L'ultime choix
A-t-on vraiment besoin du cerveau pour faire l’expérience de la conscience ?
L’état de lucidité terminale s’ajoute donc aux expériences de vision à distance ou de télépathie qui, elles aussi, ne trouvent aucune explication dans le cadre conceptuel fourni actuellement par les neurosciences pour rendre compte de l’expérience de la conscience. Toutes nous amènent à nous interroger sur son origine et sa nature. Mais il existe une autre expérience essentielle qui va permettre d’approfondir cette interrogation et qu’il est donc important de prendre en considération : l’expérience de mort imminente.
A-t-on vraiment besoin du cerveau
pour faire l’expérience de la conscience ?
Pour tenter de répondre à cette question, je vais relater l’histoire d’une Américaine nommée Pamela Reynolds. Cette femme avait 35 ans quand, en 1991, elle présenta des symptômes qui l’amenèrent à consulter un médecin. Le bilan effectué mit en évidence un anévrisme cérébral très important dans le tronc basilaire. Une intervention chirurgicale était donc incontournable car, à tout moment, l’anévrisme risquait de se rompre et de provoquer une hémorragie cérébrale fatale. Mais cette intervention se révélait être très dangereuse vu la taille et l’emplacement de l’anévrisme. Après avoir consulté plusieurs chirurgiens, Pamela Reynolds se décida à faire confiance à l’un d’eux, qui lui proposa une technique opératoire particulière. Cette technique consistait à mettre en place un dispositif appelé « circulation extracorporelle » et à faire chuter la température corporelle pendant l’intervention pour que le cerveau ne subisse pas de lésions irréversibles pendant le moment où il ne serait plus irrigué. Rapidement, l’enregistrement de l’électro-encéphalogramme mit en évidence un tracé plat. Autrement dit, il n’y avait plus d’activité électrique décelable. Pourtant, comme elle le rapporte dans le livre écrit par la suite par le cardiologue Michael Sabom, Light and death, elle eut conscience de détails très précis de l’intervention alors que son cerveau ne manifestait aucun signe d’activité. Ceux-ci furent confirmés par la suite par les soignants qui étaient présents dans la salle d’opération.
En relatant son « expérience de mort imminente » (EMI), Pamela décrivit précisément la salle d’opération, l’instrument utilisé par le chirurgien pour découper l’os du crâne dont le bruit lui rappelait celui de la roulette du dentiste, ses gestes qu’elle observait comme si elle était au-dessus de son corps, la musique qui était diffusée dans la salle d’opération, les commentaires des soignants qui se trouvaient autour de son corps… Puis, elle eut conscience de planer hors de la salle d’opération et de traverser un tunnel baigné de lumière au bout duquel l’attendaient des proches décédés et qui lui manifestèrent beaucoup d’amour. L’expérience prit fin lorsque son oncle décédé la reconduisit jusqu’à son corps. Elle ressentit alors la sensation de « plonger dans une piscine d’eau glacée ».
Il existe de nos jours de nombreux autres témoignages d’expérience de mort imminente relevés de par le monde, et de nombreux chercheurs, dont le cardiologue Pim van Lommel, ont publié des études à leur sujet. Mais le témoignage de Pamela Reynolds revêt une importance particulière en raison de la surveillance médicale à laquelle elle fut soumise qui atteste son état de mort clinique. Il n’y avait plus aucune activité électrique décelable, et pourtant Pamela décrivit un état de conscience dans lequel elle développa des capacités cognitives particulièrement élaborées.
Dans ces expériences on retrouve souvent le même déroulement[246], mais surtout l’impression de vivre une expérience extraordinaire pendant laquelle les capacités de la conscience semblent décuplées. De plus, les personnes qui vivent une EMI, quelles que soient les conditions de la survenue de cette expérience (à la suite d’un arrêt cardiaque causé par un infarctus myocardique, d’une hémorragie lors d’un accouchement, d’un choc septique ou anaphylactique, d’une électrocution, d’une hémorragie intracérébrale), témoignent le plus souvent de ce que celle-ci a eu des répercussions importantes sur leur vie. Parce qu’elle permet d’expérimenter des événements libérés des contraintes spatio-temporelles, l’accès à d’autres niveaux de réalité, une compréhension plus élaborée de la nature de l’existence, ainsi qu’un nombre important d’autres phénomènes insondables, l’expérience de mort imminente modifie profondément le sens que l’on peut donner à sa vie, la façon de vivre ses relations, et provoque aussi une manière différente d’appréhender le processus de la mort.
En toute logique, les neuroscientifiques ont tenté d’expliquer les phénomènes qui se déroulent lors d’une expérience de mort imminente en faisant appel à des modèles explicatifs existants. Ils ont donc avancé différentes hypothèses, comme de considérer que l’expérience de mort imminente se produirait en réalité peu de temps avant que le cerveau ne devienne inactif, ou qu’il s’agirait d’hallucinations provoquées par un manque d’oxygène au niveau cérébral. De ce fait, il en résulterait une « désinhibition corticale » et une activité cérébrale intense et incontrôlée. La vision des tunnels et de l’intense lumière dont témoignent les expérienceurs pourrait par exemple être expliquée par la « désinhibition » du cortex visuel, et le sentiment intense de bien-être serait quant à lui causé par la libération d’endorphines. Mais cette explication est peu convaincante. Une activité cérébrale intense et incontrôlée devrait en toute logique se traduire par une expérience chaotique, confuse et incohérente, alors que les EMI sont le plus souvent caractérisées par une impression de sérénité et de cohérence. En outre, alors qu’un état d’anoxie cérébrale se traduit par une grande agitation, à l’opposé, le sentiment de quiétude et de paix domine dans l’expérience de mort imminente. En réalité, si les modèles proposés par les neuroscientifiques expliquent certains aspects très fragmentaires de l’expérience de mort imminente, aucune explication physiologique n’a pu rendre compte de la totalité d’une expérience aussi complexe et aussi riche en termes de capacités perceptives décuplées alors qu’aucun fonctionnement cérébral n’est décelable. Certes, on ne peut éliminer totalement l’existence d’une activité cérébrale si faible qu’elle ne peut être décelée par les moyens techniques dont nous disposons actuellement, mais dans tous les cas cette faible activité ne pourrait expliquer une expérience aussi complexe et aussi riche, beaucoup plus complexe et beaucoup plus riche que lorsque le cerveau fonctionne parfaitement.
Ces recherches montrent au moins une chose : les EMI sont maintenant prises au sérieux par le milieu scientifique. Après avoir été moquées pendant longtemps, les personnes qui ont vécu ce type d’expériences trouvent une oreille plus attentive à leurs témoignages et osent les révéler. Certains scientifiques commencent donc à s’intéresser à ces expériences transpersonnelles qui paraissent très structurées et cohérentes et donnent un sentiment non pas d’hallucination mais au contraire d’hyperréalité. Cet intérêt est d’autant plus légitime que ces expériences pendant lesquelles la conscience ordinaire semble mise entre parenthèses, permettant dès lors au sujet d’avoir accès directement à un champ d’informations inaccessibles habituellement, s’accompagnent de changements profonds chez les expérienceurs. Ils semblent en effet bénéficier d’un regain de sérénité, de paix et de joie, ils savent créer plus facilement un lien harmonieux avec leur environnement immédiat et sont convaincus que le monde ne se réduit pas à son versant matériel mais qu’il existe une autre dimension qui le transcende.
Tous ces témoignages nous amènent à envisager d’autres rapports entre le cerveau et la conscience. Ils nous fournissent un ensemble de données particulièrement convaincantes pour affirmer que l’expérience de la conscience peut être éprouvée indépendamment de l’activité cérébrale puisqu’elle est présente alors qu’aucune activité neuronale n’est plus détectable. Ils corroborent donc l’hypothèse que la conscience non seulement ne peut être localisée exclusivement dans le cerveau mais qu’elle représente une composante fondamentale de l’univers.
A la lumière de ces témoignages, les post-matérialistes utilisent souvent la métaphore du poste de télévision pour rendre compte du rapport entre le cerveau et la conscience. Tout comme les signaux de transmission existent quel que soit l’état de fonctionnement du poste récepteur de télévision, et que ce n’est pas celui-ci qui crée les programmes, la conscience est toujours présente quel que soit l’état de fonctionnement du cerveau car ce n’est pas le cerveau qui la produit. Au contraire, ce dernier filtre et restreint la conscience comme nos organes sensoriels réduisent notre expérience à ce à quoi ils ont accès.
L’intérêt des études des EMI réside donc dans le fait qu’elles permettent d’élaborer « un modèle solide et cohérent qui associe l’altération ou la réduction du métabolisme cérébral à une expansion de la conscience, à un enrichissement des contenus expérientiels et de leur intensité ressentie. Il est pour le moins difficile de comprendre comment l’hypothèse matérialiste selon laquelle toutes les expériences sont générées par le métabolisme
cérébral pourrait expliquer cela [247] ». En effet, lors des expériences de mort imminente, tous les outils qui nous permettent de mesurer le fonctionnement cérébral montrent qu’il est fortement dégradé, voire totalement absent, alors que l’expérienceur témoigne de capacités cognitives plus importantes que lorsque son cerveau fonctionnait parfaitement. Ces expériences vécues par près de neuf millions de personnes aux USA et documentées par de nombreuses études, dont la principale est celle du cardiologue Pim van Lommel publiée dans The Lancet en 2001, devraient donc logiquement nous amener à entrevoir la possibilité de l’existence d’une forme de conscience qui, de toute évidence, s’affranchit des processus neuronaux.