La montée aux enfers

Maurice Magre · Chapitre 12 sur 62

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La montée aux enfers

Les Castrats

II

Les castrats, dans la cour, parqués comme des bêtes, Se rappellent les soirs de puissance et de fête Où parmi les sorbets, les pastèques, les vins, Sur les tapis creusés par le désir divin Ils possédaient le corps des filles barbaresques. Maintenant revêtus d’affublements grotesques, Ils sentent chaque jour leur visage jaunir, Leurs muscles se sécher et leur force finir. La fille du sultan à l’heure où le soir tombe Paraît sur la terrasse ainsi qu’une colombe Au plumage de soie et ruisselante d’or. Elle enlève un à un les voiles de son corps, Jette ses bracelets, ses colliers et ses peignes Et svelte, sur l’azur et le soleil qui saigne, Elle danse, vers les captifs tendant ses seins. Et les castrats prennent leur tête dans leurs mains, Ils maudissent leur chair ridicule et blessée, Car l’âme est désireuse et la chair est glacée…