La montée aux enfers
Les Voluptueux
Les laquais ont servi les sorbets à la rose Et les voluptueux ont pris de tendres poses Pour écouter l’orchestre invisible à travers Les tentures de soie étrange aux tons de chair. On voit le parc charmant par les portes vitrées Et l’air tiède est rempli d’une ambre évaporée Mêlée artistement aux aromes des fleurs… Avec son voile vert dépouillant ses pudeurs La jeune fille au corps parfait s’est mise nue Pour que les jeunes gens et les femmes venues Pour la beauté, parmi les bouquets et les ors, Jouissent par l’esprit des lignes de son corps. Ils n’ont pas entendu les pas dans les arbustes. Ils n’ont pas vu surgir les faces et les bustes Du peuple, des affreux escaladant les murs Pour profaner le parc où fleurit l’art impur. La foule est là, obèse, extravagante, énorme… Et le dégénéré à tête un peu difforme, Au cou trop long, aux yeux rougis d’avoir trop lu, Qui sait des joueurs grecs les secrets disparus, Prend la lyre et, chétif, devant l’horrible horde, Fait merveilleusement résonner les sept cordes. Le peuple grimaçant grogne, grince des dents Et n’ayant pas compris s’éloigne cependant. Mais les voluptueux à peine une seconde Dérangés par le bruit qu’a fait la vie immonde, Se recouchent dans l’épaisseur des coussins d’or, Savourant les sorbets, les vers et les beaux corps.