Le papillon des etoiles
74. L’enfant des étoiles
Éya grandit dans la maison d’Adrien et s’avéra une enfant d’une remarquable intelligence. Elle apprenait vite à lire, à écrire, à compter, mais aussi la chasse, la cuisine, le tissage, le soin des animaux d’élevage, l’organisation de la maison.
Elle participait aux missions d’exploration de la planète avec son père et surtout elle se passionnait pour l’histoire de l’ancienne Terre.
Elle adorait tout particulièrement écrire.
Son seul problème était peut-être qu’elle entendait mal et du coup prononçait les mots de travers et tout spécialement les noms, ce qui avait le don d’agacer Adrien.
Les années passèrent.
Éya célébra ses 19 ans sur une montagne alors qu’ils étaient en expédition de chasse. Ils avaient allumé un feu et installé un bivouac.
Autour d’eux il y avait encore des carcasses des dinosaures qui jadis étaient les seuls animaux de la planète.
Adrien sortit de sa besace un lapin et ils le mirent à rôtir sur une broche improvisée. Les grillons d’origine terrestre vibraient de leur crissement caractéristique.
— Bon anniversaire, Éya.
Il lui tendit une torche et lui proposa de souffler dessus. Elle ne comprenait pas pourquoi.
— Je me suis rappelé que c’était une coutume des Terriens pour vérifier si on avait encore du souffle. Quand je serai vieux et que je ne pourrai plus éteindre cette torche, cela signifiera que je mourrai bientôt.
Éya souffla de toutes ses forces sur la torche, ravie.
— Je ne vais pas encore mourir, dit-elle.
— Que veux-tu pour ton anniversaire ? C’est encore une coutume terrienne. On fait des cadeaux le jour de l’anniversaire.
— Mon plus beau cadeau serait…
Éya fit semblant de chercher puis afficha un grand sourire.
— Une histoire ! Oh Adan, s’il te plaît, raconte-moi encore l’histoire de nos ancêtres ! Ça c’est le plus beau de tous les cadeaux, Adan !
— Pas Adan, Adrien, corrigea-t-il une fois encore en marquant son exaspération. D’accord ce sera ton cadeau. Encore le même cadeau. L’Histoire avec un grand H. Eh bien, puisqu’il faut tout te raconter voilà l’histoire, la GRANDE HISTOIRE DE L’HUMANITÉ. Au commencement, hum, enfin, il y a très longtemps, il y avait un monde, un autre monde, très loin.
— Paradis ? lança la jeune fille se souvenant des récits précédents.
— Non, ne mélange pas tout sinon nous n’y arriverons pas. Paradis-Ville c’était la première grande ville dans le Cylindre. Là je te parle d’un autre monde, une autre Terre. Voilà, il y avait une autre Terre, ancienne, lointaine. Dans un système solaire très éloigné. Mais les gens sont devenus très durs…
— Méchants ?
— Disons qu’ils étaient agressifs. Et puis ils n’arrêtaient pas de faire des enfants.
— Comme les lapins ? C’est bien qu’il y ait beaucoup de lapins, ça nous fait à manger, non ?
— Pour toute espèce, il y a un nombre idéal d’individus par rapport au milieu où elle vit. Là, ils étaient vraiment très nombreux. Ils sont devenus si nombreux qu’ils se faisaient en permanence la guerre de manière de plus en plus atroce, pour résorber leurs excédents de population. Ils avaient même des armes qui arrivaient à brûler des millions de gens.
— Comment est-ce possible ? demanda la jeune fille en ouvrant ses grands yeux intrigués.
— C’est à cause de la bombe atomique, je t’expliquerai un jour, pour l’instant retiens juste qu’il y avait un monde où les humains, nos ancêtres, ont fait beaucoup de bêtises. Ils ont proliféré sans retenue, ils se sont tués sans retenue. Ils ne réfléchissaient pas à la portée de leurs actes. Ils ont empoisonné l’eau, l’air, ils ont détruit les lieux de vie. Ils se sont choisi pour guides des gens très autoritaires qui écrasaient les faibles. Il y avait des religions qui fanatisaient les plus influençables.
— Des quoi ?
— Des religions. C’est… comment dire, une croyance. Certains croyaient qu’en assassinant leur prochain ils seraient plus heureux, à cause de la religion.
— C’est stupide.
— Donc il y avait la bombe atomique, le fanatisme religieux, la pollution, la surpopulation et puis partout le stress et la peur.
Adrien reprenait les expressions du journal de bord, mais n’était pas certain lui-même d’en comprendre le sens réel.
Il ne voulait pas montrer à la jeune fille son ignorance du passé. Il interprétait, il inventait, il ajoutait une dimension romanesque.
— Jusqu’au jour où un homme, Yves, a eu l’idée de bâtir un vaisseau spatial.
— Un quoi ?
— Un grand bateau qui vogue non pas sur l’eau mais dans les airs. Et même bien au-delà du ciel, dans les étoiles.
— Comme un oiseau ?
Elle regarda Adrien avec admiration, contente d’écouter des histoires aussi extraordinaires.
— Un très gros oiseau. Yves a mis dedans 144 000 personnes, compléta Adrien.
— 144 ?
— Non, 144 000 personnes.
Les yeux de la jeune fille brillaient. Avec ses doigts elle fit le geste de compter dix fois dix jusqu’à obtenir le nombre exact.
— Et il a ajouté des œufs de tous les animaux pour recréer ailleurs une autre « faune terrestre complète ».
— Ici ?
— Ici, en effet. Mais bon, à l’époque il ne savait pas comment c’était ici. Il avait juste repéré une planète lointaine avec un outil optique spécial, un « radiotélescope ». Donc Yves construisit une sorte de grand bateau-oiseau, il invita 144 000 personnes à venir y séjourner et c’est Élisabeth qui le conduisit. Retiens bien ces noms : Yves, le créateur du vaisseau, Élisabeth, qui l’a piloté en premier.
Elle sortit son carnet, précieux objet récupéré dans la carlingue du Moucheron, et vérifia si cela correspondait bien à ses notes précédentes. Elle souligna les deux prénoms. Il poursuivit :
— Tout le monde était contre eux.
— Pourquoi ?
— Parce que les autres étaient jaloux de leur oiseau-qui-transportait-des-gens-dans-les-étoiles.
Adrien regarda la jeune fille. Il ne pouvait s’empêcher de se demander si elle avait ses gènes.
Cela le bloquait. En même temps, il finissait par se convaincre qu’il n’y avait rien de commun entre eux. Elle avait des yeux noirs alors qu’il avait les yeux bleus. Elle avait des cheveux noirs alors qu’il avait les cheveux châtain clair. Elle était grande et élancée pour son âge alors qu’il était de taille moyenne (cela pouvait s’expliquer par le changement de pesanteur). Elle avait un visage long avec des pommettes hautes alors qu’il avait un visage plutôt rond avec de bonnes joues.
— Oui, ils étaient jaloux mais également suicidaires et ils voulaient que personne n’échappe à leur autodestruction. « Dernier Espoir », c’était le nom du projet, l’espoir de fuir de la planète avant que celle-ci ne meure.
Cela, il se souvenait clairement l’avoir lu dans le Journal de bord d’Yves-1.
— Moi, quand je me sens en danger, je cours, je file ailleurs, déclara-t-elle. Une fois, je suis tombée sur un loup menaçant, j’ai filé sans réfléchir.
— Tu as bien fait, Éya. Tu as bien fait. Eux aussi ils ont bien fait, car à la vitesse où ils détruisaient tout, on ne pouvait plus réparer. Avec la surpopulation, la pollution, le fanatisme, le terrorisme, les épidémies, la Terre, enfin « l’ancienne Terre », était devenue l’enfer.
— C’est quoi l’enfer ?
— Excuse-moi. Enfer c’était le nom d’une ville dans le Cylindre qui s’était opposée à Paradis. Et les gens là-bas étaient aussi très durs et très agressifs. Mais ça aussi nous en parlerons mieux une autre fois. Donc, sur l’« ancienne Terre », tout allait mal. Yves a créé le projet « Dernier Espoir ».
— Et son oiseau qui contenait des milliers de gens ?
— En fait cela s’appelait un vaisseau spatial. Et il était baptisé « Papillon des étoiles ». Parce qu’il avait de grandes ailes comme un papillon et qu’il se déplaçait grâce à la poussée de la lumière des étoiles.
— La lumière des étoiles ? Oh ! ça devait être beau.
— Oui, je suis né sur le Papillon des étoiles et c’était beau, mais si tu m’interromps tout le temps nous n’allons pas avancer vite.
— Je ne dis plus rien, affirma la jeune fille aux grands yeux noirs.
— Donc, Yves et Élisabeth arrivèrent à faire décoller le Papillon des Étoiles avec à son bord 144 000 personnes, des animaux, des arbres et des fleurs.
— C’est là où il y avait le paradis et l’enfer ?
— Leur voyage dura plus de 1 200 ans et au final, sur les 144 000, il ne resta que 6 survivants.
— Toi ?
— Oui, moi et 5 autres personnes. Mais une seule femme. Elle se nommait Élith.
— Lilith ?
Pourquoi déforme-t-elle toujours les noms ?
— Non, Élith. Donc c’est Élith et moi qui avons débarqué en premier, et en fait seuls, sur cette planète perdue aux confins de l’univers. Et là nous avons vécu tous les deux ensemble.
Elle hocha la tête en signe de compréhension.
— Alors, Lilith est ma mère ?
Elle le fait exprès. Mais pourquoi ? Pour m’agacer ?
— Non. Malheureusement, je n’ai pas eu d’enfant avec Élith.
— Alors comment je suis née, moi, Éva ?
— Non, pas Éva, Éya. C’est étonnant comme tu transformes les noms. On dirait que tu le fais exprès.
Elle fit un signe de dénégation pour montrer que c’était plus fort qu’elle.
— Comment suis-je née, Adam ?
— Si je te le disais tu ne me croirais pas… Tu es née à partir d’un de mes os. En fait, l’une de mes côtes.
Il montra la cicatrice de l’opération qu’il s’était infligée.
— Tu m’as faite avec une de tes côtes, Adam ?
Il s’arrêta.
Elle a encore déformé mon nom. Ça ne sert à rien de la reprendre, elle fait ça sans y penser. C’est comme si elle digérait les noms et les histoires pour se les réapproprier. Elle réinvente tout à sa manière.
— Voilà, tu connais la suite, dans le laboratoire j’ai continué à faire naître des animaux à partir des œufs fécondés qu’avait disposés Yves dans la réserve. Et toi tu m’as aidé. Il y en a tellement.
— Oh, Adam, il faudra que tu m’aides à les nommer, parce que les étiquettes commencent à se décoller et j’en ai perdu plein. Tu m’aideras à nommer les animaux, Adam ?
— Bien sûr, bien sûr, ma chérie.
Il regarda la fille, fixant ses immenses yeux noirs. À ce moment, il hésita à faire naître d’autres enfants en parallèle comme Éya. Mais l’idée de s’opérer une nouvelle fois une côte lui rappelait trop de mauvais souvenirs.
La jeune fille aux grands yeux noirs relut ses notes.
— Je récapitule. Le Créateur s’appelle Yahwé.
Non, pas Yahwé, Yves. Tant pis, je n’insiste plus.
— Jadis, toi Adam et Lilith vous viviez au Paradis. Puis vous avez été envoyés ici sur cette Nouvelle Terre.
— Et puis, dans l’histoire il y a aussi Satine.
— Satan ?
Un instant, il se dit qu’Éya était sourde, c’était pour cela qu’elle changeait les sonorités.
— Non : « Satine », dit-il machinalement. Elle a été formidable dans un premier temps. Puis, on ne sait pas ce qu’il lui a pris.
Adrien regarda la jeune fille et la trouva extraordinairement belle avec ses yeux noirs qui devaient lui venir du fond des origines. Elle était si vive, si perspicace, si facilement émerveillée par les histoires du passé.
— Ah, encore autre chose…, dit-il. Méfie-toi des serpents. Ils peuvent faire beaucoup de mal.
La jeune fille nota la remarque sur son petit carnet.
Elle la souligna.
— Et les autres ? demanda-t-elle soudain.
— Quels autres ?
— Ceux de « l’ancienne Terre » ?
Il ferma un instant les paupières. Il essaya d’imaginer ce qui était arrivé aux « autres ». Il se dit que ce soir il poserait la question à haute voix et en rêve il recevrait peut-être la réponse.
Le regard d’Adrien se perdit au loin. Cela faisait plusieurs jours qu’il avait observé la carte du ciel située à la fin du livre Nouvelle Planète : mode d’emploi. D’après lui, si on inversait l’observation, l’ancienne Terre devait se trouver par là.
Il montra du doigt une constellation d’étoiles en forme de casserole. Il avait l’impression qu’elle ressemblait à un ours.
— C’était dans la constellation de la Grande Ourse, dit-il sans y réfléchir.
— L’ancienne Terre ?
Le feu s’était éteint. L’homme souffla sur les braises pour que la chaleur se perpétue encore un peu.
— L’« ancienne Terre » est dans la constellation de la Grande Ourse, reprit-elle, et donc ici c’est… la « Nouvelle Terre ».
Bon sang elle a raison. L’« ancienne Terre » n’a plus de sens. Le nouveau temps et le nouveau lieu de référence sont ici. Dès lors il n’y a plus de raison de l’appeler nouvelle terre. Ici c’est la Terre. L’unique Terre importante.
À cet instant il se persuada que le mot Terre était finalement devenu un mot générique pour baptiser la planète sur laquelle vivaient les humains qui racontaient l’histoire.
Un jour la Terre d’origine serait considérée comme « planète étrangère » et il n’y aurait plus, comme planète définissant la Terre, que celle-ci. Tout serait inversé.
Quelle dérision !
Un papillon de nuit vint se poser sur son doigt comme pour y chercher un abri.
L’homme l’accueillit et le protégea de la main, avec un large sourire. Le papillon restait, alors il ferma la main et le papillon ne bougea pas.
Il imaginait même que dans le futur leurs descendants oublieraient complètement d’où ils venaient et ne croiraient plus qu’à l’existence d’une seule Terre viable. Celle-ci.
— Plus tard, tu auras peut-être des enfants, dit Adrien. « Nous » aurons peut-être des enfants, rectifia-t-il un peu gêné.
— Oui, et alors ?
— Il est très important que tu leur racontes tout, comme je te l’ai raconté, afin que tous gardent la mémoire du passé et un peu des connaissances des savants qui se sont relayés à travers le temps jusqu’à toi.
La jeune fille prit un air entendu.
— Les livres ?
— Oui, les livres, mais aussi la transmission orale. Et puis la transmission symbolique. Si tu ne peux pas transmettre directement l’information, livre-la sous forme d’allégorie. C’est ton unique devoir. Transmets le Savoir. Nos enfants oublieront beaucoup de choses, ils comprendront de travers, ils croiront même que cette planète est la seule où ont vécu les hommes. « La Terre ». Le Savoir, c’est le seul trésor qui peut nous permettre de sortir de l’obscurantisme. C’est tout ce qui reste des expériences, des douleurs, des erreurs et des inventions de nos ancêtres. Transmets le Savoir afin d’être sûre que nos descendants ne recommencent pas indéfiniment les mêmes erreurs.
Il répéta la phrase comme si elle ne venait pas de lui, comme si l’esprit d’Yves s’exprimait à travers sa bouche.
Afin d’être sûr qu’on ne recommence pas indéfiniment les mêmes erreurs.
Adrien insista.
— Il ne faudrait pas que dans un futur lointain nos petits-enfants, lorsqu’ils seront à nouveau des millions, peut-être même des milliards, et qu’ils auront occupé toute la surface de cette Terre, reproduisent un monde similaire à celui d’où nous venons, avec la guerre, la pollution, le fanatisme religieux, la surpopulation.
— La vie comme sur l’ancienne Terre, quoi.
— Il ne faut pas reproduire ça. Sinon tous nos efforts n’auront servi à rien. Sinon le rêve et la création d’Yves n’auront abouti qu’à reproduire un scénario d’échec. Demain sera un autre hier. Et… comble de l’ironie, peut-être même que dans 6 000 ans nos petits-enfants devront encore fabriquer un nouveau Papillon des étoiles pour partir vers un nouveau système solaire voisin et une nouvelle planète habitable. Une troisième « Terre ». Mais ce serait dommage.
Éya semblait plongée dans une profonde réflexion. Soudain elle livra le fruit de ses pensées :
— Après tout c’est peut-être un éternel recommencement qui a pris sa source il y a très longtemps et continuera encore. Cela fait peut-être cent Terres dans le passé qu’il y a des Papillons des Étoiles avec des humanités survivantes. Et peut-être qu’il y aura encore cent Terres dans le futur. Et chaque fois les enfants des survivants oublient d’où ils viennent et se croient sur l’unique Terre.
Il était amusé par la pertinence de cette idée. Elle poursuivit :
— Un peu comme cette théorie de la réincarnation dont tu m’as déjà parlé parce que tu l’as lue dans le livre d’Yves. Mais ce ne serait pas pour une personne mais pour tout le monde. L’humanité se réincarne. Et, à chaque fois, elle oublie et se croit seule sur une planète qu’elle appelle la Terre.
Ses yeux noirs brillaient.
Il la trouva remarquablement vive d’esprit.
Il se dit qu’elle était mieux que lui. L’avenir, c’était cette énergie féminine qui était plus forte que celle de tous ces hommes qui s’étaient entre-tués.
Il sentait les ailes du papillon qui caressaient l’intérieur de sa paume. Il se rappela une phrase lue dans le livre d’Yves.
« Chenille, change, métamorphose-toi en papillon. Papillon, déploie tes ailes et envole-toi vers la lumière. »
Cette chenille, pensa-t-il, c’est l’humanité elle-même. Elle doit se métamorphoser en une humanité d’un niveau de conscience supérieur.
— Ils n’oublieront pas si tu leur racontes, insista-t-il. C’est cela qui restera quand ils auront tout oublié : des histoires.
— Mais si on leur raconte ils croiront que c’est leur futur proche alors que c’est… leur passé lointain.
Adrien se dit qu’Éya comprenait vite car elle était curieuse, et cette curiosité pourrait être leur salut.
« Ils croiront que c’est leur futur alors que c’est leur passé ! »
Il regarda à nouveau les étoiles en direction de la Grande Ourse, là où il estimait que se trouvaient peut-être encore les résidus de l’expérience précédente, ceux de l’ancien monde, « ceux qui n’avaient pas su partir à temps ». Une larme coula sur sa joue.
Elle se rapprocha de lui.
— Pourtant il faudra bien que cela s’arrête. Nos ancêtres ont fui leur Terre pour fonder une nouvelle humanité sur une autre Terre, mais nous devons nous débrouiller pour que cela ne se reproduise plus.
— Pourquoi ? demanda la jeune fille.
— On ne peut pas éternellement fuir.
Et tout en disant cela, il lâcha le papillon qui s’envola, porté par le souffle du vent.
Il brassa l’air de ses longues ailes et s’éleva naturellement vers la lumière des étoiles.
Celui qu’elle appelait « Adam » contemplait celle qui se nommait elle-même « Ève » et se répétait la phrase pour s’en convaincre :
« On ne peut pas éternellement fuir »…