La montée aux enfers
Épigraphe
Sans robe, sur le lit, tu t’étais allongée. Je regardais ton corps et la chambre orangée Dans la phosphorescence et la chaleur du soir Se refléter au fond des pâleurs du miroir. Et tout à coup, je vis les choses familières, Sous un verdissement bizarre de lumière, Qui se décomposaient, prolongeaient leurs contours, Se muaient en êtres humains aux torses courts, Aux cous trop longs. Je vis les meubles de la chambre Qui se prenaient entre eux et qui tordaient leurs membres, Revêtaient une forme à l’aspect animal. Un palais fantastique et caricatural, Avec des lacs de chair, de vivantes tentures Et des contorsions d’obscènes créatures Et des sexes géants figurant des piliers, Remplaçait l’endroit cher où, sur ton bras plié, Reposait en rêvant ta tête éblouissante. Mais hors du lit, coulant comme une eau jaillissante, Tu tordis tes cheveux qu’électrisait le soir Et tu vins écraser tes seins sur le miroir, Et ton buste d’enfant, souple comme une lame. Et moi, voyant cela, j’avais peur dans mon âme Que les bouches et que les bras que tu frôlais Ne te fissent tomber dans l’étrange palais. Mais tu ne voyais pas l’architecture folle, Ni les accouplements, ni les affreux symboles, Et tu riais devant le miroir argenté De ta peau de fruit clair et de ta nudité.
L’ANE A CORNES