Le papillon des etoiles
30. Fumée blanche
La température ne cessait de monter. L’air sec en devenait étouffant.
Gabriel Mac Namarra avait donné comme consigne à son service de sécurité de résister le plus longtemps possible quitte à faire usage d’armes à feu. Mais dès l’annonce de l’arrivée imminente de l’escouade de gendarmes, près de la moitié des vigiles firent défection.
La deuxième moitié, ne se sentant pas de taille à arrêter seule un régiment armé, suivit rapidement. L’industriel regarda avec fatalisme ses troupes l’abandonner.
— De la part de mercenaires il ne fallait pas s’attendre à un miracle. Nous avons bien fait de ne pas prendre de militaires à bord.
Yves Kramer hocha la tête, pensif.
— Comment être sûr d’avoir raison quand le monde entier vous hurle que vous avez tort ?
Adrien Weiss fit mine de n’avoir rien entendu et poursuivit son rapport :
— Cela fait une semaine que j’ai placé les 144 000 en isolement, ils n’ont plus accès aux actualités. Ils ne sont pas au courant de ce dernier petit « souci ». Mais ils vont bien finir par se douter de quelque chose.
— Vous proposez quoi ?
— Sans être des militaires, nous sommes quand même nombreux et déterminés. Nous pouvons peut-être tenir. J’ai un stock d’armes que j’avais mises de côté en cas de problème, je vais les faire distribuer.
Yves Kramer intervint :
— Inutile. Les 144 000 ont été précisément sélectionnés pour leur non-violence. Ils feront de très mauvais combattants.
— Alors que fait-on ? Nous ne pouvons pas céder maintenant.
Ce fut Élisabeth Malory qui trancha :
— Ne pas combattre : fuir. N’est-ce pas la devise du projet ? « Le dernier espoir c’est la fuite. »
— Elle a raison, déclara Gabriel Mac Namarra. Quand est-ce que nous serons prêts à décoller ?
Yves Kramer alluma un ordinateur relié au central et examina plusieurs schémas et listes de chiffres.
— À la limite, si nous n’effectuons pas tous les contrôles, nous sommes prêts. Nous pourrions décoller demain.
— Et on annonce l’arrivée des gendarmes pour quand ?
Adrien Weiss se brancha sur Internet et après avoir franchi plusieurs pages d’identification pénétra dans le cœur du centre de décision de la Défense. Il annonça :
— Demain.
Les piliers du projet « Dernier Espoir » se regardèrent et se comprirent. C’était comme si le destin leur avait donné rendez-vous.
— Bon, lança Mac Namarra en allumant son cigare, soyons précis : quand peut-on décoller au plus tôt et à quelle heure sont-ils censés arriver ?
Adrien Weiss examina quelques pages informatiques.
— Étant donné qu’ils sont ralentis par les engins blindés, ils seront probablement là demain matin vers 11 heures.
— Et nous, à quelle heure pourrions-nous décoller, Yves ?
L’inventeur tapota à son tour sur l’ordinateur et vérifia quelques chiffres.
— Demain soir 20 heures.
— Trop tard. Ce serait bête d’échouer pour quelques heures de retard…
L’inventeur éteignit l’ordinateur et se tourna vers les autres.
— Bon, nous allons travailler toute la nuit. Il faudra lancer le Papillon des Étoiles demain matin aux aurores.
— Impossible, dit Caroline Toledano qui supervisait les finitions du projet.
— C’est ça ou nous aurons accompli tout ça pour rien, déclara Mac Namarra avec un geste fataliste.
L’inventeur se mordit la lèvre.
— D’accord, annonça Yves Kramer, je mets tous les gars au boulot. Encore autre chose… je leur propose à tous d’embarquer sur le vaisseau ?
— Évidemment.
— C’est-à-dire qu’il y en a beaucoup qui ne répondent pas aux critères de santé, de jeunesse, d’autonomie, d’absence de médications…
— Certaines règles sont faites pour ne pas être appliquées à la lettre. Du moment qu’ils répondent au critère de motivation cela remplacera tout le reste.
Sourires entendus du groupe.
— Pour ma part je vais proposer aux 32 psychologues du recrutement de se joindre à nous, ajouta Adrien Weiss.
— Il y a aussi une vingtaine de militaires qui sont restés, reconnut Caroline Toledano. Probablement par passion pour le projet.
— Comme quoi, nous devons nous méfier des étiquettes, il y a des gens bien partout…, compléta Adrien Weiss.
— En fait tous les gens qui sont là actuellement peuvent monter, trancha Mac Namarra avec impatience. Ils n’ont pas travaillé avec nous depuis si longtemps pour que nous les laissions en pâture aux autres. Et puis, mieux vaut que le moins de personnes possible puissent donner des informations sur la technologie de notre Papillon des Étoiles. Il ne faudrait pas qu’ils essaient de le saboter à distance, ou d’envoyer un engin nous attaquer.
Yves Kramer considéra le ciel au loin qui semblait l’appeler. Sa vie tout entière et peut-être le destin de l’humanité allaient se jouer dans les prochaines heures.
Il sentit une présence. Il reconnut le parfum mais ne se retourna pas.
— Nous sommes tous ensemble maintenant, il n’y a plus de marche arrière possible. C’est réussir ou crever.
— Et si on crève ?
— Au moins nous aurons essayé…, trancha Élisabeth Malory.