Le papillon des etoiles
3. Première vague
La rencontre entre le souffle et le rêve, c’est-à-dire entre Élisabeth Malory et Yves Kramer, n’eut pas lieu dans des conditions idéales.
L’ingénieur était dans sa voiture en train d’écouter de la musique rythmée tout en roulant à vive allure car il était une fois de plus en retard à un rendez-vous avec un journaliste.
La navigatrice traversait la rue pour rejoindre le bureau du nouveau sponsor de son voilier en vue de sa prochaine course autour du monde en solitaire.
Il pleuvait et les essuie-glaces de la voiture fonctionnaient mal. Il savait depuis longtemps qu’il devait passer au garage pour les faire réparer, mais il n’en avait pas trouvé le temps.
C’était son autre problème en dehors de l’étourderie : la procrastination. L’art de remettre au lendemain ce qu’il pouvait faire le jour même. Et ensuite il devait courir pour rattraper le retard.
Il accéléra dans un virage.
Élisabeth avait l’écouteur de son téléphone portable dans l’oreille, et sous son parapluie discutait avec l’un de ses prétendants qui la faisait rire pour la séduire. Il y parvenait d’ailleurs assez bien.
C’est probablement pour cela qu’elle n’entendit pas le moteur de la voiture qui déboulait dans la nuit. Quand Yves distingua la silhouette de la jeune femme, il écrasa brusquement le frein. Les roues se bloquèrent mais le sol glissant n’assura pas de prise aux pneus qui se mirent en aquaplaning. L’avant de la voiture cueillit la navigatrice aux genoux. Il y eut un bruit sec de bois cassé. Élisabeth eut la sensation d’être projetée très haut dans les airs, au ralenti. Elle monta, sentit la pluie, distingua le sol depuis une bonne altitude, retomba brutalement et ne se releva pas. Elle resta à terre, tordue de douleur. Puis elle ne bougea plus.