La montée aux enfers
Combat de Femmes
Elles devaient se battre au couteau, toutes nues… L’odeur du vin sortait d’un tonneau débouché… Le bouge rayonnait sous la lumière crue… Un patron monstrueux lavait le zinc taché…
Les filles attendaient avec des yeux qui flambent, Couchant leurs corps contre les hommes attablés. Par la porte du fond on voyait une chambre, Les housses, la pendule et les draps maculés.
C’est pour ce paradis qu’elles allaient se battre, Pour s’y vautrer avec l’enfant ensorceleur Dont les yeux d’assassin et le teint olivâtre Les changeaient toutes deux en louves en chaleur.
Il fumait et jetait au plafond la fumée. Les voix se turent. L’on fit cercle avidement. Les rivales étaient par le rut animées, Impudiques, elles riaient sauvagement.
Et la blonde semblait une grande génisse Avec des bas de soie et de puissantes mains. La brune charriait dans son sang tous les vices De la rue. Elle avait une odeur de jasmin.
C’était un serpent noir qui portait sur le crâne Une rose et ses seins étaient fermes et droits. Pour égayer encor le public qui ricane Elle fit devant lui danser son ventre étroit.
Et puis les deux couteaux luirent dans l’air opaque, La sueur ruissela sur les corps furieux, On entendit les coups sur les membres qui craquent, Une main empoigna la toison des cheveux.
Les yeux des spectateurs s’exorbitaient de joie, Ils appelaient le sang par des mots orduriers. La blonde par la nuque avait saisi sa proie Et s’efforçait de l’écraser sur le plancher.
Alors, le serpent noir dans le sang qui l’inonde Roula ses reins presque brisés sous l’étouffoir Du corps et de son arme ouvrit en deux la blonde Qui fit: Ahan! comme une bête à l’abattoir.
Les témoins prirent peur et vidèrent la salle. Le jeune homme toujours fumait paisiblement, Et la brune, les mains sanglantes, triomphale, Sur la morte gesticulait obscènement.
Un gramophone au loin berçait la nuit des bouges… Le pas de la police errait sur les pavés… Et la chair qui sentait le jasmin, la chair rouge, Put enfin s’enfoncer au fond du lit rêvé.
Celle qui demeurait vainqueur de la rafale Des poings épais et du couteau la tailladant, Geignit d’amour sous le baiser des lèvres mâles Qui buvaient sa salive et qui mordaient ses dents.
L’autre, selon la loi du faible, n’eut pour couche Que le plancher pourri maculé de son sang Et n’eut pour seul baiser que celui d’une mouche Bleue et verte, qui vint sur elle en bourdonnant…