La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 16 sur 62

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La montée aux enfers

Le Page aux Gants Mauves

On a crucifié le page au maillot noir Qui chanta les couplets défendus, au boudoir, Le beau page insolent aux cheveux bleus et fauves. On a planté les clous à travers ses gants mauves, Et remis sur son front la toque au plumet long. Il entend ricaner son ami, le félon Qui l’a dénoncé, puis c’est l’abbé qui l’exhorte. Le maître satisfait passe avec son escorte, Oublieux qu’une fois le souper finissant Il conduisit, l’ayant grisé, l’adolescent Vers sa chambre secrète en velours de Byzance. Des femmes, à la nuit, viennent mettre en silence Des fleurs devant sa croix, car elles ont aimé Le jeune homme et dormi dans ses bras parfumés. Lui, des lèvres tout bas demande quelque chose. Mais nulle ne comprend. Elles posent des roses Et s’en vont… Celle dont il refusa l’amour La petite comtesse espiègle aux cheveux courts, Vint la dernière avec l’aiguière et le peigne. Et c’est elle qui nettoya le front qui saigne, Mit la toque plus droite, arrangea le pourpoint Et quand il fut coiffé, maquillé avec soin Et que le sang des gants fut couvert par les bagues, Elle perça son cœur d’une petite dague.