La montée aux enfers
La Silencieuse
Toutes quatre parlaient et riaient dans la chambre. Les cheveux dénoués de l’une sentaient l’ambre Et sa cheville avait un anneau de corail. Elle tendait vers moi l’aile d’un éventail Et me disait: «Pourquoi gardez-vous le silence?» La seconde vibrait d’un souvenir de danse, Elle se renversait et s’offrait comme un don Et s’arrêtait pour dire: «A quoi pensez-vous donc?» La troisième sortait d’une robe lamée, Et son épaule, ainsi qu’une pêche enflammée, Surmontait d’un feu bleu la naissance du dos Et son rire d’enfant jaillissait en jet d’eau. Puis elle me disait: «Qu’avez-ous?» La dernière, Sans bouger, de son corps, absorbait la lumière, Prenait tout le bonheur disponible entre nous. Elle agitait parfois le rayon d’un bijou Comme un phare gelé sur une mer sans île. Elle était près de moi et très loin, immobile, Son jeune front courbait son beau bras accoudé: Elle me regardait, mais n’a rien demandé…
QUE LA SOIRÉE EST BELLE…
Que la soirée est belle avec une odeur d’ambre, Le tabac, les coussins, la chaleur de la chambre, Devant le Bouddha d’or et le brûle-parfums, Auprès du souvenir d’un vieil ami défunt! A mesure que monte en tournant la fumée, Sa forme est moins lointaine et moins inanimée, Il fume à mes côtés, il me parle tout bas, Je pourrais le toucher en étendant les bras. «La mort n’a ni beauté, me dit-il, ni souffrance. C’est un état subtil analogue à l’absence Où l’on voit vaguement de loin les êtres chers. L’on n’a plus de désir puisqu’on n’a plus de chair, Et l’on n’a plus d’amour, hélas! n’ayant plus d’âme… Ami, je viens chercher le reflet de la flamme. L’ombre de l’amitié, l’image du regret, Car l’au-delà est sans chagrin et sans secret…» Alors, nous demeurons tous les deux en silence. Je sens autour de moi l’amicale présence Effacer le mystère, écarter les remords… Que la soirée est belle auprès d’un ami mort!