La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 48 sur 62

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La montée aux enfers

Vieillesse

Tel je serai. Dans un vieux corps une jeune âme, Dans un visage replâtré des yeux repeints. Car j’aurai jusqu’au bout le besoin de la femme, Elle fut mon alcool, mon tabac et mon pain…

J’userai du crayon, du fard, du cosmétique, Ma peau ruissellera de rouge délayé Et je m’effondrerai dans les boudoirs antiques, Cherchant les frissons morts, les parfums oubliés.

Éblouissant de bleu, de kohl, de calamistre, J’irai comme un tableau peint sur du parchemin. Chacun contemplera sur ce vainqueur sinistre Les poches de mes yeux et les nœuds de mes mains.

Je serai l’automate à ressorts, au teint jaune, Le mannequin vivant, le maigre épouvantail Et l’on chuchotera les surnoms qu’on me donne: Le cadavre au bouquet, le spectre à l’éventail.

Je serai la ruine en parfums que délabre Le poison de l’acide et le suc de l’onguent, Le galantin fardé, le cavalier macabre Qui se cambre et sourit dans un bruit d’ossements.

—O pouvoir qui détruis et fais naître, ô nature! Fais-moi mourir avec des cheveux et des dents, Des possibilités d’amour sur ma figure Et des lèvres pouvant embrasser en mordant…

Fais-moi mourir ce soir si la moindre faiblesse Dans mon sang et mes nerfs doit se faire sentir, Drapé dans ce soleil couchant de ma jeunesse Qui me donne un regain plus puissant de désir!