La montée aux enfers
La Fille du Sultan
I
La fille du sultan dans sa robe à sequins, Toute menue au fond de l’étroit palanquin, Rêve de supprimer l’horrible forme mâle. Parfois ses longs doigts peints qu’encerclent les opales Frôlent la favorite assise à ses côtés. Ses yeux verts sont perdus sous de grands cils bleutés… Malheur aux jeunes gens qui viennent sur leur porte Ou sortent des bazars lorsqu’avec son escorte. Ses eunuques et son grand tigre apprivoisé, Serrant ses petits seins sous son châle croisé, Elle rêve aux beautés des lignes féminines. Malheur aux jeunes gens qui sortent des piscines Et marchent au soleil couverts de gouttes d’eau. Ils sont à coup de fouet attachés dos à dos, On les mène au palais, on en fait des eunuques. Quand ils sont épilés, revêtus de perruques Et de robes, sanglants et des chaînes aux pieds, Demi-hommes déchus en femmes habillés, La fille du sultan à son balcon regarde Heureuse et frissonnante, et fait signe à ses gardes De les frapper plus fort de la lance ou du fouet Afin qu’ils la supplient de leur voix en fausset.