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Christine Luce · Chapitre 44 sur 44

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Chapitre XIX

Plus tard, il fallut arpenter les alentours de l’Institut pour rassembler les corps inconscients des limiers. Ceux qui conduisaient les véhicules, et l’espèce de machine de guerre qui avait envoyé un projectile au milieu du Jardin, furent faciles à découvrir. On ajouta à leur nombre le malheureux Gardien. L’affaire se compliqua pour récupérer ceux qui s’étaient dissimulés dans tous les recoins des immeubles, mais les habitants de l’Institut, plus résistants comme l’avait prédit le sphinx, s’en sortirent avec l’aide des chimères. Des agents de l’Attention exfiltrèrent leurs collègues, Liarsson brillait par son absence, on n’entendit plus jamais parler de lui, un mystère de plus à l’actif du Ministère des Précautions. Les journaux d’Ysenhaut ne soufflèrent pas un mot de l’explosion et de la vague de migraines sur la ville, le congrès des pâtissiers emportait un franc succès à la une. Endrike fut libéré, il ne revint pas, Ezekel disparut, Adam commença à les rechercher, mais c’est une autre histoire.

 

Beaucoup plus tard, la cavité creusée par la bombe au milieu du Jardin des espèces pénibles s’est métamorphosée en un bain public, carrelé de mosaïque en camaïeu bleu. Les résidents et les chimères se donnent rendez-vous autour du bassin. Bonne Deux et tout le petit-personnel adorent l’endroit, Montague et ses petites dindes aussi. Dans son transat, Pedro s’offusque quand ils éclaboussent le livre extrait de sa précieuse bibliothèque. Iris, Liane et Niklaus consultent des dépliants touristiques et les Kumar viennent rêver la nuit, allongés sur la margelle, leurs yeux perdus dans l’espace ; souvent, MiHaHou se perche à leurs côtés. Pan survient parfois, seul ou en compagnie du musicien et de la danseuse ; Kalèkagath ne se souvient pas de sa pétrification, mais une courbure de son altière silhouette apprend qu’elle a souffert et mûri. À l’occasion, le sphinx quitte la rotonde et sa veille auprès d’Alice et Imago, il parle par énigmes de leurs progrès, l’infirmière éternue. Horty aime Ophidia, il ne sait pas s’il sera un jour assez grand pour elle. Tous les deux pensent qu’il faut abattre les hauts murs de l’Institut.

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« Il était une fois un Institut, une bâtisse haute et grise et une villa blanche et basse. Entre elles poussait un jardin édénique, mais les humains qui vivaient dans les maisons l’appelaient sottement le Jardin des espèces pénibles. Un jour et puis un autre naquirent deux filles minuscules…

— Est-ce que l’histoire finit bien ? interrompit une petite voix inquiète.

— Oui, elles apprennent que pour la vie, la mort n’est pas un moyen ni une fin. »

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