L'ultime choix
La force de vie
besoin, mais de facultés et de vertus très humaines[102]», car seule l’incarnation d’un humanisme qui tient compte de nos fragilités peut nous aider à surmonter les épreuves de la vie.
La force de vie
« Sa force principale ne vient pas d’un bras artificiel, mais de l’intérieur de lui-même, une force qui dit l’inépuisable richesse de l’homme qui accueille la vie… Une force comme celle-là permet à l’homme d’entrer et de marcher
vers son accomplissement, de grandir dans le "pouvoir d’être soi [103]”. »
L’une des caractéristiques fondamentales de l’être humain est d’être habité par un mouvement vital qui insuffle en lui le désir de se dépasser, de s’inventer, d’exprimer tout son potentiel, et de comprendre davantage ce qui l’entoure pour devenir lui-même. « Le dépassement de soi est l’essence de l’existence », écrivait Viktor Frankl et cette quête amène, tôt ou tard, l’être humain à être confronté à des interrogations fondamentales, celles qui lui permettent d’appréhender une dimension qui est au-delà de lui. Il ne s’agit donc pas de vouloir dépasser sa condition humaine, de modifier l’essence de ce que nous sommes comme nous le proposent les transhumanistes, mais plutôt de la vivre pleinement, d’accomplir toute son humanité et pour cela de se mettre à l’écoute de sa vie intérieure pour contacter la puissance de vie souvent insoupçonnée qui s’y trouve et qui est indispensable pour dévoiler toutes les facettes de sa véritable nature. Opérer ainsi une sorte de voyage intérieur qui nous amène à découvrir de manière plus subtile la complexité mais aussi la richesse de notre être grâce auxquelles nous
pouvons nous [104] « nourrir de l’expérience de la profondeur du monde ». Car en aucun cas l’être humain ne peut être réduit à un amas d’organes ou de cellules dont le fonctionnement laisse à désirer mais que nous pourrions sans cesse réparer.
Le projet des transhumanistes est identique à celui des semenciers qui ont inventé la « tomate éternelle », une tomate hybride qui a une durée de vie de 21 jours au lieu des trois jours habituels, mais qui est totalement insipide. Ils ont, en voulant nous transformer en êtres hybrides, le projet de nous faire durer le plus longtemps possible sans qu’il y ait d’autres objectifs que de vaincre le temps et de survivre, comme si le sens que peut donner un être à sa vie se réduisait à une stratégie de survie. Nous courons alors le risque de voir notre existence perdre tout goût et toute saveur et n’avoir plus aucun désir de tenter d’exprimer inlassablement ce qu’elle attend de nous. « Pour
la pensée ancienne et médiévale [105] , écrit Olivier Rey, chaque vivant avait un être à accomplir » qui transcendait le désir « d’autoconservation car ce qui importait le plus n’était pas la vie en soi, mais la conformité de
la vie à ce qu’elle devait être [106] ».
Il y a en nous une part que l’on ne peut ni créer ni remplacer. Elle est là depuis toujours et il suffit de la nourrir pour qu’enfin elle se dévoile et puisse s’accomplir. Reconnaître l’importance de ce projet qui nous habite au plus profond de nous-mêmes et le poursuivre sans fin représente certainement la plus belle aventure qui nous attend, « plus pétrie de merveilles et de miracles que toutes les légendes du monde ! Entreprise qui n’est d’ailleurs possible que sans attente de gain, sans espérance autre que
de nous rapprocher de notre nature véritable [107]. » Se pencher sur soi, pénétrer son intériorité, sonder ce puits profond pour « s’exposer au vent de
l’être[108] » et faire l’expérience de cette force intérieure qui nous pousse à nous dépasser pour exprimer toute la richesse de la nature humaine, tel est le défi que nous propose la vie. C’est en consacrant du temps à cette aventure, en cultivant notre vie intérieure qui a été si longtemps laissée en jachère, en respectant une forme d’écologie intérieure, c’est-à-dire un mode de vie plus respectueux de ce que nous sommes, que nous allons enfin