il essayait d’évaluer à quel point j’étais demeuré. Puis son visage s’éclaira.

« Marla.

— Quoi ?

— Marla. Tu penses que traîner avec des putes n’est pas la meilleure initiative à prendre si tu veux te remettre avec elle.

— D’où tu tiens une chose pareille ?

— Mais j’ai raison, pas vrai ?

— Je ne sais pas quels sont mes projets.

— Je m’en tape le coquillard, mon pote. Retourne avec elle, ne la revois pas. Ta décision ne changera rien pour moi. Il est beaucoup trop tard. Réfléchis juste à ma proposition, d’accord ? Je n’aime pas laisser papa seul la nuit. Tu me tirerais une sacrée épine du pied, et ce serait de l’argent facile. »

Pendant notre conversation. David émergea de la maison et se dirigea vers le hangar. Il commença à travailler sur un tour de précision. Les crissements métalliques mirent un terme à notre échange, quel qu’en fut la nature. Gareth se leva et me fit signe d’entrer dans le bâtiment. Il me chuchota à l’oreille : « Fais semblant d’être intéressé. »

Tous les établis, ainsi que les outils électriques, avaient été mis à niveau afin que David puisse les atteindre de sa chaise. Quand il réalisa que nous le regardions, il arrêta le tour et s’empara d’un cylindre en métal.

« Un pied de lampe. On m’en a commandé deux cents. Jetez un coup d’œil, admirez la qualité. »

Il passa une minute ou deux à vanter les mérites de son ouvrage et Gareth m’expliqua que son père fabriquait des pièces sur mesure pour un cabinet d’architectes à San Francisco. Les objets qu’il élaborait étaient en série limitée. Introuvables en magasin. J’émis quelques bruits d’appréciation idoines, mais j’en avais déjà assez de Gareth. Cette parenthèse fut l’occasion de lui fausser compagnie. Je prétextai devoir aller chercher Stan.

Gareth me raccompagna jusqu’au bungalow. Sur le seuil, il parvint à me convaincre de lui donner mon numéro de portable.

« Il faut qu’on reste en contact, Johnny. Tiens, prends une photo de moi. Il faut marquer ce jour d’une pierre blanche. Garder un souvenir. »

Je n’avais pas envie de conserver le moindre souvenir le concernant, mais je m’exécutai. Prendre un cliché avec mon portable serait plus rapide que d’argumenter.

Quand il eut regagné son bungalow, je traversai le parking, passai devant mon pick-up, et ôtai mes chaussures sur la bande de pelouse séparant la route de la plage. J’entrepris de marcher le long du lac.

Marla et Gareth étaient en couple depuis presque un an lorsqu’elle et moi comprîmes que nous finirions ensemble. J’étais souvent chez eux. J’avais vu les plats qu’elle cuisinait, le ménage dont elle s’occupait, l’affection normale qu’elle lui prodiguait. Et je m’étais aussi aperçu, le temps aidant, qu’elle n’était pas amoureuse de lui. Alors j’avais commencé à fréquenter le café où elle travaillait. Pendant ses pauses, nous nous asseyions et bavardions. Elle était sa compagne, j’étais son ami. Nous savions tous deux ce qui était en train de se produire, mais étions impuissants à le réfréner.

Bien entendu, l’occasion se présenta de passer à l’étape suivante. Un jour idéal : température exceptionnellement élevée, Marla en congé, et Gareth en voyage avec son père à Sacramento pour acheter des pièces automobiles. Stan avait onze ans et les vacances d’été battaient leur plein. Il voulait aller nager. Quoi de plus naturel, de plus anodin en une journée si chaude, que d’emmener Marla avec nous au lac ? Que faire, par une telle canicule, excepté se baigner ?

Si nous étions allés ailleurs, là où les routes étaient en bon état et où les marchands de glaces pullulaient, le rivage aurait été bondé. Même pour un endroit comme Oakridge, la foule était assez dense. Nous avions trouvé un emplacement à l’extrémité sud du lac, environ deux cents mètres avant que la plage se termine en une étendue de rochers d’où émergeait, plus loin, la forêt. Nous avions étalé nos serviettes et plongé dans l’eau.

Je garde un souvenir précis de nous ce jour-là. Des instants fugaces dans l’onde miroitante devant moi, semblable au soleil à travers la vitre d’un train en marche. Et quel soleil ! Il est partout, il se saisit de nos éclaboussures dans l’air, enduit la surface du lac de longs festons arqués. Sous son action, la peau humide de nos corps se raffermit, elle devient plus vivante, plus belle. Je vois ses reflets sur la chevelure noire et trempée de mon frère, la manière dont il fait ressortir la blancheur de ses dents, comment des diamants naissent dans les gouttes qui jaillissent. Stan bondit, de l’eau jusqu’à la taille, envoie des gerbes dans l’atmosphère et observe la scission du liquide à l’intérieur duquel se tissent toutes les couleurs du monde. Il cria : « Hé, Johnny ! Hé, Johnny ! Regarde-moi ! »

Je regrette que ces images ne soient pas les seules à me rester en mémoire. Je voudrais qu’une partie de moi soit assez forte pour s’y cramponner. Mais une autre image recouvre cette cavalcade scintillante. Elle avait attiré encore et encore mon regard durant la dernière période d’insouciance qui nous avait unis : le dos de Marla. Plat et doux, souple lorsqu’il pivote sur l’axe vertébral, l’attache de son soutien-gorge, l’élastique de son maillot délicieusement entortillé en une ligne autour des hanches, au moment où elle saute et asperge Stan. Et moi, derrière elle, qui la contemple, frissonnant devant cette certitude forgée à l’instant même : mes mains toucheront son corps, je déferai le soutien-gorge, mon pouce écartera l’élastique autour de ses hanches, le baissera sur ses cuisses…

Notre destin est scellé à cette seconde et, à vrai dire, il ne reste plus qu’à attendre.

Ah, cette image… Cette conviction. Tout ceci aurait dû constituer une réminiscence étincelante, une torche olympique éclairant le tunnel du passé. Mais à présent, tant d’années après, le dos de Marla incarne moins sa beauté et mon désir que mon égoïsme terrible.

Nous nous étions ensuite allongés de tout notre long au soleil, côte à côte, nous abreuvant de la chaleur comme les cellules d’une batterie géante organique. L’extérieur de ma cuisse appuyait contre celle de Marla. Notre sang palpitait à la limite de notre épiderme jusqu’à ce que nous ne puissions plus ignorer ce que nous allions faire.

Je prévins Stan que Marla et moi allions nous promener dans la forêt. Il voulait venir, bien entendu, et quand je lui indiquai qu’il devait rester pour garder nos affaires, il m’opposa un grognement résigné. Il ne semblait pourtant pas malheureux. Il se mit sur le ventre et sortit un livre de son sac. Au moment de partir, je regardai son dos maigre. Stan était un garçon futé. Assez pour avoir sauté une classe à l’école. Son quotient intellectuel lui permettait d’exceller dans la plupart des domaines, mais il était piètre nageur. Même s’il adorait l’eau, il ne parvenait, au mieux, qu’à nager en chien.

« N’oublie pas ta crème solaire.

— D’accord. Dans une minute.

— Et souviens-toi : ne va pas dans l’eau, hein ?

— Aucun problème.

— Promis ?

— Ouais, Johnny, j’ai compris. Interdit d’aller dans l’eau. »

Marla et moi marchâmes d’un pas tranquille sur le sable, mais dès que la forêt se referma sur nous, elle prit ma main et nous nous mîmes à courir. Nous n’avions aucune idée de notre destination. Nous savions néanmoins ce dont nous avions besoin. La terre était parsemée de longues herbes tendres entre les arbres. La lumière, à travers la canopée, dessinait des nappes ensoleillées. Entre ces asiles de chaleur, le sous-bois était frais et ombragé, l’ivraie froide contre nos jambes.

Quelques centaines de mètres en deçà du lac, nous trouvâmes une dépression verdoyante dans un cône de lumière. Nous fîmes halte en son centre. Le bruit de notre course s’interrompit tout à coup. Nous nous tenions face à face, essoufflés, souriants. La lumière et l’obscurité. Un bref instant de paix. Loin des éclaboussures et des pique-niques. Nous n’avions aucune raison d’hésiter, de remettre en cause nos actions, mais dans ce sanctuaire arboré, nous étions seuls, en tête à tête avec nos convoitises réciproques. Je sentis le soleil torride sur ma peau, mes yeux, jusqu’aux mèches de mes cheveux.

L’herbe glissa sur nos corps quand nous nous allongeâmes. Elle paraissait avoir été polie. Nos mouvements déclenchèrent des froissements, des accrocs. Les brins badigeonnèrent nos genoux, nos coudes et nos épaules de traînées vert pâle. Ce moment n’était pas destiné à durer. Nous le volions et il n’était pas question de le perdre dans les arpèges langoureux de l’amour. Nous raflâmes tout en bloc, autant que nous pûmes en une poignée de minutes. Lorsque ce fut terminé, l’odeur des brins d’herbe brisés monta autour de nous tandis que nous demeurions allongés l’un contre l’autre.

Qui se souvient des projets que nous avions formulés alors ? Des résolutions prises pour unir nos existences, de l’inquiétude suscitée par la douleur que nous allions infliger à Gareth ? Ces soucis n’avaient pas lieu d’être, ce jour-là. Les bruits du lac portaient jusqu’à nous. Ils étaient étouffés par la végétation, mais si vous tendiez l’oreille, il était possible de savoir ce qu’ils signifiaient : la gamme mutine des rires, les protestations aussitôt abrégées d’un enfant mécontent, les appels d’une mère, deux ou trois notes répétées à l’infini, semblables à un instrument qu’on accorde…

Évidemment, nous n’avions pas perçu ces sons durant notre étreinte. Pourtant, à présent que nos corps se relâchaient, ils commençaient à nous parvenir. Petit à petit, ils changèrent. Ils passèrent de la banalité à une rumeur entrecoupée qui perça le doux cocon dans lequel Marla et moi nous étions blottis. L’espace d’un instant, je me contentai d’écouter, toujours allongé, dans l’espoir de les décrypter. Et soudain, j’enfilai mon caleçon, puis courus, courus, courus…

Les échos que j’avais distingués étaient ceux de la panique, du danger, et de la frayeur. Et j’en connaissais déjà la cause.

Hors de la forêt. Sous le soleil. Nos serviettes et nos sacs étaient toujours en bordure du lac. Le livre de Stan aussi. En dépit de mon souhait le plus ardent, malgré tous les appels que j’aurais pu lancer pour qu’il se réalise, mon frère n’était pas là, en train de lire. Plusieurs centaines de mètres en aval, un groupe de personnes se rassemblait au-dessus de quelque chose.

Je me frayai un passage, écartai les gens à coups d’épaule, et stoppai brutalement. Un homme agenouillé contractait ses bras de haut en bas. Son jean et sa chemise étaient trempés. Sous ses mains, le corps de mon frère était pâle, immobile à faire peur. La poitrine s’affaissait et l’un de ses pieds bougeait au rythme du massage, mais j’avais déjà compris qu’il avait cessé de vivre. Je tombai à genoux en face de l’homme, saisi d’un irrépressible besoin d’expliquer que j’étais celui pour qui cet événement était le plus horrible, de confesser à cette rangée de visages, à ces yeux baissés sur moi, ma part de responsabilité dans cette tragédie.

Les seuls mots à franchir mes lèvres furent : « C’est mon frère. »

Le type me montra comment faire. Il attrapa mes mains, les posa à la place des siennes, me bloqua les épaules.

« Quand j’arrête de souffler, pompez. »

Pendant plusieurs secondes, l’arrière de son crâne me cacha le visage de Stan. Je sentis sa poitrine squelettique se soulever, puis retomber sans aucune élasticité ni volonté d’inspirer ou d’expirer. Sa chair était lourde sous mes paumes, comme si les muscles et les tissus avaient été compressés.

Je gémissais. Je distinguais ma plainte, incapable de m’arrêter.

« Pompez ! Pompez ! »

J’appuyai d’un coup sur sa poitrine.

Des gens dans l’assistance commencèrent à témoigner, bribes d’explications.

« Il était seul. Il est entré dans l’eau. Il avait l’air d’aller bien.

— On croyait qu’il jouait. On ne s’est pas aperçus qu’il avait un problème.

— Jared l’a vu plonger sous la surface.

— Ouais. Il était loin, mais j’ai compris qu’un truc clochait. »

Le type agenouillé en face de moi me toucha l’épaule. J’arrêtai de pomper tandis qu’il insufflait de nouveau. Quand je repris la manœuvre, il parla. Des phrases rapides entre deux goulées d’air.

« Il est resté immergé longtemps. Mes gosses m’ont indiqué l’endroit, mais je n’arrivais pas à le trouver. »

Je savais déjà tout cela sans qu’on me le dise, bien sûr. Si je n’avais pas été aveuglé par mon désir, l’évidence m’aurait sauté aux yeux. On ne laisse pas un gamin seul près de l’eau : une consigne élémentaire. J’aurais dû le surveiller. Rester avec lui. Mais j’avais préféré être avec Marla.

Tandis que je poursuivais le massage, la clarté de ma culpabilité, le corps inerte dont j’étais l’absolu responsable m’ôtèrent une partie de moi-même, me spolièrent de cette qualité que la plupart des humains envisagent comme le socle de leur identité : la faculté de croire qu’on est quelqu’un de bien.

Désormais, il me serait impossible de me considérer ainsi.

 

Quand Stan s’étrangla et toussa, de retour à la vie, lorsqu’il battit des paupières et que son regard se perdit dans le ciel bleu derrière moi, je crus m’évanouir de soulagement. Il inspira plusieurs bouffées d’air frais à pleins poumons, hoquetant, et je le tins contre moi. Je criai à la foule : « Il est vivant ! Il est vivant ! » Ils applaudirent, me félicitèrent. Je me promis à cet instant d’avoir retenu la leçon. Plus jamais je ne négligerais quiconque. Tout à ma joie, je n’avais pas encore réalisé que cette leçon débutait à peine.

Je tenais toujours Stan dans mes bras au moment où les infirmiers arrivèrent. Ils s’étaient coltiné tout le sentier avec leur véhicule. Quelqu’un, dans la foule, les avait appelés avec un portable. Ils étaient deux. Après m’avoir séparé de mon frère, ils le sanglèrent sur un brancard et le portèrent sur le sable jusqu’à la voiture. Au trot à côté d’eux, je répétais à Stan que tout allait bien se passer. Il regardait autour de lui, l’air émerveillé. Ses yeux s’attardèrent enfin sur moi et il me fixa sans expression. Je ressentis une angoisse tentaculaire m’envelopper.

« C’est Johnny. Tu vas bien, Stan ? C’est Johnny. »

Il ferma les paupières, sourire aux lèvres. « Johnny… »

Sa tête s’affala sur le côté et nous montâmes dans l’ambulance.

Avant qu’ils ferment les portes, je vis Marla. Elle avait dû nous suivre, mais je ne l’avais pas remarquée, elle m’était sortie de l’esprit. Elle se tenait immobile, les yeux braqués sur moi, et quand nos regards se croisèrent, nous sûmes tous les deux que ce que nous avions fait dans les bois ce jour-là y resterait enterré longtemps, très longtemps.

Sur instruction des urgences d’Oakridge, les ambulanciers transportèrent Stan à soixante-dix kilomètres de là, jusqu’à l’hôpital de Burton. Ce laps de temps me fait aujourd’hui l’effet d’un cauchemar éclairé par des néons criards : les récriminations paternelles, ma propre inquiétude envers Stan. Mon père avait toujours essayé, je crois, de se maîtriser, mais il arrivait parfois que ces efforts fussent insurmontables.

Entre les essaims de médecins et les tests, l’attente et l’incertitude, un mot avait émergé petit à petit, un morceau d’épave tordu qui pèserait à jamais sur nos vies et éloigna de moi tout espoir de pardon.

Hypoxie. Un cerveau privé d’oxygène commence à mourir au-delà de trois minutes. À l’instar de ne jamais laisser un enfant seul près de l’eau, nous connaissons tous cette réaction. En revanche, nous ignorons a priori quelles parties décéderont, quelle trajectoire sacrificielle l’organe cérébral privilégiera, et les effets de cette stratégie sur le sujet. Apparemment, la rémission varie de manière imprévisible selon les individus.

Afin de ne pas nous laisser sans espoir, un docteur nous expliqua : « L’interprétation des séquelles encéphaliques est incertaine. Pour le cerveau, je veux dire. »

Il voulait juste nous aider, en pure perte. Nous n’avions besoin de personne pour constater que les neurones de Stan avaient traduit les lésions plutôt sévèrement.

Il y eut une phase de transition dans les semaines et les mois qui suivirent. Durant la rééducation et la thérapie, la motricité de Stan fit de rapides progrès : une variation nette de la courbe en termes de temps et de dégâts.

Les médecins affirmèrent que les dommages auraient pu être bien plus étendus. Ils négligèrent de mentionner que la casse aurait pu aussi être beaucoup moins importante.

Stan était tout à fait fonctionnel. Il n’était pas ressorti de l’épreuve à l’état de légume, n’était pas paralysé ou muet. Ni ataxie, ni aphasie. Pourtant, il avait changé, indubitablement. Fini, ce regard acéré sur le monde, les défis incessants pour se surpasser. Terminé, le quotient intellectuel qui le distinguait des autres. Il était devenu Stan numéro deux, et ne serait plus jamais celui d’avant. Sa guérison n’irait pas au-delà de cette résurrection particulière.

Et tout était ma faute.

 

Maintenant, douze ans plus tard, sur cette plage, je sens que ma culpabilité ne s’est pas atténuée. J’avais laissé un garçon incapable de nager seul près de l’eau, et le temps passé, toutes ces années d’exil à Londres, les œillères que je m’étais fixées n’avaient aucunement modifié l’opinion que j’avais de moi-même.

Je traversai la bande de sable jusqu’au parking, et montai dans mon pick-up. Au moment où j’entamais la descente retorse du sentier, je réalisai que Gareth devait se douter des sentiments qu’il susciterait en moi lorsqu’il m’amènerait ici.

 

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