La montée aux enfers
Le Dernier Spasme
Comme ils avaient compris le sens de la comète, De l’épaisseur de l’air et du trouble des eaux Les jeunes gens, hantés de luxures secrètes, Entrèrent en courant dans le parc du château.
Déjà des craquements sortaient du creux des arbres, Les lévriers pâmés hurlaient sur les gazons… La chaleur partageait les vasques et les marbres Et la mort répandait sa forte exhalaison…
Ils sautèrent soudain sur les trois jeunes filles, Ils les prirent contre eux avec de fortes mains Et foulant le parterre et franchissant la grille Bondirent à cheval en les tenant aux reins.
L’horreur embellissait les trois nobles visages, La lutte dessinait la ligne des corps purs. Sur les portes, des gens criaient à leur passage… Mais déjà des éclairs zébraient d’or les azurs…
La cavalcade alla jusqu’aux forêts prochaines. Là, les déshabillant, leur broyant les genoux, Les hommes en fureur sous les ombres des chênes Prirent les trois enfants aux corps minces et doux.
Car ils ne voulaient pas entrer dans le silence Sans percer de leur cri de plaisir les cieux lourds. Ils désiraient connaître en mourant la puissance De la vie, éclater de jeunesse et d’amour.
Mais déjà les oiseaux tombaient comme des pierres, Les chevaux étaient morts debout, tous les tocsins Hurlaient dans la soirée aux verdâtres lumières… Eux, pensaient seulement à la forme des seins…
Ils apprenaient le rythme essentiel du monde. Le plaisir à présent devenait mutuel Et la terre en cassant ses vertèbres profondes Leur donnait un nouvel aliment sexuel.
Les jeunes filles par l’étreinte ravagées Gémissaient et serraient les hommes sur leurs flancs. Les dents marquaient les cous et les lèvres mangées Entre elles se buvaient intarissablement.
La mer se souleva, les montagnes flambèrent Le ventre de la terre eut des bruits de canon… Sortis des profondeurs des monstres émergèrent Les peuples affolés devinrent des charbons…
De hauts vaisseaux lancés par des ras de marée Allèrent s’enfoncer au milieu des labours… Le fleuve fou roula sur la ville égarée… Les amants demeuraient l’un sur l’autre toujours…
La lune se fendit dans le ciel de désastre… Des geysers de feu par milliers jaillissaient… Mais sous la lave en flamme et sous les morceaux d’astre, Les amants enlacés toujours se possédaient…
Et plus haut que le jet des volcans gigantesques, Dans le chaos et les éthers carbonisés, Arrêtant les soleils dans leur folle arabesque Monta le dernier spasme et le dernier baiser…
LA MESSE DE L’ANE A CORNES
L’âne à cornes se peint, se maquille avec soin. Ses mignons près de lui se tiennent les pieds joints, Prêts à lui présenter un corps qu’il aime à mordre. Ses femmes sont sur des divans, guettant ses ordres. Mais quand il a vêtu l’étole de brocart Et la mitre, il les quitte en faisant des écarts, Il sort de son palais et s’en va vers les bouges. Il cogne les judas avec sa patte rouge Et pelée, et fait voir son mufle monstrueux. A son cri, le rebut de tous les mauvais lieux, Les matrones, les procureurs et les ribaudes Viennent vers lui, dansant de joie, chantant des laudes, Et l’un porte un ciboire et l’autre un ostensoir, L’autre lève en riant deux cierges dans le soir. Alors, sur un autel formé d’un dos de femme, Des nains chauves servant d’enfants de chœur infâmes, Et sous la cathédrale immense du ciel bas, L’âne bénit, étend son étole grenat Et semble célébrer une messe grotesque. Et quand avec sa patte il trace une arabesque, Frappant la femme-autel du sabot à grands coups, Le peuple agenouillé roule sur les cailloux Parmi les détritus et les choses impures. L’un étreint le ruisseau, l’autre baise l’ordure, Un autre mord au cierge et mange avidement, Et tous, les yeux soudain grandis stupidement, T’adorent dans la nuit de plus en plus profonde, Ane à cornes galeux qui règnes sur le monde!…
LES RENCONTRES DANS LE PORT VIEUX