Le papillon des etoiles
43. L’Œuf cosmique
Le Papillon des Étoiles avait enfin atteint sa vitesse de croisière.
2 millions de kilomètres-heure.
Un observateur immobile dans l’espace aurait vu passer comme un bolide l’immense tube avec ses deux grandes voiles triangulaires dorées gonflées de photons.
À l’intérieur du cylindre les graines avaient donné des plantes. Les plantes avaient donné des feuilles, des fruits, des légumes, ou des céréales.
Maintenant Paradis-Ville ressemblait à une bourgade de campagne.
Beaucoup de chèvres étaient mortes. Les moutons, les poules et les lapins, en revanche, se reproduisaient bien.
Neuf mois plus tard Élisabeth Malory accoucha d’une petite fille qu’ils baptisèrent Élodie.
— Elle a les mains fermées et crispées, remarqua Yves.
— Nous naissons tous les mains serrées et crispées, dit Gabriel Mac Namarra, venu assister avec les autres à la présentation du nouveau-né.
— Et on meurt les mains ouvertes et décrispées, compléta Caroline.
— Pourquoi ?
— Parce qu’on est libéré de la lutte qui nous a fait naître et nous battre pendant quatre-vingt-dix ans.
Le bambin, réveillé par les bruits des adultes, commença à se tortiller dans sa couche.
— Quand on pense qu’Élodie ne saura jamais ce qu’est la Terre, soupira Adrien.
— Si, elle le saura par la télévision. Les émissions seront captées encore longtemps, répondit Caroline.
— Tant mieux. Et tant pis.
La nouveau-née se mit à agiter ses jambes.
Domino préférait se tenir à distance de ce qu’il considérait comme un monstre baveux, braillard, et pour tout dire hautement suspect.
— Élodie est la première enfant des étoiles. Elle est la première « Homo Stellaris ». Même sa constitution n’est plus pareille, ajouta Adrien Weiss.
— Comme nous sommes un peu au-dessus de la gravité terrestre, ses os seront plus tassés, elle devrait être plus petite, précisa Caroline Toledano.
L’enfant, après un instant de surprise devant ces présences bruyantes, ferma les yeux et, nostalgique du ventre de sa mère, s’endormit en retrouvant le volume d’un gros œuf.